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Le temps retrouvé


By JFB - Posted on 29 avril 2014

Expositions ROZSDA

En hommage à Endre Rozsda pour le centenaire de sa naissance deux expositions de grande envergure ont eu lieu à Budapest. Peintre originaire de Mohács, il a trouvé une seconde patrie auprès des surréalistes à Paris et un atelier au Bateau-Lavoir. Son oeuvre fut  célébrée à Budapest d’abord à la galerie Várfok, ensuite à la Galerie Nationale Hongroise.

 

 


« Cet homme a posé sa tête sur le Temps. Il a patiemment oublié ce qu’il savait des identités et des morcellements. Il a seulement tendu l’oreille. De ce guet passionné, voici le résultat : une ronde souveraine .» -Erik Orsenna a écrit des phrases élogieuses sur le peintre, ses couleurs, son art et son humanisme. A la Galerie Nationale les commissaires de l’exposition se sont inspirés des paroles d’Orsenna et de l’inspiration proustienne du maître pour le titre de la rétrospective. Rozsda avait une relation exceptionnelle avec le temps, avec de très vieux souvenirs et avec les moments importants dans l’immédiat – c’est aux rythmes de la musique que son art – énigmatique – vit et séduit.

C’est la dimension du temps dans son art qui est évoquée ainsi que son rapport singulier au surréalisme par l’étude de l’historienne d’art Borbála Kálmán. Elle note que les souvenirs de Rozsda deviennent matière première et ses tableaux des histoires. Mais Rozsda formulait ses réponses au monde à travers les lignes, les couleurs, les formes qui condensaient en un tissu dense le flux d’images traversant l’esprit du peintre. « Je suis la parque qui tresse le fil du temps, qui crée les choses, mais non celle qui les achève .» - a écrit dans ses Méditations d’où est issu le sous-titre emblématique de l’exposition qui a eu lieu à la Galerie Várfok et celui du livre édité pour l’occasion : Le fil de la Parque.

Rozsda a disparu de la scène artistique hongroise pendant de longues décennies et il fut presque oublié. Pourtant son talent de peintre s’est révélé très tôt, et à ses 20 ans une de ses toiles a été achetée par le Musée des Beaux Arts de Budapest. En 1938, il est parti à Paris où il a fréquenté l’Ecole du Louvre et a rencontré dans les cafés de Montparnasse Giacometti, Max Ernst et Picasso et puis des plasticiens parisiens hongrois. A Paris, il abandonne peu à peu le naturalisme et travaille à des compositions abstraites,  – comme l’évoque l’historien d’art David Rosenberg dans son livre Rozsda l’oeil en fête. Il raconte également le retour de l’artiste à Budapest en fuyant Paris occupée par l’armée allemande. Bientôt c’est à Budapest qu’il choisit la clandestinité, caché il attend dans une cave la Libération. Au moment de la déportation des familles juives de Mohács sa mère fut assassinée. Dès 1945, il se lance dans la vie à pleine vitesse, il dirige un cours de peinture à l’Association culturelle ouvrière, s’inscrit au Parti Communiste et participe à la fondation de l’Ecole européenne – mais Rozsda soucieux de son indépendance ne signe pas le Manifeste. Dès 1948, il se retire, il résiste aux directives artistiques : seule les toiles naturalistes, du réalisme socialiste sont reconnues. Il se consacre au dessin, illustre quelques livres pour enfants. Père et mère au fiacre de 1954 est une des rares toiles peintes à cette période – où vraisemblablement des souvenirs d’enfance resurgissent dans un univers fantastique.

En 1956, il quitte définitivement la Hongrie . Grâce à Guy Turbet-Delof directeur à l’époque de l’Institut Français de Budapest ses toiles enroulées sont sauvées et arrivent à Paris où en 1957 la galerie Furstemberg organise la première exposition de Rozsda. C’est André Breton qui écrit la préface du catalogue : qui saurait mieux reconnaître son art que Breton : « On a la chance de découvrir dans l’oeuvre de Rozsda, accomplie clandestinement au cours de ces dernières années. (...) Ici se mesurent des forces de la mort et de l’amour ; la plus irrésistible échappée se cherche de toutes part sous le magma des feuilles virées au noir et des ailes détruites , àfin que la nature et l’esprit se rénovent par le plus luxueux des sacrifices, celui qui pour naître exige le printemps. » Il sera invité par Breton à  la Mostra internazionale del Surrealismo à Milan en 1961 et il participera plus tard à l’exposition célébrant les 50 ans du surréalisme en 1972 à Munich. Il a eu des expositions en Belgique et aux Etats-Unis mais ses amis et des galeristes ont remarqué que son talent méritait d’avantage. 50 ans après sa dernière exposition en Hongrie, il y a eu une grande rétrospective à Budapest au Műcsarnok de son vivant, en 1998. L’année suivant il décédait à Paris. Ses amis créant une Association ont gardé son atelier au Bateau-Lavoir à Montmartre. Je revois José Mangani – l’infatiguable -  oeuvrant pour organiser des expositions avec Erika Pollak entre Paris et Budapest. Depuis la première rétrospective, c’est la troisième à laquelle on assiste à Budapest. Il y a eu des expositions présentant les trois facettes de son oeuvre : dessins, photos et peintures. La galerie Várfok a excellé tout particulièrement avec plusieurs expositions que la jeune galeriste Károly Szalóky a mises en place. Ils ont commencé à réaliser les expositions à Budapest – de concert avec l’historienne d’art Júlia Cserba. La peintre Françoise Gilot a évoqué les forts liens d’amitié qu’ils ont su garder avec Rozsda toute leur vie. Elle m’a dit dans son interview à Budapest qu’ils auraient espéré deux expositions parallèles  du vivant de Rozsda dans les galeries de la rue Várfok. 

Avec ses toiles dédiés à l’amour sacré, l’amour profane et l’amour fou – sa matière étant le plaisir des couleurs comme disait François Fejtő – on est persuadé qu’il a surmonté toutes les tragédies de sa vie par sa peinture – comme le formula lors du vernissage l’écrivain Péter Esterházy : par « la joie de peindre. »

Éva Vámos
 

 

 

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