Plusieurs chemins, un seul objectif: la démocratie

Plusieurs chemins, un seul objectif: la démocratie

Spécial anniversaire, 1989, 20 ans après

Vingt ans après 1989, il reste toujours aussi difficile d’expliquer les raisons de ce bouleversement radical en Europe de l’Est. Certes, les réformes initiées par Gorbatchev ont eu leur importance. Cependant, malgré la simultanéité des changements, il est malaisé d’évoquer l’influence qu’ont eu les changements dans un pays sur le reste du bloc de l’Est.

Si le changement de régime a eu lieu selon un style propre à chacun des pays communistes, on peut toutefois constater certaines similitudes. C’est notamment le cas pour les deux premiers pays à expérimenter les réformes, la Pologne et la Hongrie, où des réformes-tests avaient déjà été introduites dès 1988. Dans ces deux pays, le changement de régime s’effectue de manière pacifique et par le biais de négociations avec l’opposition: on parle de «pacte». Ainsi, cela débute en Pologne par une Table ronde entre le 6 février et le 5 avril 1989 entre le POUP (parti communiste) et l’opposition, menée par le syndicat Solidarnosc. Elle aboutira à la mise en place d’un système parlementaire et à des réformes introduisant l’économie de marché. Des élections législatives en juin se soldent par la débâcle du POUP et à la formation d’un gouvernement à majorité non communiste, créant un précédent qui aura un certain impact sur les autres pays communistes. Pour ce qui est de la Hongrie, les réformateurs, prépondérants au Parti communiste, décident également l’ouverture de négociations avec l’opposition (notamment le SzDSz et le Fidesz). Elles conduisent à un accord devant amener un système démocratique dans le pays.

Si le rôle de la Hongrie comme pays leader du changement de régime est largement contestée, en revanche il est indéniable que sa politique d’ouverture a eu un impact direct sur les évolutions en RDA. Dans le cadre de la normalisation de ses relations avec l’Autriche, la Hongrie décide en septembre de laisser les Allemands de l’Est voyager librement. Cet événement provoque une crise profonde en RDA: sous la pression des demandes de sorties du territoire, les autorités décident finalement l’ouverture de la frontière le 9 novembre: cet événement historique sera suivi par la chute du SED (parti communiste allemand) et, un an plus tard, par la réunification1 . Les bouleversements de la RDA ont donc été initiés par la base. C’est également le cas en Tchécoslovaquie, mais ils apparaissent de façon plus tardive, les principales figures d’opposition ayant été éliminées lors de la répression du Printemps de Prague de 1968. C’est la répression de la commémoration de la répression estudiantine du 17 novembre 1939, commise par les nazis à Prague, qui va déclencher un important mouvement social. Des manifestations pacifiques ont lieu sur tout le territoire, elles s’articulent autour des revendications de la Charte 77 et amènent la constitution d’un mouvement social, le Forum Civique pour la partie tchèque et le VPN pour la partie slovaque. Ces derniers vont se structurer pour rapidement concurrencer le parti communiste en organisations alternatives. Des négociations avec le pouvoir conduisent en décembre à la constitution d’un gouvernement où les communistes sont minoritaires, avec la promesse d’élections législatives en juin 1990.

A l’inverse, en Roumanie et Bulgarie, caractérisées par une quasi inexistence d’oppositions un tant soit peu organisées, les changements viendront d’en haut: toutes les répressions en Roumanie sont violemment réprimées. Il faut attendre les manifestations de fin décembre 1989 pour que Nicolae Ceausescu prenne la fuite, renversé par un Conseil du Front de salut national. Le dictateur sera rattrapé, jugé et rapidement exécuté, tandis que des élections sont prévues en avril 1990. En Bulgarie, sous l’influence de l’aile réformiste du parti, le secrétaire du Comité central Jivkov est limogé le 10 novembre, puis une table ronde est organisée avec l’opposition: malgré la pression populaire montante, les changements s’apparentent davantage à une révolution de palais.

Malgré ces différentes approches, la page du communisme se tourne pour l’ensemble des pays du bloc de l’Est. L’heure est alors à l’installation puis à la consolidation de la démocratie.

 

Christelle Lapierre

 

1 CUA Juliette, « 1989, l’année des révolutions », L’Express, 13 avril 2009

 

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