Salon du livre de Budapest

C’est nouveau : cette année, c’est le parc Millenáris qui accueillera dans ses grands espaces et jardins, au pied de la Colline des Roses de Buda, la grand-messe des éditeurs et écrivains hongrois et étrangers pour la 15ème édition du Festival International du livre qui se tiendra du 24 au 27 avril. De nombreuses manifestations sont prévues à l’occasion de ce jubilé : des présentations de livres, des rencontres , des débats, des vernissages et des spectacles. Mais aussi un théâtre de marionnettes pour séduire les jeunes lecteurs. Le JFB vous propose dans cette page dédiée à la littérature de vous faire découvrir quelques figures majeures des lettres hongroises contemporaines, traduites en français, qui seront présentes à cette grande fête du livre.

Comme le directeur du Festival Péter László Zentai nous l'a communiqué, «le livre, la littérature tiennent une place de prédilection dans les traditions hongroises. Il y aura 500 stands de 30 pays. 50 à 60 mille visiteurs sont attendus. Le pays invité d’honneur sera la Chine qui viendra avec une grande délégation. Le prix Budapest sera attribué à Bret Easton Ellis invité d’honneur des Etats-Unis. Parmi les écrivains invités, Ingo Schulze qui vient d’Allemagne est déjà un habitué si l’on en croit les héros et les lieux bien hongrois de son dernier roman. Après le Festival, au mois de juin, toute une semaine dédiée aux livres sera organisée également par les soins de cette même Association des Editeurs Hongrois qui existe depuis bientôt 80 ans.». Pour la littérature chinoise, c’est une grande occasion de voir 50 livres exposés à la fois d’auteurs chinois ou sur la Chine en hongrois, estime László Sári.

Commençons par les doyens dont le festival célèbrera le 90e anniversaire : Miklós Hubay et Dezsô Mészöly. Hubay fut rédacteur de la Nouvelle Revue de Hongrie à Genève avant d’aller enseigner la littérature hongroise à Florence. Il est malgré tout toujours revenu en Hongrie, où il est reconnu et a obtenu le prestigieux prix Kossuth. Citons sa pièce de théâtre la plus célèbre, C’est la guerre, dont les adaptations sont connues aussi bien au cinéma qu’à l’Opéra de Budapest. Mészöly, grand francophone, a écrit A l’ombre de Villon.

 

Deux auteurs du nom de Kertész retiendrons également notre attention. Le premier, Imre Kertész, mondialement connu depuis qu’il a reçu le prix Nobel de littérature en 2002 pour son oeuvre évoquant son expérience de l'Holocauste et de la censure subite en Hongrie durant l'ère soviétique. Citons sa trilogie: Etre sans destin, Le refus et Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas. Il y a aussi Ákos Kertész à qui le prix Kossuth a été décerné cette année et dont une oeuvre, Makra, est connue en français depuis qu'il a été présenté au Salon du livre à Paris en 2004. Ce roman a été traduit en 12 langues, adapté au théâtre et au cinéma dès les années 80. Son dernier roman a été également porté à l’écran par le réa-lisateur Gábor Dettre il y a quelques mois. Vivre en minorité tzigane en est le sujet.

György Konrád y fêtera aussi son 75ème anniversaire. Cet auteur occupe une place particulière parmi les écrivains hongrois. Traduit abondamment à l’étranger dans les années 70, il ne pouvait être publié en Hongrie qu’en samizdat. Il est édité à présent en Hongrie aussi et dans d’autres pays dont la France par les éditeurs reconnus. Dans son premier roman Le visiteur, qui a eu un grand succès, son héros adopte par fidélité à ses idéaux, un enfant handicapé. Il y expérimente les limites de nos possibilités d’action. Citons aussi parmi ses oeuvres majeures traduites par Georges Kassai, La marche au pouvoir des intellectuels , coécrit avec Ivan Szelényi,et Départ et retour. Il a été président de l’association des écrivains, PEN international, et a passé de longues années à Berlin. Il participera à une table ronde animée par Éva Karády, rédactrice en chef de Lettre internationale sur le sujet de l’urbanisme.

Notons que de nombreux écrivains hongrois vivent autour de la Hongrie, en Slovaquie, en Serbie, ou encore en Roumanie. De la Slovaquie c’est Lajos Grendel qui viendra fêter son 60e anniversaire. Poète, fondateur de la maison d’édition Kalligram et universitaire ayant été récompensé, entre autres, par le prix Vilenica des écrivains d’Europe centrale, plusieurs de ses nouvelles sont traduites également en français et éditées chez l’Harmattan et aux éditions Ibolya Virág. On retient le scepticisme fécond de l’écrivain. On peut lire de lui, Que ton règne arrive. L’éditrice Ibolya Virág, a qui l’on doit de nombreuses découvertes en matière de littérature d’Europe centrale, a d’ailleurs orga-nisé il y a quelques mois un Festival de littérature hongroise à Paris avec une vingtaine d’auteurs.

