Vous êtes iciLucien Hervé : géométrie de la lumière

Lucien Hervé : géométrie de la lumière


By JFB - Posted on 11 décembre 2017

Exposition au Château de Tours, 18 novembre 2017 – 27 mai 2018

Les lecteurs de Budapest peuvent se souvenir de l’exposition du photographe Lucien Hervé au Musée des Beaux-Arts en 2010. À l’occasion  du centenaire de la naissance de l’artiste d’origine hongroise ce grand musée budapestois a acquis 100 photographies représentatives de son œuvre. En 2017 les 10 ans de sa disparition sont marqués en France par la plus grande rétrospective qui lui est consacrée grâce au Jeu de Paume. L’exposition a été inaugurée le 17 novembre dernier au château de Tours dans le cadre d’une fructueuse collaboration qui lie la municipalité depuis plus de 10 ans avec cette institution parisienne spécialisée dans la photographie. Elle prend la suite d’autres grandes expositions de photographes renommés comme André Kertész, Jacques-Henri Lartigue, Sabine Weiss ou, il y a quelques mois, Willy Ronis.


Si Lucien Hervé est considéré comme l’un des plus importants et influents photographes du XXe siècle c’est grâce à son langage très personnel. Il a joué comme un « danseur de corde » avec les équilibres de l’ombre et de la lumière, avec le vide et le plein, avec les nuances entre le noir et le blanc. Ainsi il cache ou dévoile certains éléments pour susciter la curiosité, pour inciter à réfléchir. Autrefois il a comparé son métier à celui d’un chef d’orchestre qui encadre et organise des sons – pour lui les lignes, les courbes et les volumes – en une harmonie. Il n’hésitait pas à découper ses tirages pour rehausser les composants essentiels de ses sujets : les détails des rues, des bâtiments, des gestes humains. Hervé ne veut pas montrer, mais évoquer ce qu’il voit.

Parmi les 160 photographies sélectionnées par Judith Hervé, la veuve du photographe et Imola Gebauer la commissaire de l’exposition, se trouvent des clichés qui vont de l’avant-guerre jusqu’aux années 2000. Le visiteur y retrouve les photos célèbres, et parmi elles celles prises pendant ses années de collaboration avec Le Corbusier (1949-1965) ou les photos sur l’architecture moderne. Mais l’exposition propose également des découvertes, un riche choix de photographies peu connues sur les coups de cœur du photographe. Les monuments de l’Antiquité, les observatoires de l’Inde, le palais de Fatehpur Sikri, l’abbaye du Thoronet, les paysages des îles Baléares ou l’Escorial en Espagne invitent à une réflexion sur l’histoire de l’humanité et de ses pensées.

En plus d’approfondir les grandes thématiques, piliers de l’œuvre, l’exposition propose un autre aspect original : évoquer les expositions conçues par le photographe lui- même. Cela a conduit d’abord à un accrochage peu ordinaire, aux dimensions et techniques variées (photos encadrées, contrecollées ou papiers peints). Mais de plus, un dialogue est proposé parmi les sujets, les époques et même des pensées, venant de Lucien Hervé ou des citations de sa propre collection. Hervé avait l’intention de surprendre son visiteur et de solliciter son imagination. Un mur entier, composé des photos en couleur prises dans son appartement, est présenté dans la même disposition que celle réalisée par le vieux maître au début des années 2000 : Hervé habille cette cimaise du sol jusqu’au plafond. Dans une autre salle, une série de photos noir et blanc accrochées en frise – tirées d’une de ses plus grandes expositions itinérantes, le Langage de l’architecture (années 1960) – témoigne de sa volonté de faire découvrir des rythmes musicaux dans l’architecture indienne et d’y introduire un effet cinématographique.

Que Lucien Hervé fut un photographe hors du commun rayonne non seulement par ses photos sur l’architecture, mais également à travers ses premières photos parisiennes ou ses photos des détails anodins des rues. Ses prises de vues strictement composées, contrastées et minimalistes témoignent de sa recherche de l’homme. Si ses figures sont peu nombreuses, souvent fugitives et anonymes, leur présence est essentielle. Ils courent, se reposent, travaillent, ils habitent l’espace et l’animent. Chez Hervé presque chaque personnage est revêtu d’une importance universelle. Quand l’homme n’est pas visible, le photographe le saisit à travers sa pensée, sa science, sa spiritualité, les traces qu’il a laissées sur terre. L’exposition tourangelle propose de suivre l’artiste dans ses découvertes et ses réflexions jusqu’en mai prochain.

Imola Gebauer

http://www.jeudepaume.org/?page=article&idArt=2988

Aucu vote pour l'instant.

Publicité

 

Le JFB sur Facebook

 

Syndication

Syndiquer le contenu