Vous êtes iciURBANISME: Quartier Juif

URBANISME: Quartier Juif


By JFB - Posted on 04 mai 2009

Il a déjà plusieurs fois été question de l’ancien quartier juif dans les colonnes de ce journal, pour évoquer et dénoncer les démolitions et les transformations qu’il subit. Depuis 2002, date de son inscription au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, le quartier a vu plus de démolitions que pendant la seconde guerre mondiale. L’illégalité des ventes à certains promoteurs privés par la Mairie du VIIe arrondissement est aujourd’hui enfin connu de tous. Cela a été dit et redit notamment par l’association ÓVÁS!, créée en 2004 pour la défense du quartier.

 Le projet de l’exposition proposée par ÓVÁS!, qui va ouvrir le 28 avril dans la galerie de l’Open Society Archives, est autre. L’exposition cherche à montrer les transformations physiques du quartier permises par le nouveau plan d’urbanisme en vigueur depuis septembre, et à proposer une autre façon de penser. Certaines propositions sont à l’échelle du quartier (la gestion du stationnement, le réaménagement des rues), d’autres à l’échelle de l’îlot (l’îlot 6 de son nom administratif, entre les rues Király et Dob, Kazinczy et Klauzál), ou du bâti (propositions d’aménagement d’appartements au confort moderne dans les bâtiments typiques du XIXe, avec cour et coursive.)

 Principes généraux

Que deviendraient les rues si les bâtiments au gabarit autorisés par le plan d’urbanisme étaient construits? Nous pouvons le voir rue Király, rue Holló, nous le verrons bientôt rue Kazinczy et rue Kertész. Pour calmer ceux qui, par nostalgie, voudraient tout conserver de l’ancien, le KÖH a récemment (re)découvert le façadisme: «gardons la façade, éventuellement l’épaisseur d’une pièce, et le caractère de la rue (disent-ils) sera ainsi conservé», mais derrière, construisons les 5-6-7 étages autorisés (avec les 2 ou 3 niveaux de garage souterrains).

La proposition de ÓVÁS! est au contraire de conserver la structure parcellaire et l’échelle des bâtiments existants car c’est ce qui donne au quartier ses proportions et son rythme, sa densité et son échelle humaine. La conservation des bâtiments anciens individuels n’en est qu’une conséquence logique. Mais conserver ne veut pas dire figer. Ces bâtiments anciens, souvent en mauvais état et vidés partiellement ou entièrement de leurs habitants, peuvent et doivent être réhabilités, retrouver leur fonction ancienne – atelier en rez-de-chaussée, habitat à l’étage – ou en trouver de nouvelles: le quartier attire encore de nombreux projets créatifs.

La conservation de l’échelle impose certaines contraintes économiques et architecturales qui dès l’abord décourageraient les promoteurs en quête de profit rapide et permettraient enfin à d’autres – il en existe! – de proposer des programmes de réhabilitation respectueux de l’existant. 

Préservation et réaménagement du bâti historique

On entend souvent dire que ces maisons anciennes avec cour et coursives intérieures sont délabrées et n’ont que des appartements de mauvaise qualité. Au lieu de les démolir, ne pourrait-on pas les réaménager? Agrandir, redistribuer les pièces? Créer des appartements en duplex? Ou proposer une mixité des usages: par exemple transformer les appartements du bas en bureaux, et ne garder des logements qu’aux étages supérieurs?

La qualité de l’espace des cours intérieures, en particulier dans les bâtiments les plus anciens à un ou deux étages, ne cesse d’étonner. Quelques-unes de ces cours, transformées en jardins par les habitants, semblent magiques. La sociabilité que permet cette structure de bâti est l’un des aspects qui frappe et séduit les visiteurs occidentaux. Ces havres de paix en plein centre d’une métropole vivante et bruissante devraient être considérés comme l’un des grands atouts urbains non seulement du quartier, mais de la ville elle-même, et qu’elle devrait présenter avec la même fierté que Lyon ses traboules.

 Les rues, l'espace public

Pour ceux qui passent dans les rues du quartier, en particulier avec des jeunes enfants, l’évidence est palpable: la rue n’est pas faite pour eux. Les trottoirs déjà étroits sont encombrés d’objets et en partie occupés par les voitures en stationnement. Dès que la rue s’élargit légèrement, l’espace supplémentaire est utilisé pour un stationnement en épi. Dans les rues plus larges, c’est la voie de circulation qui s’élargit, encourageant les automobilistes déjà agressifs à conduire encore plus vite.

Mais est-ce une plaie inévitable? N’est-il pas possible d'affirmer clairement que le quartier existe avant tout pour ses habitants et ses visiteurs? Place donc au piéton! Pour cela, il existe deux solutions: rendre la circulation difficile – ici en jouant sur la direction des rues en sens unique, pour empêcher la circulation en traversée – et rendre le stationnement difficile. La proposition d’aménagement est simple: des trottoirs de 2,50 m minimums de chaque côté de la rue; une voie de circulation étroite de 2,50 m, légèrement élargie pour permettre la circulation des cyclistes, même en contresens; et s’il reste de la place, alors seulement des bandes de stationnement pour les voitures.

Ce changement, qui semble drastique malgré sa simplicité, rendrait le quartier méconnaissable. Mais cela ne devrait pas effrayer outre mesure: si l’on tient compte de l’ensemble des places de stationnement dans les nombreux garages construits ces dernières années (et en projet), la diminution du nombre total de place de stationnement n’est pas si importante et sera compensée par les garages souterrains prévus aux abords du quartier.

Conclusion

Ce quartier que nous aimons, de par ses rues irrégulières et ses bâtiments d’époques variés, de par la qualité potentielle de ses espaces publics et privés, est unique et en même temps typique de Budapest. Va-t-il se transformer jusqu’à devenir quelconque? ou va-t-il pouvoir enfin devenir ce qu’il aurait dû être, ce vers quoi il aurait dû tendre depuis vingt ans? Ce serait si simple…

Le but, l’espoir, serait de recréer une ville non seulement agréable à vivre mais réellement vivante; pas seulement visitée, mais également habitée; une ville dans laquelle ce sont tous ensemble ses habitants et ses visiteurs qui font vivre ses commerces, ses institution, ses rues – dans ce cadre unique et offrant une vraie «expérience de Budapest».

Catherine Szántó

 

Exposition du 28 avril au 12 mai

Budapest Open Society Archives

1051 Budapest, Arany J. u. 32

 

Votre notation : Aucun(e) Moyenne : 5 (1 vote)
Étiquettes

Publicité

 

Le JFB sur Facebook

 

Syndication

Syndiquer le contenu