Il y a aussi les écrivains hongrois de la Voïvodine, au Nord de la Serbie, qui viennent pour les présentations à Budapest. Le roman picaresque de László Végel nous plonge au milieu d’un congrès avec en arrière-plan la guerre des Balkans. La description du festin très central-européen pourrait être amusante, mais au fond il s’agit d’une lamentation. Ottó Tolnai vit aussi en Voïvodine. Fondateur d’une revue prestigieuse, Új Symposium, son oeuvre est également connue en France. Il y a publié L'or brûlant, ou encore L’ombre de Miquel Barcelo, livre illustré par ailleurs par un compatriote à la fois photographe et chorégraphe très connu en France, Josef Nadj. Il a travaillé à Avignon, à Venise avec ce même artiste. Sándor Kányádi quant à lui vient de Transylvanie. Il présentera ses poèmes dont certains sont accessibles en traduction française, comme Rondeau. Notons que la poésie est actuellement mise à l’honneur depuis le 11 avril, jour de la naissance du poète Attila József, et ce durant un mois, dans le quartier de Ferencváros.

Mais revenons aux plus célèbres «Péter» de Hongrie. Péter Nádas et Péter Esterházy, figures incontour-nables de la littérature contemporaine. Ils seront tous les deux présents au Festival du livre. Péter Esterházy vient de publier un livre où il évoque l’histoire de ses ancêtres. Rejeton d’une vieille famille d’aristocrates, confrontée au régime communiste, Esterházy raconte la fragilité des empires sur un ton ironique et anecdotique. Très po-pulaire en Hongrie, il l’est aussi dans d’autres pays, dont la France où il est régulièrement publié chez Gallimard. Citons Trois anges me surveillent, et Revu et corrigé. Péter Nádas lui aussi a puisé dans le destin de sa famille. Le Livre de mémoires a reçu le prix du Meilleur Livre étranger. Il s’agit d’une exploration subtile de la société du 20ème siècle à travers la famille, la politique et le sexe. Il est également romancier, essayiste et dramaturge, mais il fut d’abord connu pour ses photographies. Un autre auteur s'est penché sur le thème des racines familiales, Miklós Vámos, dans Le livre des pères récemment sorti en France. Il a déjà publié près d’une trentaine d’ouvrages. C’est à 45 ans qu’avec une série d’émissions de télévision il est devenu connu. Dans plusieurs de ses romans il retrace l’histoire de sa famille entre réalité et fiction.

Il est toujours très intéressant de voir comment les livres inspirent les cinéastes: c'est le cas de La mélancolie de la résistance et Tango de Satan de László Krasznahorkai adaptés au cinéma par Béla Tarr. Le succès des films a poussé Gallimard à éditer en français ses romans qui posent de grandes questions métaphysiques sur notre époque.

Présentons un dramaturge de renom: György Spiró. Il a plus d’une trentaine de pièces de théâtre à son actif dont la plus célèbre est L’imposteur qui nous ramène à l’époque de la Russie tzariste. Mais il a écrit des romans dont Les Anonymes et Elle me regarde.

Notons aussi l’essai de László Földényi, théoricien de l’art, écrivain et universitaire qui a été publié en même temps en France et en Allemagne: Dostoievski lit Hegel en Sibérie et fond en larmes (Actes Sud). « Livre audacieux qui ne ressemble à rien d’autre», notent les critiques ajoutant que le projet d’un monde commun continue de faire rêver et pleurer.

 Parmi les plus jeunes, retenons Attila Bartis avec La tranquillité, Robert Hasz et Le prince et le moine, Petôcz András avec Les étrangers (Gallimard), et enfin Péter Hendi dont on peut lire les nouvelles dans La Nouvelle revue française en attendant un recueil chez Gallimard.

 Et puis un mot sur le coin des livres pour enfants avec la présentation d’un nouveau ABC ludique très attendu. Car ses jeunes auteurs sont déja connus. La francophone Krisztina Tóth qui traduit elle-même ses ouvrages, ainsi que Anna Szabó T. et Dániel Varró. Les poèmes de Dániel sont traduits par Juliette Camps.

« A temps pressés, conte pressé,

Chasse aux succès, aux grands effets.

Attendons la suite des faits... »

Extrait de De l’autre côté du mont barbouillé  par Dániel Varró

 Evidemment, impossible d’évoquer tous les auteurs. La liste est longue. Retenons toutefois la diversité et la richesse des productions littéraires hongroises contemporaines qui trouvent un écho en France grâce au travail des traducteurs. Alors, bonnes lectures!

 Éva Vámos et Milena Le Comte Popovic

 

Millenaris Park,

1024 Budapest,

Kis Rókus u 16-20

www.bookfestival.hu

 

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