Les Choix de Latitudes

Atmosphère paisible, décor lumineux et boisé, rayonnage de livres soigneusement établi, telle est la librairie Latitudes qui vient d’emménager au 11 de la rue Wesselényi, dans un quartier vivant culturellement et touristiquement parlant. Le JFB a rencontré pour vous Camille Defourny une libraire passionnée par son métier, celui de lire et de conseiller. Elle nous parle de littérature hongroise et d’échanges culturels.

 

 

JFB : Quel livre conseilleriez-vous à un francophone qui souhaite connaître l’histoire, la culture et la mentalité hongroises ?

Camille Defourny : Il y a un excellent livre de Paul Lendvai, Les Hongrois, qui à mon sens raconte très bien l’histoire de la Hongrie. Il est riche d’anecdotes et permet de se faire une vision d’ensemble de ce pays.

JFB : Un livre sur les artistes hongrois ?

C.D. : Il y aura plutôt des livres sur des peintres majeurs. Mais je peux citer un livre sur les photographes hongrois, Photographes made in Hungary, qui présente ceux qui sont partis et ceux qui sont restés en Hongrie, les modernes et les anciens.

JFB : Que proposez-vous de la littérature et de la poésie hongroises ?

C.D. : Nous essayons d’être aussi exhaustifs que possible. Nous faisons un effort pour garder l’ensemble des publications de littérature hongroise en français qui sont disponibles en France. Je conseillerais tout d’abord, dans les classiques, Kosztolányi, Krúdy, Frigyes Karinthy. Il y a notamment un éditeur français, Cambourakis, qui réédite des auteurs hongrois, dont Gyula Krúdy et aussi Milán Füst. En littérature contemporaine, je conseillerais un jeune auteur, Attila Bartis, et son roman La tranquillité, de même un écrivain qui est cher à mon cœur, Sándor Tar, qui est assez controversé en Hongrie, mais qui est à mon avis l’écrivain le mieux traduit. La traduction de Patricia Moncorgé est impeccable ! La poésie, quant à elle, représente une partie très importante de la littérature hongroise. Mais traduire la poésie, c’est extrêmement délicat. Il y en a très peu de disponible en français. Vous avez Endre Ady , et l’intégralité de l’œuvre de József Attila, qui aux yeux de nombreux Hongrois est le plus grand poète hongrois qui ait jamais vécu.

JFB : Les éditeurs français font-ils un effort supplémentaire ces dernières années pour traduire la littérature hongroise ?

C.D. : J’aurais du mal à répondre à cette question. Je pense que le succès de Sándor Márai en France a suscité un intérêt qui n’existait peut-être pas auparavant. C’est difficile à évaluer. Je ne vois pas de différence notable sur le nombre de parutions annuelles. Il y en a eu un peu plus l’année dernière avec l’anniversaire de 56. Mais cela reste modeste.

JFB : Quels sont les auteurs hongrois que vous vendez le plus ?

C.D. : Sándor Márai et Magda Szabó . Ce sont les deux noms de la littérature hongroise qui sont les plus familiers aux francophones. La plupart du temps, ce sont soit des Hongrois qui veulent offrir un cadeau à des Français à qui ils vont rendre visite en France, ou qui leur rendent visite en Hongrie. Ou alors ce sont des Français qui vont plus naturellement vers des noms dont ils ont entendu parler.

JFB : La communauté française s’intéresse-t-elle à la littérature hongroise ?

C.D. : La communauté francophone qui vit en Hongrie s’intéresse effectivement à la littérature hongroise. La plupart des francophones qui viennent acheter régulièrement des livres, parce qu’ils sont des lecteurs, parce que cela leur fait plaisir de fréquenter une librairie aussi éclectique que la nôtre, ont également lu des livres hongrois.

JFB : La particularité de votre librairie est-elle l’éclectisme, avec ses rayons de littérature française, anglo-saxonne, russophone, asiatique, hongroise, un rayon de dic-tionnaires, de manuels pour apprendre le français, et même une partie consacrée aux livres pour petits ?

C.D. : L’idée au départ c’est de travailler pour un cercle de personnes qui ont besoin de méthodes, de dictionnaires, donc avec des écoles, des institutions, des bibliothèques, les alliances françaises en Hongrie, certaines universités. L’Institut français est par ailleurs d’un grand soutien avec la médiathèque et ses cours. Ce besoin en méthodes et en dictionnaires est suffisamment important pour qu’une personne enthousiaste puisse prendre le risque de faire une librairie à son goût. Dans la mesure où je voulais me lancer dans ce métier, j’étais prête à faire une librairie qui me ressemble, qui me fasse plaisir, où en temps que lectrice j’ai envie d’acheter des livres. Après, évidemment, on rencontre la clientèle, on apprend à la connaître, et on réagit en fonction de cela. On s’adapte à ses centres d’intérêt, et puis je suis une libraire qui lit, qui aime lire. J’essaye de faire découvrir aux gens des choses qui me plaisent. Je suis curieuse. Il y a d’ailleurs une nouveauté par rapport à l’Institut français où nous avons travaillé de 2004 à mars dernier : nous présentons une sélection de littérature française en hongrois, histoire que l’échange culturel ne soit pas un vain mot !

Propos recueillis par

Milena Le Comte Popovic

 

 

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