Le cinéma hongrois à l'honneur au festival Filmpiknik de Veszprém-Balaton

Initialement prévu pour mi-juin, le festival Veszprém-Balaton Filmpiknik aura finalement lieu du 3 au 5 septembre suite aux mesures de restriction engendrées par la pandémie mondiale. Malgré ce retard, le festival orchestré par le réalisateur et auteur Péter Muszatics et le réalisateur, poète, producteur et diplomate culturel Can Togay promet un programme soigné mettant la Hongrie à l'honneur. Cet événement, organisé dans le cadre du programme Capitale Européenne de la Culture, est le fruit d'une étroite collaboration entre le programme EKF Veszprém-Balaton 2023, l'Institut National du film et l'Académie hongroise du cinéma et compte bien redonner au triangle Veszprém – Balaton Füred – Balaton Almádi son titre de région culturelle, 30 ans après son dernier festival dédié aux films du petit écran.

Découvrir ou redécouvrir le cinéma hongrois grâce à un festival à la fois chaleureux et ambitieux

 Péter Muszatics explique ainsi que l'objectif est d'ouvrir les portes du cinéma hongrois au reste de l'Europe grâce à l'opportunité offerte par le programme Capitale Européenne de la Culture. En effet, l'industrie cinématographique hongroise connaît actuellement une période de grande prospérité, notamment compte tenu de la petite taille du pays. On peut ainsi citer la nomination dans la catégorie Un certain regard au festival de Cannes du film Le chalet (A nyaraló) de Can Togay en 1992, ou plus récemment le Golden Globe et l'Oscar 2016 du Meilleur Film en Langue Etrangère décernés à  László Nemes pour Le fils de Saul (Saul fia), l'Oscar du Meilleur Court-métrage de Fiction pour Mindenki (Sing) de Kristóf Deák et Anna Udvardy en 2017, l'Ours d'or de Berlin 2017 pour Corps et âme (Testről és lélekről) d'Ildiko Enyedi ou enfin la nomination aux Oscars 2019 de Ceux qui restent (Akik maradtak) par Barnabás Tóth. La perspective du festival Filmpiknik s'inscrit donc dans une stratégie plus globale de l'industrie cinématographique hongroise rayonnante dont le but est de promouvoir le cinéma hongrois tant à l'intérieur du pays qu'à l'internationale.

Au-delà de la projection des films, l'événement vise à mettre en relation les professionnels de l'industrie créative avec le public et les talents locaux, ainsi des rencontres seront organisées, entres autres, au Cinéma BalatonBalatonfüred) après les projections. Le festival prévoit également des événements gastronomiques et musicaux autour des projections, le Café Filmpiknik accueillera par exemple des concerts. Péter Muszatics explique : « Les cinémas nationaux sont fermés depuis plus de deux mois, durant cette période même celles et ceux qui vont le moins souvent au cinéma ont eu faim de l'expérience du grand écran. Avec ces projections chaleureuses à Veszprém et sur les rives du lac Balaton, nous voulons créer un environnement passionnant afin que les films hongrois et le public puissent enfin se retrouver. Nous ne considérons pas le Filmpiknik comme un simple événement émouvant mais organisons également de nombreux programmes pour l'accompagner, tels que des événements musicaux et gastronomiques, afin d'ajouter de la couleur à l'offre cinématographique. ». Le responsable professionnel du festival ajoute également : « Bien sûr, le Filmpiknik ne perdra pas son caractère professionnel et nous considérons toujours qu'il est important de fournir un lieu de rencontre pour la profession afin de renforcer encore plus le rôle du cinéma à Veszprém et dans la région de Bakony-Balaton. ».

L'actrice Panna László, étudiante en sociologie, et à l'Ecole d'Arts Dramatiques, comédienne, journaliste musicale et assistante de réalisation est porte-parole du festival cette année. Elle se proclame de la “génération Z” et déplore que cette génération ne s'intéresse qu'aux grandes productions américaines, elle invite ainsi les jeunes à redécouvrir le cinéma hongrois.

Une idée que Péter Muszatics appuie en ajoutant “Après cette période de quarantaine où l'on a pu regarder des films que sur les petits écrans de nos ordinateurs, il est important que le public puisse retrouver le plaisir d'aller dans les salles de cinéma, le plaisir du grand écran. Grâce au festival, ce sera possible même en plein air sur l'écran géant de la Promenade Tagore à Füred, avec une grande qualité image et son permettant aux hongrois de revenir vers leurs racines via le cinéma.

Une sélection de films aux petits oignons

Pour atteindre ces objectifs, le directeur artistique du festival Filmpiknik Péter Muszatics ont sélectionné les meilleurs films de ces dernières années parmi les lauréats de la Revue du cinéma hongrois et y ont ajoutés des classiques du cinéma hongrois.

