EXPO: Endre Rozsda

Côté Pest, près du Pont Elisabeth, la Galerie Budapest organise l'exposition “Les rêves de Endre Rozsda”, célèbre surréaliste hongrois et parisien.

Dans ses peintures et ses dessins, on reconnaît un journal imagé. C’est l’automatisme contrôlé qui décrit le mieux sa méthode créative, avec le flux de pensées et de visions libérées, débridées, dans lequel l’érotisme et la métaphysique occupent également une place importante, comme l’a évoqué Julia Cserba, commissaire de cette belle exposition. Les amateurs d’art découvriront une oeuvre unique dans une présentation exceptionnelle à Budapest. Puis il vous suffira de traverser le pont et, côté Buda, cinq autres expositions savamment composées nous font revivre l’oeuvre de Rozsda. Des photos, longtemps restées inédites et mises à jour par Károly Kincses, sont exposées à l’Institut Français où nous avons rencontré Alba Romano Pace qui a inauguré l’exposition. «C'est de l’art magmatique, un voyage dans le temps à la recherche de son enfance», constate Alba, historienne d’art parisienne. «C’est un photographe mystérieux et un peintre délirant», disait José Mangani, membre de l’Association des Amis de Endre Rozsda qui a sauvegardé l’atelier du peintre au Bateau-Lavoir à Paris. «Peintre de l’énigme dans son cosmos des corps éclatés, c’est un homme d’une élégance rare, profond, ironique et fier, qui ne faisait que peu d’efforts pour vendre ses oeuvres», se rappelle Dominique Desanti. Le mérite revient aux meilleures galeries de Budapest d’avoir rassemblé les oeuvres, sauvant cet artiste exceptionnel de l’oubli dans son pays natal – il est mort à Paris il y a tout juste dix ans.

 

Reconnu très jeune, il a régulièrement exposé à Budapest. Mais il voulait aller plus loin en partant pour Paris. La guerre, la clandestinité, il les vit à Paris puis en Hongrie où il échappe de justesse à la mort. Avec la libération, son art aussi se libère, mais l’école européenne dont il est fondateur est interdite. Il n’expose plus jusqu’à 1956, année où il regagne Paris et s'y installe de nouveau. Il continue à exposer, avec l’aide de Françoise Gilot et Simone Collinet. Mais en Hongrie toujours rien jusqu’en 1998. Après le Mûcsarnok, c’est la galerie Várfok qui l’a contacté et a organisé depuis plusieurs expositions en son honneur. Actuellement, toute la rue Várfok célèbre Rozsda, à l'initiative du galeriste Károly Szalóky, avec projections de films et conférences de Gábor Pataki. Les panneaux avec les oeuvres de Rozsda reproduites sur verre nous permettent une visite de jour comme de nuit tout au long de la rue qui monte au quartier du château. Y sont présentées ses oeuvres multicolorées, sa matière étant le plaisir des couleurs – qui donnaient à son art un aspect de conte des mille et une nuits: «C’était un grand artiste et un homme généreux», se rappelait François Fejtõ.

 Expositions Rozsda jusqu’au 17 mai à la Galerie Budapest et jusqu’au 22 mai à l’Institut Français et dans les galeries Várfok et Várnegyed.

 Éva Vámos

 

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