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Porgy and Bess à nouveau sur la scène de Budapest


By JFB - Posted on 31 janvier 2018

Un retour fort remarqué

 

C’est en 1935 que Porgy and Bess fut créé à Boston, sa première en Europe remontant à 1943 (Copenhague). Souvent considéré à tort comme une comédie musicale, Porgy and Bess est bel et bien un opéra à part entière, du moins telle était l’intention de son compositeur. Son action se déroulant au sein d’une commuté afro-américaine (Sud des États-Unis), l’œuvre est généralement donnée par des chanteurs et acteurs noirs. Ce qui en limiterait a priori les possibilités d’exécution, encore qu’elle ait fait sous cette forme l’objet de fort nombreuses représentations de par le monde. Telle la Hongrie où était entre autres venue se produire une troupe noire (Szeged). Quant au public parisien, il a pu la voir - et pour beaucoup, la découvrir -,  donné dans les années soixante-dix par un ensemble venu des États-Unis (Palais des Congrès). Paris où, plus récemment, il a été donné en 2008 sur la scène de l’Opéra comique (également par une troupe américaine). Opéra qui a par ailleurs fait l’objet d’un film célèbre tourné en 1959 par Otto Preminger. Film couronné l’année suivante du Golden Globe. Malgré tout, des exceptions demeurent, telles les représentations données à Budapest par une troupe hongroise en 1970 et au début des années quatre-vingts. Celle-ci ayant remporté un vif succès avec près de 150 reprises. C’est également par une équipe hongroise qu’il vient d’être repris, après une absence de 35 années sur la scène de Budapest.

 

 


L’action, reprise d’une pièce à succès, en est particulièrement mouvementée. Elle se situe dans un faubourg noir – quartier de taudis en bord de mer - de Charleston en Caroline du Sud. Handicapé, Porgy est amoureux de Bess, maîtresse du brutal Crown, qui vient de commettre un crime. Malgré les sollicitations insistantes du peu scrupuleux dealer Sportin’Life qui veut l’emmener à New York, Bess vient se réfugier dans un premier temps chez Porgy. Pour se voir finalement ramenée de force chez son amant Crown qui la maltraite au point que sa vie est en danger. Retournée chez Porgy qui la soigne, Bess se voit contrainte de le quitter à nouveau, celui-ci, après avoir poignardé Crown venu la rechercher, se trouvant emprisonné. Désemparée, Bess n’a d’autre choix que de suivre Sportin’Life à New York où, une fois libéré, Porgy tentera désespérément d’aller la retrouver. Une action dense et riche en péripéties, de plus impliquant un grand nombre de personnages.

 

Paradoxalement, c’est le succès de certains de ses airs (Summertime!) qui nuisit à l’œuvre, la reléguant injustement dans le genre du music-hall. Œuvre dans laquelle Gershwin nous offre une partition hybride où il a tenté d’associer musique de jazz et style classique. „Une partition pleine de couleur et d’exubérance mélodiques, d’un lyrisme sans excès, humoristique à l’occasion, d’une expressivité violente ou sarcastique” (François-René Tranchefort). Avant d’obtenir un franc succès auprès du public américain, l’œuvre de Gershwin fut dans un premier temps accueillie par de sérieuses critiques. Certains lui reprochant son côté patchwork, mélange de styles variés (classique, jazz, blues, negro spiritual) sans pour autant en réussir la fusion. Jugement pour le moins sévère. Quoi qu’il en soit, Gershwin nous offre là une belle partition, enlevée et baignée d’une forte intensité dramatique.     

 

 

A priori, un opéra pas évident à produire. Qu’en fut-il donc?

La mise-en-scène, tout d’abord, due à András Almási-Tóth. Celui-ci s’en est expliqué. L’opéra étant ici confié à une équipe hongroise, l’action en a été transférée en Europe ou quelque part en Amérique, sans précision de lieu. Le bidonville est ici remplacé par un hangar où tout ce beau monde se côtoie, lieu de refuge provisoire, entassés sur des matelas. Ce faisant, le metteur-en-scène a voulu rapprocher l’oeuvre du public contemporain dans l’espace et dans le temps, en faire mieux ressentir la portée. Ce qui, somme toute, n’a a priori rien de trop choquant plus de huit décennies après sa création.

 

Décor simple, aéré, spacieux. Qui permet aux chanteurs d’évoluer sans entrave. Des chanteurs au nombre de quatorze, intervenant presque tous à quasi égalité, sans véritable rôle secondaire. Notre impression générale: mitigée. Non quant à la qualité du chant en soi, quasiment irréprochable. Mais, on a beau faire, Gershwin a écrit une musique adaptée au milieu de la communauté noire américaine. Si chanteurs et chœur se sont pleinement engagés pour nous servir le meilleur d’eux-mêmes, il n’en demeure pas moins que dans certains passages, notamment les negro spirituals, nous n’y étions pas vraiment. Même remarque pour la gestuelle des choristes cherchant par un léger balancement du corps à imiter le swing, mais de façon quelque peu artificielle, comme forcée, et par trop timide. Pour en revenir aux chanteurs, une mention spéciale revient, outre les tenants des rôles-titres (Gabriella Létay Kiss en Bess et Marcell Bakonyi en Porgy) à Andrea Meláth dans le rôle de Maria, pour le coup totalement convaincante.  

 

 

Une autre mention revient aux danseuses et danseurs qui nous auront servi ce soir une remarquable prestation, par moments acrobatique, un  peu „à la West Side Story”. Mais c’est ici peut-être à l’orchestre que revient en définitive la palme. D’un bout à l’autre pleinement engagé, extraverti, nous offrant un jeu franc et clair. Et apparemment parfaitement à l’aise dans la musique de jazz. Il faut dire que Gershwin lui a fait là un beau cadeau avec une partition vivante, riche, colorée et variée sans aucun temps mort.

Pour en revenir à cette longue absence (35 ans) sur la scène de Budapest, un mot sur la raison de sa suppression du répertoire. Peu avant sa mort en 1983, Ira Gershwin, frère cadet du compositeur, co-auteur du livret, avait exigé que l’œuvre fût exclusivement donnée par une équipe issue de la communauté afro-américaine noire (1). Obstacle qui, suite à d’âpres négociations, put finalement être en partie contourné.

Il est vrai que Porgy est un black opera, destiné à l’origine à être chanté par une troupe noire. Et reconnaissons qu’Ira Gershwin n’avait pas tout-à-fait tort. Mais reconnaissons aussi aux responsables de cette production le mérite - et le courage - de nous avoir de la sorte permis de revivre une œuvre si touchante. Parviendront-ils à renouveler le succès des années quatre-vingts sur cette même scène? La suite nous le dira.

 

Pierre Waline

 

 

Crédit photos: Opéra d’État Hongrois (Péter Rákossy, Attila Nagy)

 

(1): de même que le film d’Otto Preminger se vit interdire de projection en 1974 par l’ayants-droit sous le prétexte qu’il déformait l’œuvre de Gershwin en la présentant comme un music-hall.

 

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