Destinée de la postérité d’anciens magnats hongrois

Depuis le Moyen Âge, le titre honorifique de Magnat était donné aux membres de la haute noblesse dans plusieurs pays d'Europe. En Hongrie, un magnat n'était pas seulement un grand propriétaire terrien, possédant villes et villages et moyens financiers considérables, il avait aussi une énorme influence dans le domaine économique, diplomatique, militaire, ecclésiastique et donc politique. Il siégeait à titre héréditaire à la Chambre des Magnats, la Chambre Haute de Hongrie (Főrendiház). On pourrait peut-être la comparer à la Chambre des Pairs en France ou des Lords en Angleterre.

Après le bref intermède de la République de Hongrie (Magyar Köztársaság), en janvier 1920, une assemblée unicamérale fut élue. Cette assemblée choisit Miklós Horthy comme régent le 1er mars 1920. En juin, le Traité de Trianon officialisa les frontières de la nouvelle Hongrie. Après les infructueuses tentatives du roi Charles IV de restaurer son trône, la déchéance de la Maison de Habsbourg fut proclamée en novembre 1921. La Hongrie conserva la monarchie comme forme de gouvernement mais devint un royaume sans roi.

Certains aristocrates magyars, Magnats pour la plupart, ruinés au cours des aléas de l’histoire, revendiquèrent quelques-uns des derniers privilèges auxquels ils pouvaient prétendre. Que devint la progéniture des derniers Magnats hongrois ayant siégé officiellement de 1867 à 1918 puis de 1927 à 1945 ? Prenons un échantillon emblématique de ces fiers et indomptables seigneurs, dans la famille hongroise que nous connaissons le mieux.

A la fin du 19ème siècle se maria à 25 ans, le comte Pál Szapáry, l’un des deux fils du Grand-Maître de la Cour royale de Hongrie, membre héréditaire de la Chambre des magnats de Hongrie, gouverneur de Fiume et de la Côte croate, héritier d'un palais vénitien du 18ème siècle et de son contenu (tableaux de maîtres de la Renaissance comme Le Titien, Tintoret, Lorenzo Lotto, Giolo Romano), vivant dans le Palota Szapáry, situé au 6, Szép Utca à Budapest. Pali, comme l’appelait ses familiers, avait épousé une richissime comtesse polonaise qui lui donna trois enfants, Géza-Constantin, né en 1899, Erzsébet en 1902 et Antal (Anti) en 1905. Mais ni femme ni enfants n’empêchèrent la vie agitée de ce cymbaliste notoire ; il mourut jeune à 43 ans, en 1917, ayant brûlé la chandelle par les deux bouts. Au gré des vicissitudes, des extravagances, parfois des turpitudes de leur père, et des fréquents déplacements de leur mère, les enfants passèrent une enfance et une adolescence mouvementées.

Ainsi peut-on comprendre que les rejetons de Pál Szapáry étaient encore jeunes à la fin de l’empire austro-hongrois en 1918. Comment abordèrent-ils ce nouvel univers, inadapté à leur attente ? Dans la période immédiate d’après-guerre, la veuve de Pali et ses enfants firent de nombreux va-et-vient entre Hongrie et Suisse pour répondre aux exigences de l’éducation et de la scolarité ; cependant, à notre connaissance, les enfants de Pali ne s’engagèrent pas sur le chemin de longues études. Plus tardivement, dans la période de l'entre-deux-guerres, soumis aux influences contradictoires du régime, les uns et les autres se débrouillèrent tant bien que mal avec l’aide financière de leur oncle László Szapáry, ancien richissime propriétaire, relativement désargenté à la suite de la réforme agraire. Toutefois, proche de Horthy, László rebondit ; il fut nommé ambassadeur de Hongrie à Londres de 1922 à 1924. Et encore plus tard, selon les fluctuations des régimes politiques, chacun des enfants de Pál Szapáry dut trouver de quoi exister, pour ne pas dire subsister ! En cette trouble période balançant entre fascisme et communisme, la fratrie ne suivit pas un chemin commun. Une certaine errance s’imposa et, malgré une mère pieuse, consacrée aux bonnes œuvres, dame du palais et de l’ordre de la Croix-étoilée, il ne semble pas que l’un ou l’autre des trois enfants ait eu des préoccupations religieuses.

