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Mr Budapest Parcours dans le triangle des synagogues


By JFB - Posted on 08 mai 2008

Budapest Parcours

Par Emmanuelle Sacchet

C’est l’histoire d’un mec, un amoureux, celui par qui Budapest est entrée dans ma vie. On l’appellera Mr Budapest parcours. Et voilà qu’aujourd’hui, faisant ses adieux à la Hongrie, il regrette soudain de ne pas mieux connaître Budapest, disons Pest. Le bien placé aurait pu me suivre tout partout s’il n’avait préféré mes mots et images à mes virées. C’est donc l’histoire d’un homme qui m’ayant lu huit années, se trouva fort dépourvu quand le retour à Paris fut venu. Pas assez de balades pour de vrai dans les pattes ! Il alla crier famine à Bea la copine qui lui chorégraphia sur mesure un pas de deux en ville. Budapest par Bea c’est le “béa ba” de tout ce qu’il faut savoir d’intelligent et de vivant.

A l’heure où comme le pollen, refleurissent les sightseeing des touristes, voilà notre homme embarqué dans un tour de ville que je n’ai pu m’empêcher de suivre. Une visite guidée de sa ville que l’on croit connaître par cœur aiguise le regard et le rend presque neuf. Budapest apparaît dans tout ce qu’elle a d’éclectique et d’exalté. Toutes ses fantaisies de Vénus obèses, d’atlantes orientaux, d’esclaves en plâtre, de dorures néo baroques, de fausses coupoles ou de fer forgé alambiqués mêlés au style Sécession, sautent plus curieusement que jamais à nos yeux attentifs.

Mais au-delà de l’histoire de la Hongrie racontée par ses monuments, par quel côté aborder la ville ? Eh bien celui qu’on fréquente le plus sans vraiment le connaître : le quartier juif, en souvenir de cette immense communauté d’autrefois. Cette élite parfaitement intégrée dans la société économique et sociale de la ville suscitera des débordements à toutes les époques. « Judapest » sera l’expression du maire de Vienne qui stigmati-sera l’antisémitisme latent du début du XXème siècle, annonciateur des horreurs futures… On préférera cette expression du « triangle des synagogues » pour passer la journée. Les synagogues de Budapest ont survécu à la shoah, aujourd’hui bien trop grandes pour une communauté de quatre-vingt mille personnes. Mais cette dernière vit pleinement et naturellement dans ce quartier historique qu’elle a partiellement réintégré. Les synagogues, véritables centres communautaires, s’intègrent parfaitement à la vie du septième arrondissement. Bien qu’il soit prochainement classé au patrimoine mondial de l’humanité, il n’y a pas ce phénomène comme à Prague de « fossilisation » d’un quartier juif, sorte de reconstitution touristique d’un site historique.

Attention, le pas volontaire de notre guide est lancé rue Dohány. Les hautes tours mauresques rouge et jaune annoncent de loin la plus grande synagogue d’Europe. La fouille électro-nique à l’entrée organise un flux incessant de touristes. Imposante comme une cathédrale, cette synagogue de l’architecte Förster fut achevée en 1913 dans le style orientaliste alors en vogue. Une architecture en rupture avec certaines règles orthodoxes comme le confirment la présence d’orgues et l’emplacement de la bimah, l’estrade où le rabbin lit la Torah qui n’est plus au centre mais comme un autel. La bourgeoisie libérale juive de l’époque dite néologue prônant l’assimilation tenait à se démarquer de l’orthodoxie religieuse arrivée fin XIXème de Moldavie, de Pologne, de Bohème ou de Russie, qui parlait exclusivement le yiddish. Dans la cour, en lieu et place de la fosse commune de 1944, le saule du sculpteur Imre Varga pleure des larmes d’acier gravées aux noms des 600 000 juifs hongrois déportés à Auschwitz. Sur la façade, une petite plaque rappelle qu’autrefois se trouvait la maison natale de Théodor Herzl 1860-1904, le père fondateur du sionisme pour la création d’un Etat d’Israël.

Tout près, Rumbach Sebestyén utca, un passage à la synagogue tra-giquement délabrée du n°13 rappelle que la restauration de tels lieux longtemps laissés à l’abandon requiert des moyens et un temps infinis. Pendant cinquante ans ses fenêtres et seuils furent barricadés et c’est toute une histoire en filigrane qui peu à peu s’échappait dangereusement de la mémoire collective. Cette synagogue, construite entre 1871 et 1873, est un travail de jeunesse d’Otto Wagner. Sa conception d’un rigoureux style historiciste est d’inspiration mauresque. Grâce à l’utilisation d’une structure en fonte, l’architecte a conçu un immense espace ouvert de forme octogonale. L’étage réservé aux femmes apparaît comme une grande arène aérienne jonchée sur de fins poteaux métalliques ciselés, couleur or, surplombant les belles façades polychromes rouge vif et bleu roi des motifs arabisants.

Deux rues derrière, la synagogue orthodoxe de Kazinczy utca connaît depuis deux ans une parfaite réhabilitation grâce à l’organisation MAZSIHISZ (Magyarországi Zsidó Hitközségek Szövetsége), l’association des communautés juives de Hongrie. On peut même la visiter en faisant signe au gardien. Erigée en 1912, elle était la synagogue la plus moderne de son temps, construite sur une structure de béton, dotée de l’électricité (apparue six ans auparavant à Budapest) et équipée d’un ingénieux système de chauffage à air pulsé qui faisait air conditionné en été avec des pains de glace. Très sombre et sobre de l’extérieur, la tendance art nouveau de l’époque concède une décoration intérieure des plus colorées qui paraît très surprenante voire clinquante au premier coup d’œil.

Le quartier juif fut muré à partir de 1944 et le Gozsdu udvar rue Király en fut le ghetto le plus marquant. Aujourd’hui, ce visionnaire projet urbaniste du début du vingtième siècle est sur le point d’accéder à une énième vie dans une gigantesque réhabilitation immobilière. Visite des appartements témoins ; mais pas témoins du passé. C’est beau certes, mais désincarné de l’âme des lieux. Les investisseurs étrangers - Irlandais en tête - ont depuis longtemps acheté sur plan les logements. On peut se demander qui viendra alors les habiter…

Restauration impeccable ou décrépitude totale, le quartier juif alterne des tableaux populaire, tsigane, chic, avant-garde ou tendance. La mémoire des habitués joue son rôle de gardienne bienveillante entre passé et avenir. Et le présent semble finalement s’être taillé une place de joie parmi toute cette réhabilitation. Certaines cours intérieures sont toujours le vivant théâtre à ciel ouvert mélangeant les époques où les habitants sont les acteurs principaux d’une formidable comédie humaine.

A bientôt mon jeune pacsé de Pest, je te rejoins très vite, dans la plus belle ville du monde. Je dis juste deux mois d’au revoir à celle que j’aime, la se-conde à mes yeux, Budapest.

budapestparcours@yahoo.fr

 

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