Rencontre avec Joël Le Pavous, auteur du « Dictionnaire insolite de la Hongrie »

Journaliste indépendant suivant l’actualité magyare depuis novembre 2013 et collaborateur du Journal Francophone de Budapest, Joël Le Pavous présente ce jeudi à la Librairie Latitudes de l’Institut Français son « Dictionnaire insolite de la Hongrie » publié le 15 mars dernier aux éditions Cosmopole.

Entretien avec la plume de cet ouvrage aussi agréable que bien documenté.

JFB : Tu es un amoureux de la Hongrie et d’une hongroise. Pour autant, tu ne ménages pas le trappista ou le fait que certains magyars ne prononcent toujours pas correctement ton nom de famille…

J.L.P. : Et c’est encore le cas aujourd’hui ! (rires). Blague à part, j’ai effectivement eu le coup de foudre pour une hongroise rencontrée fin-2011 au début de mes études de journalisme à Bordeaux. Un an et demi plus tard, j’ai décidé de la suivre et de tenter ma chance comme journaliste freelance en Hongrie. Depuis, j’ai garni mon porte-feuille de collaborations, appris la langue bien que je fasse encore des erreurs et épousé sur les bords du Danube celle pour qui j’ai craqué. Au fond, le goût plastique du trappista ou les soucis en rapport avec mon nom de famille sont devenus secondaires…

JFB : Ton livre attire l’oeil avec sa belle couverture réunissant tulipes et ornements de tapis typiquements magyars. De nombreux ouvrages ont essayé de parler de la Hongrie autrement. Qu’est-ce qui t’a paru le plus surprenant et que tu as jugé clairement nécessaire d’insérer dans ce dictionnaire ?

J.L.P. : J’ai appréhendé l’écriture de ce dictionnaire sous de nombreux angles. Je ne pouvais pas éviter la politique vue la médiatisation importante du pays dans ce domaine ces dernières années. Et comme tu l’as remarqué, l’ouvrage contient également des termes culturels, sportifs et j’en passe. Si je devais choisir une notice, j’opterais pour celle évoquant les grottes d’Aggtelek entre Hongrie et Slovaquie, un lieu qui m’était totalement inconnu avant d’écrire le livre mais qui semble vraiment valoir le détour.

JFB : Tu parles à la fois de la culture classique et populaire puisque l’on croise dans le meme livre Bartók et le feuilleton populaire Barátok Közt diffusé sur la chaine privée RTL Klub ou Kodály et l’acteur de séries B Bud Spencer. Comment as-tu réussi ce mélange apparaissant très fluide lorsqu’on te lit ?

J.L.P. : Cette volonté est dans l’ADN de la collection des Dictionnaires insolites. Il s’agit de proposer un panorama le plus large possible sans forcément verser dans l’exhaustivité. Cet ouvrage ne doit pas être envisagé comme un guide de voyage, bien qu’il contienne des notices touristiques, mais comme un outil d’approche alternatif aidant à mieux cerner une ville ou un pays. Voilà pourquoi des icônes de la musique classique magyare ont tout autant leur place que des artefacts de la pop-culture nationale.

JFB : Tu évoques des cinéastes hongrois comme Béla Tarr, des stars magyares du septième art comme Zsa Zsa Gábor, des grands moments de l’Histoire nationale comme la bataille d’Eger ou des figures indissociables de l’identité du pays comme István Széchenyi. Comment as-tu opéré ta sélection ?

J.L.P. : J’ai choisi les personnalités les plus susceptibles d’intéresser le grand public français et francophone. Les lecteurs seront sans doute surpris de savoir que le Pont des Chaines fréquenté par de nombreux touristes n’aurait jamais vu le jour sans la volonté de Széchenyi qui modernisa parallèlement l’économie hongroise au 19e siecle. Pour ce qui est du cinéma, n’oublions pas non plus l’apport au 7ème art du chef-opérateur Zsigmond Vilmos qui contribua sans conteste au succès du Nouvel Hollywood.

JFB : Les débats sur l’origine de notre langue ancienne et lointaine restent intenses et le magyar est considéré comme l’un des idiomes les plus difficiles au monde. Comment l’as-tu apprivoisé ?

J.L.P. : Lorsque j’étais en stage au magazine du journal Le Monde en 2012, j’ai acheté une méthode Assimil comprenant plus de quatre-vingt-leçons de grammaire et des tonnes de mots de vocabulaire. Après quatorze leçons, j’ai laissé le livre de côté et décidé d’apprendre sur le tas au contact de ma belle-famille, de l’actualité et des personnes interviewées pour mes reportages. Je ne pouvais pas imaginer m’établir en Hongrie sans parler la langue et j’ai la chance de savoir me débrouiller avec aujourd’hui.

JFB : Que dirais-tu aux lecteurs pour les convaincre de venir visiter la Hongrie ?

J.L.P. : Que la Hongrie parait froide au premier abord mais plus chaleureuse qu'on peut le croire lorsque l’on fait l’effort de dire deux-trois mots en magyar. Que sa gastronomie reste appréciable et délicieuse même si elle semble bourrative et qu’un Savoyard comme moi se délecte difficilement des fromages locaux loin du Beaufort. Que la beauté du Balaton est capable d’émerveiller n’importe quel occidental et que l’architecture magyare si particulière impressionne quiconque prend le temps de lever les yeux.

Éva Vámos

https://www.editionscosmopole.com/notre-catalogue/dictionnaire-insolite-de-la-hongrie/

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