Le festival sera lancé par Valan – Vallée des Anges (Valan – Az angyalok volgye), un psycho-thriller de Béla Bagota sorti en 2019 et abordant la dure réalité de l'exploitation sexuelle des jeunes filles pauvres de Transylvanie. La sélection présentera également le premier long-métrage d'Attila Hartung intitulé FOMO : Fear of Missing Out (FOMO: Megosztod, és uralkodsz) en référence à l'anxiété sociale caractérisée par la peur constante de manquer une nouvelle importante ou un événement social. Ce film glaçant explore ainsi les dérives des réseaux sociaux et la violence des interactions entre adolescents, tant en ligne qu'au quotidien. Dans un autre registre, le festival mettra à l'honneur des productions télévisuelles comme le film de science-fiction Dans une autre vie (Egy másik életben) d'István Tasnádi ou la série policière Les bas-fonds (Alvilág ou Underworld en anglais) de Ujj Mészáros Károly diffusée en 2019. Filmpiknik permettra également de découvrir les films des jeunes réalisateurs Barnabás Tóth et Kristóf Deák ainsi que la lauréate du Prix des Droits de l'Homme dans le cadre de la Compétition Documentaire du Festival de Sarajevo, Réka Szabó, pour son tout premier long-métrage L'euphorie de l'existence (A létezés eufóriája) qui raconte l'histoire d'Éva Fahidi, une hongroise de 93 ans survivante de l'Holocauste s'exprimant à travers la danse. Pour ajouter à la diversité proposée, les films d'animations de Rofusz Ferenc et Marcell Jankovics seront aussi projetés.   

•         Valan – La Vallée des Anges (Béla Bagota, 2019) : L'histoire débute en 1989, en pleine révolution roumaine, tandis que July, une jeune fille de 13 ans, est portée disparue à Valan, une ville minière de Transylvanie. 22 ans plus tard, son frère Péter, enquêteur qui a dédié sa vie à la recherche de femmes disparues dans la ville de Brasov, apprend que le corps d'une jeune fille a été retrouvé dans sa ville natale. Serait-ce sa soeur ? Après une longue absence il retourne à Valan où il devra affronter les ombres du passé qui le hantent depuis l'enfance.

•         FOMO – Fear of Missing Out (Attila Hartung, 2019) : Gergö et ses amis aiment trois choses : la fête, le sexe et leur popularité en ligne. Un soir, lors d'une fête, Lilla est victime des garçons. Un défi devenu incontrôlable change le monde de ces adolescents du jour au lendemain.


Panna László, figure du festival Filmpiknik, a joué dans Fear of Missing Out

•         Dans une autre vie (István Tasnádi, 2019) : Árpád est un mécanicien d'une trentaine d'année satisfait de sa condition, mais un beau jour Perlay Inc., spécialiste de la migration des âmes, frappe à sa porte. La société permet aux milliardaires de se réincarner afin qu'ils n'aient pas à être privés de leur richesse dans leur nouvelle vie et il semblerait que la possible renaissance d'Árpád lui offrira une richesse inimaginable. Mais est-il prêt à abandonner la vie qu'il connaît pour vivre celle de quelqu'un d'autre ?

•         Les bas-fonds (Károly Ujj Mészáros, 2019) : La vie de Nora est plutôt tranquille grâce à la fortune de son mari et de son frère dans la pharmacie, mais lorsque son mari est assassiné, Nora doit faire face à tout ce sur quoi elle a préféré fermer les yeux jusqu'alors. Pour protéger ses enfants et sa propre vie, elle devra apprendre à jouer selon les règles des criminels.

•         L'euphorie de l'existence (Réka Szabó, 2019) : A 20 ans, Eva Fahidi survit à Auschwitz Bikernau tandis que 49 membres de sa famille dont ses parents et sa petite sœur ne reviennent pas des camps de la mort. A 90 ans, Eva est invité à participer à un spectacle de danse-théâtre sur le parcours de sa vie. Réka Szabó imagine un duo entre Eva et la jeune danseuse Emese. Durant trois mois, les histoires de ces trois femmes s'entremêlent pour distiller les moments de la vie d'Eva dans des scènes de danse et de théâtre puissantes.

Pour ce qui est des classiques, on peut citer les projections des films iconiques d'István Szabó, de Géza Bereményi, de Ferenc András ou encore le film La Madonne païenne (A Pogány Madonna) de Gyula Mészáros, d'ailleurs tourné à Tihany au lac Balaton. Mais surtout, on pourra saluer la première projection de la version remasterisée en haute définition du film Marche militaire (Katonazene) réalisé par Endre Marton en 1961 d'après le roman de Sándor Bródy. Cette version restaurée redonne leur splendeur à de grands acteurs encore célèbres aujourd'hui. István Hildebrand, un célèbre caméraman déjà primé par le prix Kossuth et à qui on doit de grands films hongrois, a également participé à la numérisation et restauration de Katonazene aux Archives Nationales du Film Hongrois, et ce malgré ses 91 ans.

•         La Madonne païenne (Gyula Mészáros, 1981) : Alors que le lac Balaton accueille ses touristes pour la haute saison, la statue en or de la Vierge païenne est volée au musée de l'abbaye de Tihany. Au fil de l'enquête, ce qui était un vol devient un meutre et l'enquête mènera l'inspecteur Kardos au coeur de la compétition de voile de la baie de Füred. Ce film policier burlesque met à l'honneur les paysages offert par le lac Balaton.

•         Katonazene (Endre Marton, 1961) : Le film se déroule à la fin du XIXème siècle lors de la guerre austro-hongroise. Ce drame suit Ferdinandy, un jeune homme sur le point de déménager à Vienne et passe le temps en peignant les riches dames de sa ville. Riche et et courtisé, il tombe néanmoins sous le charme du fruit défendu, Anna, la femme du docteur Barlay. Malheureusement, le médecin l'apprend et le convoque en duel, mais il s'avère que ce dernier est retrouvé mort le matin même. Le film se penchera alors sur la “comédie” orchestré par le lieutenant coupable pour faire accuser son naïf apprenti à sa place.        

Pour plus d'informations sur le programme, rendez-vous sur www. filmpiknik.hu.

Une sélection variée et alléchante pour un festival que l'on espère à la hauteur de ses promesses malgré le contexte de Covid.

Maïa Casimir-Favrot

 

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