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Découvrir la poésie hongroise: Endre Ady


By JFB - Posted on 01 août 2008

Les livres du JFB

La Hongrie est une nation de poètes : les œuvres les plus représentatives de la littérature hongroise appartiennent à la poésie. J'ai donc choisi de vous présenter un poète majeur et qui m'a particulièrement touchée : Endre Ady, le poète «inspiré», le grand lyrique hongrois qui constitue à sa manière l'une des figures les plus éminentes de la poésie hongroise du vingtième siècle.

Endre Ady (1877-1919)

On ne peut pas passer à côté de cet écrivain car sa poésie est magnifique, d’une grande musicalité, rythmée et chantante. D'autant qu'il a écrit des poèmes sur Paris : en tant que Français, c'est toujours intéressant de connaître le point de vue d'un étranger sur notre pays.

Dans Paris mon maquis, par exemple, le poète clame son amour pour notre capitale :

C’est grâce à Léda, sa muse dont il est amoureux, qu’il découvre Paris. Car il ignore tout de Paris et de la France, et parle à peine français.

 

«Ici j’aurai ma mort et non sur le Danube.

Mes yeux ne seront pas fermés par des mains laides.

Un soir la Seine m'appellera : par une nuit muette,

Dans quelques grands, quelques géants néants,

Dans un sombre néant je sombrerai.

 

La tempête peut crier, la broussaille crisser,

La Tisza déferler sur la plaine hongroise,

Moi j’ai pour me couvrir la forêt des forêts,

Même mort je resterai caché

Par mon fidèle taillis-maquis, mon immense Paris.»

 

Ce qu'il est venu chercher à Paris, c'est tout simplement une vie nouvelle. Léda, juive hongroise de la bonne société mariée à un commerçant cossu installé à Paris, l’emmène là-bas. Instruite, oisive, férue de littérature et d'art, elle lui fait découvrir les rudiments de la poésie française et le « Paris » qu'elle connaît. Mais Ady est chaque jour plus amoureux de son «pays tout petit». Il finit d'ailleurs par revenir en Hongrie, la mort dans l'âme. Et quand il retourne à Paris se réfugier dans ce qu'il appelle son «maquis», il en revient le coeur insatisfait car le charme n'opère plus, le grand amour pour Léda a fini par s'user. Malgré tout, c'est à Paris qu'il est devenu lui-même.

Il est également intéressant de savoir qu'il a écrit un poème à la mémoire de Jean Jaurès : Souvenirs d’un immense mort :

 

«Plus de cent sont les raisons du Hongrois

Pour clamer partout tendre frère cet homme-là,

Plus de cent sont les deuils quand ce bras-là

En défendant la paix s’abat.

Mon coeur me fait bien mal, mon message est bien pesant,

Je ne vais pas pouvoir tout vous dire complètement,

Mais un immense mort, un frère assassiné

Dedans ma vie vit, semblable au Juste de la Pensée. »

 

Mais Ady a d'autres mérites que d'avoir écrit sur la France et les Français !

Il a également rédigé de magnifiques poèmes d'amour, notamment Les baisers dans le palais dormant, que l'on pourrait réciter en dansant :

 

«En deçà de la mort, au-delà de la vie,

Seul un gars viril peut arriver là,

Seul un morne mâle peut arriver là.

Dans brumes, dans ténèbres somnole, somnole

Le palais du baiser.

Dans mille chambres mille femmes,

Blanches, belles femmes, en attente halètent,

Brûlantes, grandes femmes, en attente halètent.

Ton c?ur à toi en tocsin d'incendie frémit,

Retentit, bondit.

 

Porte après porte, tu ouvres furtif :

Partout femmes et lits,

Parfums, femmes-flammes et lits,

Dédale du baiser avec mille femmes

Et mille « jamais ».

 

Là tu vas tournoyer pour l'éternité,

Peureux, frileux, sans baiser,

Fleuri de frimas, sans baiser.

Et sur tes bruns cheveux l'énorme Automne

Egouttera sa rosée de neige.»

Considéré comme le grand lyrique hongrois, Ady laisse «une oeuvre immense par ce qu'elle a d'insolite et d'unique. Il a été le poète inspiré, sous l'effet de l'alcool, de la passion ou de tout autre excitant.» (Aurélien Sauvageot). Il a d'ailleurs mené une vie de débauche et séjourna plusieurs fois en maisons de santé, où il finira par mourir, en 1919, après une longue agonie. La Hongrie organisera, à ce poète auteur de plus de 1000 poèmes, des obsèques grandioses, signe de la place majeure occupée par cet artiste.

En espérant que cette petite synthèse vous aura donné envie de vous plonger dans la poésie hongroise, je vous souhaite à tous un très bon été et vous donne rendez-vous à la rentrée ! D'ici là, bonnes lectures!

Clémence Brière

 

Endre Ady, « Poèmes »,

aux éditions Le temps qu’il fait,

1992, 170 pages 

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