Géza, Constantin, László, Maria, Anton, l’aîné, né en 1899 dans le château de Sorokújfalu, comté de Vas, hérita de l’extravagance de son père, mais aussi de ses dons musicaux et de son gout pour les voyages et la bonne chère. Mélomane, bon pianiste – peut-être en écho au passé de la famille Szapáry proche de Franz Liszt et de Mozart – de plus gastronome expérimenté, client de chez Maxim’s, rue Royale à Paris, il traversait l’Europe d’hôtel en hôtel, déménageant parfois à la cloche de bois. Il nous laissa quelques écrits lacunaires. Il semble avoir choisi la facilité d’une vie sans réel engagement social ou idéologique, préférant, comme son père, les plaisirs immédiats de la vie mondaine.

Il se maria tout-de-même à 35 ans avec Marie-Françoise, Française divorcée d’un officier britannique, fille du baron d’empire François Baude. Curieux de tout, il fut franc-maçon du Grand-Orient de France en 1927 et membre de la Rose-Croix en 1933 à Copenhague, cela, sans doute pour suivre le chemin du frère aîné de son aïeul József, Pál Szapáry (1753-1825) qui avait joué un rôle important dans la franc-maçonnerie austro-hongroise. C’était une gageure, sachant que Horthy interdira la franc-maçonnerie en Hongrie en 1938. En soi, l’engagement maçonnique de Géza-Constantin pourrait être un choix idéologique ! La guerre changea la donne. Sa femme eut une certaine sympathie pour l’occupant ; il s’en éloigna sans divorcer. Elle mourut à 45 ans en 1945 à Feldkirch, en Autriche, fuyant devant l’Armée Rouge. Géza-Constantin était-il politisé ? Un de ses lointains cousins, mort en 2012 à 96 ans, dira l’avoir vu en uniforme russe, mais nous n’en avons jamais eu la preuve. En revanche, il fut bien membre de l’Association pour la paix avec la Hongrie, organisation résolument à gauche, patronnée par Katinka Károlyi et présidée par Bolgár Elei ; en effet, le 25 juin 1946, il en présenta les objectifs lors de l’assemblée générale.

Dans l'entre-deux-guerres, Géza-Constantin, comme son frère et sa sœur, vécut des subsides de son oncle László Szapáry bien sûr, mais aussi de l’aide financière de son richissime oncle maternel, Józef Przeździecki, qui ne mourra qu’en 1956, après avoir résidé pendant des années avec son valet de chambre, à l’Hôtel Beau Rivage de Lausanne. Il semble que dans les années 20-30, les frères et la sœur étaient encore réunis puisqu’en septembre 1929 ils passèrent quelques jours chez leur oncle László au château de Muraszombat (Murska Sobota), venant en voiture de Belgrade. Ils allèrent se recueillir devant la tombe de leur père dans la crypte de l’église Saint-Nicolas. Un article de presse précise : « Ils n’ont pas de lieu de résidence permanent, parcourant continuellement le monde. » Ils devaient alors partir pour l’Argentine ! Puis, à partir des années 50 et jusqu’à sa mort en 1967, Géza-Constantin reçut une rente de son frère Anti, marié en 1949 avec Sylvia Széchényi, une des héritières du célèbre milliardaire américain Vanderbilt. Sa lointaine cousine (la mère de l’actuelle princesse de Kent, femme de Michael Windsor, cousin germain de la reine Elisabeth II) lui écrivait dans les années 50 qu’il devrait travailler et s’adapter à la réalité du monde nouveau. Elle-même avait dû émigrer en Australie où elle mourra en 1988. Pour survivre, elle avait ouvert un institut de beauté.

Même s’il eut la velléité de créer une entreprise (un restaurant semble-t-il) en Turquie, Géza-Constantin traversa la vie en s’amusant comme son père, s’adonnant au farniente à Mamaia et autres stations balnéaires de la Mer Noire, jouant du piano comme son père jouait du cimbalom, se régalant de repas gastronomiques, de capitale en capitale, accueilli autant pas des aristocrates que par des progressistes, ambiguïté qui laisse nos enfants interrogateurs encore aujourd’hui. Une savoureuse anecdote ; son physique s’y prêtant, il fut figurant dans le film Les Vikings de Richard Fleischer.

De son mariage avec Marie-Françoise Baude, Géza-Constantin eut une fille, Eleonora Szapáry, morte à Paris en 2009, qui fut la mère de nos enfants, Violaine et David Donadello-Szapáry. Géza-Costantin mourut à Lausanne en 1967.

