Lucien et Rodolf Hervé ou la photographie de père en fils

La Galerie Várfok de Budapest accueillait jusqu'au 14 mars l'exposition One-On-One consacrée aux photographes Lucien et Rodolf Hervé.  A travers une sélection originale de photographies, l'exposition met en perspective l’œuvre du père et du fils, proposant ainsi de découvrir la singularité de leur travail respectif mais aussi leurs traits communs.

 


László Elkán nait dans une petite ville de Hongrie en 1910. Il grandit à Budapest avant de s'installer à Paris en 1929. Grand amateur de peinture et pianiste averti, il débute la photographie un peu malgré lui à la fin des années 30 comme reporter-photographe pour Marianne Magazine. Il est fait prisonnier par les Allemands pendant la guerre, mais parvient à s'évader pour rejoindre la Résistance sous le nom de Lucien Hervé, pseudonyme qu'il gardera par la suite. Sa rencontre avec Le Corbusier en 1949 constitue le véritable tournant de sa carrière. Après avoir vu ses photos de l'unité d'habitation de Marseille, Le Corbusier lui écrit : « Venez me voir, vous avez l'âme d'un architecte ». Lucien Hervé devient alors le photographe privilégié du célèbre architecte qu'il accompagne notamment en Inde sur le grand chantier de Chandigarh. Grâce à leur collaboration qui dura 15 ans, il fut reconnu comme l'un des photographes d'architecture les plus remarquables. Son style photographique se caractérise par un grand dépouillement et une géométrie omniprésente. Adepte des cadrages en plongée, il joue sur l'ombre et la lumière pour créer un puissant contraste de noir et blanc. La rigueur apparente de ses photos est contrecarrée par une grande dimension humaniste. Lucien Hervé aime photographier l'homme dans son environnement et cherche à capter l'humanité dans ce qu'elle a de plus universel. Il est l'un des rares photographes à allier philosophie humaniste et pensée architecturale.

Fils unique de Lucien Hervé, Rodolf nait à Paris en 1957. Suivant les traces de son père, il commence très jeune la photographie notamment par le biais du polaroïd. Très vite, il affirme son propre style photographique en rupture avec la vision paternelle géométrique et dépouillée. Il s'installe à Budapest en 1989, après la chute du communisme, dans un monde où tout est à réinventer. Dans cette ville, il laisse s'exprimer toute sa créativité, et devient rapidement un personnage important de la scène artistique alternative de Budapest. Artiste aux multiples facettes, il expérimente sans contraintes, s'essayant à la vidéo, au collage, à l’électrographie, à la peinture ou encore à la musique. Son œuvre, qualifiée de prémonitoire par certains, est d'une étonnante modernité. A la fois hallucinatoires et surréalistes, ses photographies suggèrent le mouvement, la pensée en action. L'intensité est le maître mot de l’œuvre Rodolf Hervé qui alterne sans cesse entre tendresse et violence, lyrisme et dramatisme. L’œuvre est à l'image de la vie de l'artiste, fulgurante et libre. Cette liberté, ce besoin pressant d'expérimenter et de vivre ont marqué durablement la scène underground hongroise des années 90.

Le format de l'exposition, associant systématiquement une photographie du père et du fils, permet une approche comparative de leurs œuvres. Ces pairs mettent en valeurs les différences des deux artistes, mais également une sensibilité et des inspirations communes. Les images versatiles et colorées du fils complètent l'immobilité noire et blanche de celles du père, et laissent penser que les deux hommes ont été une source d'inspiration l'un pour l'autre.

Anna Robert

 

field_vote: 
Votre notation : Aucun(e) Average: 5 (7 votes)