Edito

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Images noir et blanc, imaginaire haut en couleur

Cette nouvelle année apporte son lot de tristes nouvelles, qui nous permettent toutefois d’aiguiser notre regard et de rappeler le souvenir d’immenses auteurs et autrices d’images qui ont marqué l’histoire culturelle de la Hongrie, mais aussi celle des relations franco-hongroises.

Ce 7 février 2026, le réalisateur Béla Tarr fut enterré à quelques pas de la tombe de Miklós Jancsó dans le « Cimetière national » (Nemzeti Sírkert) de l’avenue Fiumei : les deux grands cinéastes hongrois, habitués de Cannes et ayant tous deux longuement séjourné en France, étaient unis par une maîtrise absolue des travellings à n’en plus finir et des chorégraphies mortifères en noir-et-blanc. Tarr est également celui par qui les textes « apocalyptiques » et « visionnaires », pour citer le comité Nobel, de l’auteur du Tango de Satan, László Krasznahorkai, ont pris forme et restent gravés dans notre mémoire pour nous hanter.

Éva Keleti nous a également quittés en ce début d’année 2026. Celle qui réalisait un reportage photo, en 1959, sur le Salon du livre français de Budapest reste connue avant tout pour ses photos en noir-et-blanc de la grande génération de comédiens et comédiennes, ainsi que de danseurs et danseuses de ballet des années 1960 et 1970. Comme seuls les plus grands sont capables de le faire, elle nous montre plus que des portraits figés : elle saisit le personnage et capte le mouvement.

Enfin, Lajos Tihanyi, né en 1885, peintre hongrois ayant passé les deux dernières décennies de sa vie à Paris, nous rend les couleurs d’un monde qui passe du fauvisme à l’abstraction et dont l’exposition « Tihanyi 140 » peut encore être visitée jusqu’au 15 février 2026 à la Galerie nationale, au château de Buda. On lui doit d’ailleurs des portraits des plus grands écrivains hongrois du tournant du siècle – d’Ady à Kassák, de Babits à Kosztolányi –, mais aussi de Tristan Tzara. En sortant de la Galerie, n’hésitez pas à profiter de la vue imprenable sur la ville : grise, presque en noir-et-blanc par temps maussade, mais haute en couleur à mesure que le printemps approche.

Éva Vámos

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