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Le Groupe de Visegrád... Mais qui sont-ils au juste ?


By JFB - Posted on 28 février 2017

Le „Groupe de Visegrád”, une appellation qui revient de plus en plus souvent dans nos médias, parfois sous sa forme abrégée „V4”. Comme l’on sait, le groupe rassemble quatre états membres de l’Union européenne, la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie et la Slovaquie, qui s’efforcent aujourd’hui d’accorder leurs positions sur les questions relatives à l’Europe, ceci pour mieux faire entendre leur voix auprès des instances de Bruxelles.  Mais ... que sait-on vraiment de plus?


Dès le XIVème siècle, en 1335, à l’initiative de Charles Ier de Hongrie (Charles-Robert d’Anjou Sicile), les rois de Hongrie, de Pologne (Casimir III) et de Bohême (Jean de Luxembourg) s’étaient réunis au château de Visegrád, au nord de Budapest, pour y conclure une alliance. Ceci pour renforcer leurs royaumes menacés par une série de troubles et de conflits, notamment suite à des frictions entre la Bohême et la Pologne. Une alliance non seulement politique, mais qui porta également sur le commerce (sorte de libre échange).

Six siècles et demi plus tard, le 15 février 1991, c’est donc symboliquement à Visegrád que se réunirent les dirigeants de la Tchécoslovaquie (Vaclav Havel), de la Pologne (Lech Wałęsa) et de la Hongrie (József Antall) pour y conclure un accord, encore informel. Á l’origine de cette rencontre: la volonté de s’associer pour mieux assurer ensemble la transition vers un régime démocratique suite à la chute du socialisme. Un peu plus de 25 ans après, lesdits états - au nombre de quatre après la séparation de la Slovaquie en 1993 -  étant devenus entre temps membres de l’Union européenne (2004), le contexte a sensiblement changé.

Mais qui sont-ils vraiment? Question à laquelle il fut tenté d’apporter un début de réponse lors d’un débat récemment organisé sous  l’égide de la Fédération des Journalistes de Hongrie (MÚOSZ). Autour du thème „Pays de Visegrád, traditions communes, similitudes et différences”, deux éminents universitaires échangèrent leur vues dans un débat animé par Éva Vámos, présidente de la Section culturelle du MÚOSZ.  Il s’agit des professeurs Éva Ring, historienne enseignante à l’Université des Sciences humaines de Budapest (ELTE, Eötvös Loránt Tudományos Egyetem (1)) et Csaba G Kiss, historien de la littérature et de la culture enseignant à l’Université de Varsovie. D’autant mieux placés pour nous en parler que tous deux manient couramment plusieurs langues de la région où ils ont séjourné.

Des pays, comme l’on sait, situés en Europe centrale (Mitteleuropa). Une appellation à laquelle certains, tel le professeur G Kiss, préfèrent le terme d’Europe médiane (Zwischeneuropa). Mais bon... un sujet qui serait trop long à débattre et que nous laisserons ici de côté (2).

Similitudes et traditions communes. Tout d’abord par leur histoire. Avec, non explicitement citée, une appartenance commune à l’empire des Habsbourg, bien que limitée à la Galicie pour ce qui concerne la Pologne. Mais aussi, à commencer, par leur tradition de pays de culture chrétienne catholique et réformée, face au monde orthodoxe de l’Europe „orientale”. Et, bien  sûr, pour avoir ensemble subi le joug des régimes communistes et de l’occupation par les troupes soviétiques (encore que, pour la Tchécoslovaquie, cette occupation ne débuta qu’en 1968). Trois pays qui, sur l’ensemble de la région, furent ceux qui offrirent la plus grande résistance au régime en place. Le plus dur parmi les trois, étant celui instauré en Tchécoslovaquie après l’échec du Printemps de Prague.

Mais c’est surtout sur les différences que porta le débat. Ne serait-ce qu’au plan ethnique et linguistique, s’agissant de trois peuples de langues slaves face à la Hongrie de langue finno-ougrienne (hongrois, finnois, estonien), voire non indo-européenne. Différence „ethnique” (terme que je n’utilise pas volontiers…) par leur origine, s’entend, lesdits peuples étant plus ou moins mélangés. Différences notables également dans le tissu social. Avec une Tchéquie offrant un tissu social sensiblement plus équilibré, qualifiée de „bourgeoise plébéienne” par le professeur G Kiss, face à une Pologne et une Hongrie marquées par un passé plus contrasté. Différence également au niveau de la presse où les Polonais  font figure de pionniers, ayant été les premiers à éditer un moniteur de langue polonaise, suivis des Allemands (XVIIème-XVIIIème siècles). Puisque nous évoquons l’histoire de ces pays, j’ajouterai personnellement une autre différence de taille: leur position au cours de la seconde guerre mondiale. Une Tchéquie et une Pologne envahies et proches des puissances alliées (malgré la honte des accords de Munich...) face à la Hongrie de l’amiral Horthy et à la Slovaquie de Mgr Tiso, proches de l’Axe.  

Autre thème évoqué, l’attitude de ces pays lors du changement de régime. Les Polonais se posant ici en véritables tombeurs du régime communiste, se réclamant entre autres du mouvement Solidarność et du pape Jean-Paul II, face à  des Hongrois plus discrets. N’oublions pas malgré tout (remarque personnelle) que ce sont les Hongrois qui furent les premiers à ouvrir en 1989 une brèche dans le rideau de fer. Dernier sujet évoqué par Éva Ring: l’antisémitisme où, par contre, Csaba G Kiss voit de nos jours une évolution plus inquiétante à l’Ouest avec notamment la montée des mouvements islamistes.

Le cas de la Lituanie ayant été soulevé au passage, l’idée d’un élargissement du Groupe à un bloc „d’entre-deux-mers” de la Baltique à l’Adriatique a également été abordée. Une idée avancée par le Président polonais, probablement pas encore de toute première actualité dans l’immédiat, néanmoins à ne pas négliger et à suivre.

Telles sont les grandes lignes - ici exposées de façon non exhaustive et résumée - des points abordés lors de ce débat. Ajoutons-y qu’il s’agit aujourd’hui de régimes politiques orientés à droite avec un axe majeur Budapest-Varsovie. Mais ici encore, des différences peuvent se faire sentir, par exemple dans la position opposée des deux gouvernements sur les rapports à entretenir avec Moscou. 

Un Groupe qui a donc considérablement évolué depuis sa création, se posant aujourd’hui davantage en bloc destiné à rétablir un équilibre face aux puissances de l’Ouest dans l’Europe des (désormais) 27.

Pierre Waline   

(1): un peu le pendant de notre École Normale Supérieure, avec laquelle l’université hongroise échange régulièrement  des enseignants. Tel le professeur Aurélien Sauvageot, fondateur de la chaire des langues finno-ougriennes à l’École Nationale des Langues Orientales Vivantes, qui enseigna à Budapest dans les années vingt, séjour dont il publia des Mémoires.

(2): une appellation souvent utilisée en France, du moins dans les années de la transition : PECO, Pays de l'Europe Centrale et Orientale. Au-delà de sa consonance maladroite (du moins à mes oreilles), une une appellation un peu bancale, qui revêt un sens davantage politique que géographique, pour désigner les pays de l'ancien bloc communiste ("Europe de l'Est"). Pensons par exemple à la Grèce, non couverte par cet acronyme, ou encore à la Yougoslavie et aux Balkans, pays méridionaux. 

Photos:

(1) :  le château de Vusegrád qui domine le Danube au Nord de Budapest

(2) : un groupe qui a célébré l'année dernière ses 25 ans d'existence

 

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