Vasarely ou « le plus populaire des artistes méconnus »

Pour combler l’ennui du confinement, le musée Vasarely de Budapest propose, en ligne, des ateliers d’art optique à réaliser chez soi. Retour sur l’œuvre de Victor Vasarely, « le plus populaire des artistes méconnus ».

L’Op Art, un nouvel art visuel

Formé aux Beaux-Arts et au Bauhaus de Budapest, le Hongrois, né en 1906 à Pecs, s’installe à Paris en 1927. Illustrateur publicitaire dans un premier temps, il se consacre ensuite à la création d’un art nouveau : l’Op Art. Cet art optique trouve son origine dans les connaissances scientifiques de Vasarely, qui, avant de s’engager dans la voie artistique, avait suivi des études de médecine en Hongrie. Le peintre – il signe bel et bien des œuvres picturales et non numériques - s’attache à tromper l’œil des spectateurs par l’illusion optique.

Très tôt, Victor Vasarely se détache de l’art figuratif et de « l’art pour l’art » pour s’en tenir à l’abstraction. Il a gardé de son passage dans le milieu publicitaire une certaine idée d’une forme efficace et utile. Grâce à sa technique, il met en mouvement les formes qu’il peint, mouvement activé par l’œil hypnotisé du spectateur.

Pour le Hongrois naturalisé Français en 1961, l’art n’est pas fait pour être enfermé et exposé dans des musées. Les murs qui séparent les salles d’exposition de la ville ont vocation à disparaître ; l’art doit s’intégrer dans la ville comme dans la vie. Le meilleur intermédiaire entre l’art et la ville : l’architecture. Transformer le milieu urbain, c’est bien là ce vers quoi doit tendre l’art pour Victor Vasarely. À l’inverse du Pop Art, l’Op Art ne fait donc pas entrer la sphère populaire dans la sphère artistique ; le langage artistique s’exprime dans l’espace populaire.

L’art pour tous

L’architecte américain Louis H. Sullivan définissait dès 1896 le fonctionnalisme – mouvement auquel Vasarely était très attaché – comme un art « du peuple, pour le peuple, et par le peuple ».  

« C’est dans les foules qu’il faut diffuser l’art, voilà l’espace illimité », Victor Vasarely.

En intégrant l’art dans l’architecture urbaine et en en faisant ainsi plus qu’une simple décoration, Vasarely souhaitait que son art soit visible et accessible à tous. Il travaillait ainsi à une diffusion sociale plus large de son art et de l’art en général.

Le plus populaire des artistes méconnus

Le nom de Vasarely n’est que peu connu du grand public. Pourtant ses œuvres sont célèbres dans le monde entier, explique l’historienne de l’art Hayley Edwards-Dujardin, invitée de l’émission « Le Réveil culturel » sur France Culture du 12 février 2019, avec son expression : « le plus populaire des artistes méconnus ». Elle poursuit : « les gens connaissent son œuvre, ils ne savent plus d’où, ils ne savent pas comment. Même s’ils ne connaissent pas son nom, ils connaissent son art ». De la façade du siège de la radio RTL au logo Renault en passant par la pochette de l’album Space Oddity de David Bowie, l’art de Victor Vasarely incarne l’imaginaire graphique des années 1960 – 1970. Lorsque l’on pense à cette période, les formes géométriques et les couleurs vives de l’univers de Vasarely viennent immédiatement à l’esprit. Au final, tout le monde connaît Vasarely et en même temps personne ne le connaît.

Fervent partisan de la démocratisation de son art, l’artiste franco-hongrois ne s’offensait pas de l’industrialisation de ses œuvres. Son esthétique s’est retrouvé sur de nombreux objets du quotidien comme des jupes ou encore des posters. Vasarely s’en réjouissait même : « Je ne suis pas pour la propriété privée des créations. Que mon œuvre soit reproduite sur des kilomètres de torchon m’est égal ! Il faut créer un art multipliable ».

Manon Martel

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