Erzsébet, Maria, Luiza, Antoinetta, la cadette, naquit, selon les écrits de son frère Géza-Constantin, dans un hôtel du quartier du Bois de Ville, à Budapest en 1902. Elle n’était pas spécialement féminine et son orientation sexuelle alimenta la littérature, en particulier les romans de Péter Nádas, Histoires parallèles. Elle fut jusqu’à la fin de sa vie, en 1980, la petite amie de Katalin Andrássy, sa lointaine cousine et femme de Mihály Károlyi, premier-ministre puis président de la République hongroise en 1919 qui publia dans son livre Levelezése VI. 1949-1955, la correspondance des deux amies.

Erzsébet eut une vie mondaine épisodique dans les années 30, participant à Cannes au Gala des Images d’Epinal et au Gala des Bleuets. Pour autant, c’était une femme de gauche, dans la lignée de Mihály Károly à l’origine d’une réforme agraire radicale. Elle était en totale opposition à son oncle László Szapáry, délibérément hostile à Mihály Károlyi. En effet, pendant les années Horthy, Károlyi fut en disgrâce, mais en 1946 il retourna en Hongrie et en fut l’ambassadeur à Paris de 1947 à 1949. Les liens d’Erzsébet Szapáry avec la famille Andrássy-Károlyi étaient intimes, en particulier avec la sœur de Katalin, Kaïa Andrássy-Odescalchi qui organisait le sabotage de voies ferrées en Pologne et des missions d'aide aux républicains espagnols. Kaïa mourut tragiquement, tuée par la seule bombe issue de la frappe aérienne italienne à Dubrovnik, après avoir annoncé à sa sœur qu'elle la rejoindrait à Londres. Les relations d’Erzsébet Szapáry et de la famille Andrássy-Károlyi étaient d’autant plus étroites qu’elles avaient participé aux mêmes opérations pendant la guerre, portant secours aux nombreux Polonais et Juifs réfugiés en Hongrie. L’implication d’Erzsébet Szapáry dans le sauvetage des populations en danger fut totale. En 1998, dix-huit ans après sa mort, elle fut reconnue Juste parmi les nations par Yad Vashem. Après-guerre, pendant des années, elle voyagea entre Lausanne où elle avait un appartement et Vence où elle séjournait avec son amie Katalin Andrássy-Károlyi à la Fondation Károlyi, créée en 1959 dans un but culturel en hommage à son mari, amateur d'art. Erzsébet seconda Katalin dans ses entreprises sociales, en particulier dans la création d’un foyer modèle pour jeunes délinquants. Elle mourut à Lausanne à 77 ans.

Antal, Károly, Szilvester, le benjamin – Anti pour ses proches – vit le jour à Abbazia (Opatija), le 31 décembre 1905, à une quinzaine de kilomètres de Rijeka (Fiume) où son père venait d’occuper brièvement les fonctions de gouverneur du 17 octobre au 26 décembre. Son physique de sportif le servit ; il avait hérité la haute taille – 1,83 mètre – de sa lignée maternelle polonaise et le visage de son père hongrois. Son frère Géza-Constantin mesurait 1,80 mètre. Sa sœur aussi était grande. Il s’engagea tôt dans les compétitions sportives. Séducteur, ses conquêtes féminines ne manquèrent pas, et non des moindres. D’ailleurs, pour ceux qui le connaissaient ou seulement l’approchaient, il était le Bel Anti. Et Antal, alias Anthony Szapáry, ne s’est pas privé d’user largement de sa belle gueule et de sa prestance.

A la trentaine, il avait une vie mondaine et sportive remarquée. Il fut un des huit gagnants, comme György Pallavicini et János von Liechtenstein, du concours de danse d’une garden-party en juin 1935. Lors du réveillon du 31 décembre 1936, il est remarqué au Bal de légende Ullmann, rassemblant deux-cents personnes à Budapest. On le signale en 1938-39 lors de fêtes dans la propriété de Richárd Tükrössy et sa femme Margit Mauthner, superbe demeure construite en 1925, dans le style de Mihály Pollack, près du lac de Velence. En 1937, il était domicilié 4, Szép Utca, à Budapest, l’hôtel particulier Győry-Szapáry, et possédait une Cadillac, immatriculée AD 400. Cela confirme que la vie mondaine des Szapáry n’avait pas cessé avec Pali.

