Un siècle et une Légion d’honneur

Un siècle et une Légion d’honneur

Judith Elkan

Le lendemain de son 100e anniversaire, Judith Elkan, rescapée de la Shoah, veuve de Lucien Hervé, photographe français d’origine hongroise, a reçu les insignes du chevalier de la Légion d’honneur des mains d’Agnès Troublé dite agnès b., styliste, galeriste, collectionneur d’art, mécène et amie fidèle de la famille Hervé à la fondation Le Corbusier à Paris.

Judith Elkan

Regarder Judith, c’est contempler un siècle d’histoire, de courage et de lumière. Née Judith Molnár le 15 Mars 1926, à Oradea (Transylvanie), son destin a basculé à 18 ans, au lendemain de son baccalauréat, quand l’innocence a été fauchée par la déportation.

Elle avait connu l’horreur d'Auschwitz, puis le camp de travail de Zittau. Mais dans ce « Nulle part » — pour reprendre le titre de son récit si puissant — elle avait réussi l’impossible : rester avec sa mère, se soutenir, survivre ensemble. De ce gouffre où elle avait perdu son père et presque toute sa famille, elle n'avait pas rapporté de la haine, mais une exigence de vie.

Arrivée à Paris en 1947, elle avait choisi la création, d'abord comme monteuse de film, puis comme collaboratrice inséparable de son mari, le grand photographe Lucien Hervé.

Depuis la disparition de son fils Rodolf en 2000 et celle de Lucien en 2007, elle se consacre avec une énergie admirable à la préservation et à la valorisation de leurs œuvres respectives. À 99 ans, elle aurait pu choisir le repos, mais elle avait choisi d'être une « Ambassadrice de la Mémoire ». Que ce soit au Mémorial de la Shoah, dans les livres ou auprès des jeunes générations, elle témoigne sans relâche pour que l'on n'oublie jamais ceux qui ne sont pas revenus.

En la distinguant, la République française salue une femme qui, après avoir traversé les ténèbres, n'a cessé de protéger la beauté du monde et la dignité humaine.

Élodie Cazes

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