„De l´Elbe à la Tamise”, concert de l´Avent au Palais des Arts de Budapest

„De l´Elbe à la Tamise”, tel est le titre choisi par ses organisateurs pour annoncer un concert donné au Palais des Arts de Budapest. Pour signaler la présence d´une chorale allemande, dirigée par un chef anglais. Certes, mais on aurait pu y ajouter la Moselle, vu que le tout était accompagné par un ensemble venu de Metz, le Concert lorrain. Concert de l´Avent avec trois cantates et le Magnificat de Bach. La chorale : le Chœur de Chambre de Dresde, le chef : Marcus Creed. En solistes : Mary Bevan, soprano, Tim Mead, contre-ténor, Guy Cutting, ténor et Tobias Berndt, baryton. Les œuvres interprétées : „Nun komm, der Heiden Heiland” BWV 62, „Christen, ätzet diesen Tag” BWV 63, „Unser Mund sei voll Lachens” BWV 110 et le Magnificat  BWV 243.

Fondé en 2000 par la claveciniste Anne-Catherine Bucher, le Concert Lorrain a su rapidement s'imposer sur la scène baroque internationale. Choisi en 2012 par Christoph Prégardien pour sa première tournée en tant que chef, l'ensemble a été entre autres invité au Musikverein de Vienne, au Concertgebouw d'Amsterdam, à la Cité de la Musique ou encore à la Philharmonie de Varsovie et au Palais des Congrès de Lucerne. Également loué pour ses enregistrements (Diapason d´Or). C´est dire que sa réputation n´est plus à faire. Partenaire régulier du Concert Lorrain, la Chorale de Chambre de Dresde a été fondée en 1985. Notamment spécialisée, de par son origine, dans la musique de Bach, elle se produit régulièrement dans les festivals à l´étranger. Pour diriger le tout, un Anglais, Marcus Creed, lui-même rodé à la musique chorale, puisqu´il a été formé au King´s College de Cambridge et à la Christ Church d´Oxford. Qui fut notamment à la tête du chœur RIAS de Berlin.

S´il nous revenait de nos jours, Bach serait bien surpris de se voir joué, non seulement dans toute l´Europe, mais dans le monde entier. Car à l´époque (à la différence de Haendel), ses œuvres restaient limitées au milieu relativement restreint d´une cour ou d´une paroisse. Leur renommée s´étendant tout au plus dans les cours voisines, voire dans l´entourage du roi. Mais guère davantage. Les trois cantates données ce soir s´étalent sur une période de 15 ans (de 1710, Weimar à 1725, Leipzig). Toutes dédiées à la période de Noël. Qui devraient donc nous offrir en principe une ambiance festive et animée. (NB : on retrouvera le chœur qui introduit la dernière cantate dans l´ouverture de sa quatrième suite pour orchestre en ré majeur.) Quant au Magnificat, il exprime la joie de Marie enceinte partagée avec sa cousine Elisabeth (elle-même enceinte de Jean-Baptiste). Tombant donc à point pour précéder Noël. Que dire de plus ? Sinon que la première cantate donnée ce soir est basée sur un hymne écrit par Luther pour le premier dimanche de l´Avent. Mis à part le Magnificat, des œuvres jamais entendues jusqu´ici, que nous allions donc découvrir ce soir.

Apparue sur la fin des années soixante, la mode consistant à jouer sur des instruments anciens fut souvent décriée au départ pour se voir aujourd´hui entrée dans les mœurs, voire fort répandue. L´un des principaux reproches qui lui étaient faits concernait les cordes dont on jugeait la sonorité quelque peu acide et traînante et certains cuivres (les cors) pour leur imprécision. Voilà qui n´est plus le cas aujourd´hui, soit que nos oreilles s´y soient habituées, soit, surtout, que la technique du jeu ait évolué. Tel est le cas de l´ensemble Le Concert lorrain que nous avons entendu ce soir. Un ensemble aux belles sonorités, notamment avec un hautbois au timbre absolument délicieux - mis en avant dans les œuvres ici jouées - et les deux flûtes. Un programme allant, si je puis dire, en crescendo, avec deux premières cantates un peu en retrait par rapport à nos attentes, pour nous séduire (je ne dirais pas combler) après la pause, avec la cantate BWV110 et surtout le merveilleux Maginificat (qui n´est pas sans rappeler certains passages de la Messe en Si). Séduire, certes, mais combler, non. En raison d´un ensemble à notre sens trop réduit et manquant de puissance. Ce qui est en grande part à mettre au compte de l´acoustique. Qui eût certainement été mieux mis en valeur dans un cadre plus intime. A mettre également au compte de la direction, trop mesurée pour des œuvres (dernière cantate et Magnificat) dont nous aurions attendu plus d´éclat (malgré le brio des cuivres). Même réserve du côté des chœurs. Le tout bien chanté certes, mais - à la différence de l´orchestre - trop „entier”, manquant légèrement de nuances. Quant aux solistes, que dire ? Tous excellents, mais nous retiendrons surtout la brillante prestation du ténor britannique Guy Cutting. Ici encore, une réserve : le recours au contre-ténor (Tim Mead, paraît-il très réputé) dont le timbre nous a presque incommodé, se portant à faux dans les duos avec la soprano. Mieux eût valu le recours à une alto. Pourtant bien chanté, de sa part également.

Voilà pour ce que nous pouvions dire de cette soirée. Mais ne boudons pas notre plaisir, car ce fut somme toute une soirée bien agréable, au demeurant fort applaudie. Malgré notre légère réserve pour les deux premières cantates où nous n´avons pas vraiment perçu cette ambiance de Noël que l´on trouvera par la suite dans l´Oratorio.

Et puis, l´occasion de découvrir un jeune ensemble venu de notre chère Lorraine (1)...

Pierre Waline

(1): sous la direction du violoncelliste allemand Stephan Schultz, les membres de l´ensemble se montrent très actifs au sein de leur région, se déplaçant régulièrement dans les écoles pour sensibiliser et initier les jeunes à la musique baroque, organisant chaque année une Académie de musique baroque et tenant en ville des „cafés baroques”. Un ensemble au demeurant couronné par la presse (revues Diapason et Gramophone). / NB : le même concert avec les mêmes interprètes venait d´être donné la veille au Grand Auditorium de Luxembourg.

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