Anti fit des ravages dans le cœur de femmes belles et célèbres. Parmi d’autres, en 1932 il eut une liaison avec Edwina Mountbatten, femme de Lord Mountbatten qu’il avait rencontrée à Vienne puis à Cannes. Il l’avait conduite en Hispano à Monte Carlo pour assister au Grand Prix, « par une chaude nuit de printemps… » Il avait 27 ans. Trois ans plus tard, en avril 1935, le journal espagnol Cinegramas révèle sa liaison avec la célèbre soprano colorature Gitta Alpár ; selon elle, « le jeune Antoine Szapáry a un sang plus pur que le beau Gustav. » Il n’y eut pas de suite à cette liaison mais les amants restèrent bons amis. The Salt Lake City Tribune, du 24 mars 1935, imprima que le glamour de ce jeune comte surpassait celui de Gustav Froelich devenu son rival. Anti partit pour les Etats-Unis et y rencontra la richissime princesse Barbara Hutton-Mdivani, héritière des Woolworth. Cette liaison ne déboucha pas non plus sur un mariage. Elle se maria et divorça sept fois (l’un de ses maris fut Cary Grant en 1942) sans trouver le bonheur et mourut seule et ruinée.

Anti fut un sportif hardi. Parmi ses nombreux engagements, en 1928, alors qu’il n’avait que 23 ans, en compagnie de Károly Kaszala – l’as de l'aviation austro-hongrois de la Première Guerre mondiale – il vola sur une distance de 517 km, de Budapest à Rome. La Fédération internationale d’aviation de tourisme considéra cette performance comme le record du monde. De plus, à bord d’un avion d’entraînement HL-ICA Arado 76, il fit l’aller-retour Budapest-Münich dans des conditions climatiques dangereuses. En juin 1936, il fut un des vingt-quatre concurrents de la course internationale de bateaux à moteur sur le Danube (Vienne-Budapest, 280 km). En qualité de vice-président de l’American Power Boat Association, il avait déjà participé à cette régate d’août à septembre 1934.

A l’évidence, au cours de cette période d’entre-deux-guerres la famille perdit de sa superbe. Sans doute pour étoffer ses moyens financiers, Anti – avant même la mort de son oncle László Szapáry en 1939 – probablement sous la suggestion de sa mère, multiplia les démarches auprès des ministères de la Justice et des Affaires étrangères de Hongrie, dans le but de récupérer le séniorat de son arrière-grand-père Antal Szapáry (1802-1883). Il semble que ce séniorat ait été annulé le 23 avril 1950, cela dans logique du régime communiste. Pourtant, la femme de son oncle László Szapáry, Irén Ungnad von Weissenwolff était encore vivante, puisqu’elle ne mourra qu’en 1969, trois avant Anti.

Antal Szapáry ne fut pas qu’un mondain superficiel. En octobre 1955, devant le Department of Justice, Office of Alien Property, il déclarait avoir fondé avant la guerre, la filiale de The American Express Co. en Hongrie et l’avoir dirigée pendant des années. Il précisait avoir été aussi directeur résident de la Metro-Goldwyn-Mayer Film Corp. en Hongrie. Mais le rôle le plus émouvant d’Anti se révéla pendant la guerre. Alors qu’il était vice-président du Touring Club de Hongrie, il fut fait prisonnier à Budapest le 19 mars 1944 à 8h45, emmené à l’Hôtel Astoria, puis sur l’Île Sainte-Marguerite et enfin déporté au camp de concentration de Mauthausen. Il était alors porte-parole de la Croix-Rouge hongroise et avait été interné pour avoir aidé des Juifs à passer de Hongrie en Pologne et en Slovaquie. Il fut un lien entre la Hongrie et la Croix-Rouge internationale. Dans la revue Etudes, privilèges diplomatiques, juillet-août 1945, Leila de Dampierre confirme l’avoir rencontré en captivité : « J’entrevis dans un couloir, un soir, les cheveux blonds d’Anti, mais je ne pus lui faire signe. » A Mauthausen, il fut affecté à la buanderie et semble avoir servi d’interprète en allemand. La fratrie Szapáry était polyglotte. Sous la pression internationale et l’intervention du roi de Suède, il fut libéré après cinq mois de captivité. L’écrivain Stanislaw Michalkiewicz précise qu'Antal Szapáry a été injustement oublié alors qu'il a agi avec sa sœur Erzsébet au risque de sa liberté, même de sa vie, en faveur des réfugiés polonais. Il a été condamné à mort mais fut libéré après l'intervention du roi de Suède et grâce à la sollicitude d’amis comme Ilona Edelsheim-Gyulai, la veuve d'István Horthy qui, dans son livre L'honneur et le devoir, écrivit : « Beaucoup a été fait pour les réfugiés polonais, et Anti et Erzsébet Szapáry ont travaillé en étroite collaboration. Bien sûr, ce n’avait pas échappé à l'attention des Allemands, plutôt des nazis… quand je suis rentrée au château, j’ai appris qu’Anti Szapáry avait été attrapé par les Allemands. Pendant le reste de la journée, j’ai tenté de le sauver. J'ai demandé de l'aide à l’adjudant de Debrecen et à M. Baviera, un avocat suisse de la Croix-Rouge internationale, mais en vain ! On ne savait pas où il avait été expulsé. Il s'est avéré qu’il avait été transporté au camp de concentration de Mauthausen, où il fut même condamné à mort, à cause certainement de ses activités antérieures en faveur des réfugiés polonais ; mais l'intervention de l'Agence Suédoise et du roi Adolphe-Gustave, permit de le faire libérer après cinq mois, et en 1948 il s'installa aux Etats-Unis. » A son arrivée aux USA, il fut employé par le Chesapeake and Ohio Railroad.

