La langue hongroise, un divertissant livre d´images

À qui se lance dans l´étude d´une langue étrangère, je recommanderais, au-delà de l´apprentissage du vocabulaire, de se lancer dans la familiarisation avec les expressions locales. Succès garanti auprès de vos partenaires. De plus, distrayant et motivant.  Des expressions qui foisonnent dans toutes les langues, mais dont les Hongrois semblent particulièrement friands. Souvent significatives de la mentalité de ses locuteurs, mais pouvant aussi relever d´emprunts. En tous les cas, qui valent la peine d´être débusquées.

Parfois nombreuses pour exprimer une même notion. Tel l´allemand qui, pour qualifier un individu à l´esprit dérangé, vous laissera comme le français le choix entre une bonne demi-douzaine d´expressions savoureuses: „ il a une fente dans le saladier” (er hat einen Sprung in der Schüßel : „il a la cafetière fêlée”), „il n´a pas toutes les tasses dans l´armoire”  (er hat nicht alle Tassen im Schrank :  „il lui manque une case”), „il a un oiseau” (er hat eienen Vogel: „il a une araignée dans le plafond”)  - encore qu´ici, l´araignée soit plus explicite -, etc. Expressions dans le cas présent apparemment moins nombreuses dans la langue hongroise. A croire que l´échantillon des individus concernés serait plus modestement répandu chez eux ? Hmmm !...

Au-delà des nombreux emprunts, notamment de l´allemand („l´été des vielles femmes” pour notre été indien ou encore la poule transformée en oie dans la „chair de poule”), il est amusant de confronter les images utilisées ici et là. Par exemple notre „tarte” transposée en „melon” („qu´est-ce que tu es tarte !”/„jaj, de dinnye vagy!”) ou, allez savoir pourquoi, en chien („ce n´est pas de la tarte”/„nem kutya”). Une que j´adore, notre délicieux „pédaler dans la choucroute”, pratiquement intraduisible, sinon par „se prendre la tête entre l´arbre et le gazon” („fühez-fához kapkodni”) qui correspondrait davantage à „s´accrocher aux branches”. Plus prosaïque, notre opposition „le jour et la nuit” transposée en „ciel et terre”. Pouvant aussi avoir une origine historique, avec une connotation pas toujours flatteuse. Tel notre envoi chez les Grecs joyeusement transposé chez nos amis Magyars en envoi dans l´Hexagone („a francba!”). Lié à cette mauvaise réputation qui nous colle à la peau avec cette satanée „maladie française” pour la syphilis… Mais, petite consolation, nos voisins anglais ne sont pas en reste, puisque les Hongrois les voient, comme nous, „filer à l´anglaise”.  Bon… Notre propos n´est pas ici de dresser une liste qui serait trop longue… Au demeurant répertoriée dans des lexiques spécialisés. Nous voulions juste en donner un avant-goût, offrir une petite mise en appétit.

Autre aspect où, pour le coup, le hongrois me semble („me semblait”) se différencier du français : l´utilisation de la métaphore. Un exemple : lors de la traduction d´un ouvrage sur Budapest, j´étais tombé un jour sur une phrase décrivant „la merveilleuse émeraude de l´île Marguerite délicatement déposée sur l´étincelant ruban argenté du Danube”. Rien que ça et le plus sérieusement du monde ! Je ne sais plus comment je m´en étais tiré, mais ainsi traduit, cela aurait bien fait rigoler le lecteur francophone, ce qui n´était pas le but.... La fantaisie orientale face au cartésianisme ? Certes, c´était il y a près de quarante ans, et depuis, les habitudes ont sensiblement évolué. Presque dommage, dirai-je.

Car de nos jours, alors qu´avec le développement d´internet et des médias, les modes d´expression ont tendance, sinon à s´uniformiser, du moins à se rapprocher, le langage a tendance à se banaliser, quitte à perdre de ces petites particularités qui faisaient tout son sel (1). Mais ne pleurons pas trop vite. La langue hongroise garde de beaux jours devant elle et espérons qu´elle nous réservera pour longtemps encore de ces bons moments qui font que nous l´aimons et apprécions son charme (2)...

Souhaitons-lui longue vie…

Pierre Waline

1): À noter cette nouvelle manie, notamment répandue dans  les médias, de remplacer par des termes étrangers des bons vieux lexèmes de souche magyare. Pédanterie, particulièrement irritante dans certains cas. Le pompon : le „preferálok” pour „je préfère” („jobban szeretek”), pratiquement entendu tous les jours.… Également passé dans les mœurs, le terrible „lájkolok”, transposition phonétique du „I like” utilisée sur les réseaux. Alors que le hongrois offre un terme infiniment plus simple : „tetszik”. Mais bon, il faut rester „in”, comme l´on dit chez nous.

2) : une exception sur laquelle nous ne nous étendrons point. Le langage „fleuri” (euphémisme) utilisé dans les jurons et insultes qui, lui, se porte malheureusement bien…  D´une outrance qui dépasse largement ce que nos compatriotes, même les plus endurcis, peuvent imaginer...et de plus en plus souvent entendu.   

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