Il n’est pas osé de dire que le physique d’Anti le servit dans ses relations et son mariage. Immigré aux Etats-Unis après une triste période de tracasseries diverses, infligées alternativement par les nazis et les communistes, il fit, enfin, une alliance à la mesure de ses origines sociales. Il se maria en 1949, à Washington, avec Sylvia Széchényi, de treize ans sa cadette, fille de l’ambassadeur de Hongrie, László Széchényi, et de Gladys Moore Vanderbilt, de la célèbre et puissante famille de financiers américains. Le couple s’installa aux Breakers, à Newport, la propriété des Vanderbilt. Une particularité : Anti, marié depuis peu, en avril 1949, ne figure pas sur le faire-part de décès de sa mère de juin de la même année.

Installé aux USA, le quadragénaire ne resta pas inactif. Il fit tout pour promouvoir la participation aux Jeux Olympiques des athlètes exilés, originaires des pays communistes. On était alors en pleine guerre froide. Il s’adressa au bureau d’Avery Brundage, athlète, membre de comités sportifs américains, président du Comité International Olympique (CIO). Avec son aide, Anti Szapáry créa l’Union of Free Eastern European Sportsmen (UFEES). Cependant, son action fut d’abord politique, discréditant les régimes communistes d’Europe centrale, celui de Hongrie étant partiellement la cause du déclin de la position sociale de la famille Szapáry.

De son mariage avec Sylvia Széchényi, Anti eut deux enfants. Paul en 1950, sans alliance ni postérité connues. Il semble avoir reçu une formation universitaire à la Columbia University in the City of New York. Nous ne savons pas quelle est sa profession il pourrait être Editeur. Il apparaît dans de nombreuses manifestations sociales. Puis Gladys-Vanderbilt, en 1952, sans alliance à ce jour. Nous ne savons pas si elle exerce une profession. Tous deux sont souvent à la une de nombreuses manifestations mondaines. Leur père, en se mariant à une richissime héritière des Vanderbilt, avait su rebondir, sortant ainsi de l’ornière dans laquelle l’avaient enlisé les mutations politiques et sociales des années 20 à 45 et les extravagances de son père. Les deux enfants bénéficièrent de cette fortune qui leur permit d’être, sans qualité intrinsèques particulières.

Anthony Szapáry mourut le 25 décembre 1972 à New-York et fut enterré à Manhattan, dans la section privée des Vanderbilt. Quelques mois auparavant, en février 1972, déjà malade, il avait participé à une Party chez Kitty Hawks. Sa femme agissait dans plusieurs associations de bienfaisance. Elle mourra en 1998.

D’autres Szapáry sont aujourd’hui représentés en Europe et aux USA ; nous en parlerons ultérieurement. En effet, les traces de cette famille – qui joua un rôle relativement important dans l’histoire de la Hongrie du 17ème au 20ème siècle – sont encore nombreuses en Hongrie. Par exemple, le château de Nyírábrány, proche de Debrecen, est aujourd’hui à l’abandon. Il appartint à la lignée de Gyula Szapáry (plusieurs fois ministre de 1873 à 1890 et premier-ministre de 1890 à 1892) dont l’arrière-petit-fils, György Szapáry (1938), fut ambassadeur de Hongrie à Washington de 2011 à 2015. Cette belle bâtisse aujourd’hui inoccupée représente pourtant un capital touristique non négligeable, si toutefois on aménageait ces lieux bénéficiant d’un environnement remarquable, à proximité d’une forêt de 25 hectares et d’un lac.

Claude Donadello

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