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Movida franco-hongroise


By JFB - Posted on 08 février 2008

Rencontre avec Jérôme Bloch

Attaché culturel et directeur adjoint de l’Institut français depuis septembre dernier, Jérôme Bloch n’est pas étranger au monde de la culture et de ses institutions. Tour à tour pianiste, professeur agrégé d’Histoire, mais aussi directeur des instituts français de Heidelberg (où il a enseigné l’Histoire à l’université) puis de Florence – où il a été parallèlement consul honoraire de France pour la Toscane –, il est aussi inspecteur et conseiller pour la musique et la danse au ministère de la culture et de la communication. Il vient de passer quelques années à la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) Ile-de-France comme responsable de ces secteurs. Ces multiples casquettes sont un atout non négligeable pour remplir pleinement la tâche qui est désormais la sienne. Ses bonnes résolutions pour 2008 ? Elles sont nombreuses et se déclinent en une programmation culturelle riche sur laquelle il souhaite insuffler un brin de nouveauté et de modernité. On lui souhaite bon vent !

JFB : Pourquoi Budapest ? Ce poste est-il un choix de votre part ?

Jérôme Bloch : Tout à fait, c’est un choix qui remonte à plus de 20 ans. J’étais venu en voyage d’étude en 1987, alors que j’étais étudiant en histoire et géographie, et j’ai toujours voulu revenir à Budapest. C’était donc mon premier vœu et je suis très heureux d’être ici, au cœur de l’Europe, avec une équipe très professionnelle, au sein du Service culturel et de coopération que dirige Jean-Pierre Debaere, l'Institut Français étant l'opérateur naturel de la programmation culturelle et artistique, et par délégation, de certaines actions de coopération. Par exemple pour l'organisation de séminaires, de conférences, d'expositions dans tous les domaines de la coopération franco-hongroise et de notre action européenne.

JFB : Que représente ce poste dans votre parcours professionnel, alors que vous avez déjà été directeur d’instituts français à Heidelberg puis à Florence ?

J.B. : Mon parcours entre l’Allemagne, l’Italie et maintenant Budapest représente un choix fait très tôt avec la volonté d’apprendre plusieurs langues et de multiplier les voyages, notamment en Europe. Il y a une cohérence à demander à se rendre à Budapest, dans une ville où tous les artistes veulent venir. Vous savez, c’est un passage obligé pour les créateurs. C’est très visible lorsqu’on travaille avec des partenaires français, qu’il s’agisse d’agences, de festivals, de galeries, de maisons d’opéra, de salles, de scènes nationales… Budapest fait partie, comme Vienne, Londres, Berlin ou Paris, des villes internationales «incontournables». Je pense en particulier à la musique, puisque c’est la dominante de l’Institut, mais pas uniquement. Nous voulons montrer l’importance de cette Movida budapestoise et hongroise, tout en proposant de notre côté de jeunes artistes émergents. Nos « mardis du cinéma » proposent des films qui sont le reflet de la société de 2008. De même, au niveau des arts plastiques, nous assurons la promotion de la création la plus contemporaine, en lien avec les équipements exceptionnels de Hongrie. C’est également le cas avec la culture scientifique, technique, éducative, linguistique, littéraire ou universitaire, la coopération décentralisée, suivies par le service de coopération, et dont les actions sont intégrées au programme de l’Institut français.

JFB : Avant d’être nommé à Budapest, vous avez travaillé au ministère de la culture. Vous avez notamment été l’auteur d’un rapport sur les cultures urbaines. Cela fait désormais quatre mois que vous êtes en poste à Budapest, comment percevez-vous les cultures urbaines dans cet autre environnement ? Et en somme, dans quel cadre l’offre de l’Institut s’inscrit-elle ?

J.B. : Je suis effectivement très attentif à ce qui se passe dans des lieux de culture actuelle, mais aussi les autres lieux nocturnes à Budapest. Cela m’intéresse en retour de montrer ce qui se passe de plus récent en France. La création, c’est aussi la façon d’interpréter le jazz aujourd’hui (nos « vendredis du jazz » sont une occasion de le démontrer), mais aussi la musique baroque, classique ou contemporaine. Le Festival de printemps sera une occasion d’en faire la preuve. Nous avons prévu une programmation pour faire découvrir les artistes reconnus et prometteurs dans ce domaine en 2008 et pour les années à venir. En ce qui concerne les musiques actuelles, le grand bal de rue du 12 juillet, qui sera cette année européen, réunira des artistes représentant les dernières tendances.

JFB : … européen ?

J.B. : L’institut français vient d’intégrer en décembre le club « EUNIC » des instituts culturels européens à l’étranger. Cela nous ouvre des perspectives de travail en commun très enrichissantes. Nous avons ainsi invité nos homologues européens à participer à cette grande manifestation du bal de rue qui a rassemblé l’an dernier plus de 50.000 personnes. Ce sera le 12 juillet 2008 une vraie surprise. Je ne vais pas tout vous révéler, mais les expressions les plus contemporaines seront représentées, que ce soit dans le domaine de la musique, de la danse, ou des arts numériques. C’est d’ailleurs la leçon que je tire de ma récente mission auprès du ministère de la culture à Paris : être au plus près de l’expérimentation, de l’émergence, de la création en somme. En outre, nous travaillons étroitement avec l’opérateur du ministère des affaires étrangères, CulturesFrance (ex AFAA), qui veille lui aussi en permanence à repérer ces nouveaux champs d’expérimentation.

JFB : Votre emploi du temps semble particulièrement chargé, cela vous laisse-t-il le loisir de pratiquer votre art puisque vous êtes également pianiste ?

J.B. : Cet acquis demeure de l’ordre du privé désormais. Je me consacre depuis une dizaine d’années pleinement à ma tâche de médiateur, d’organisateur et de programmateur culturel, même si je considère que la musique participe d’un certain discours et d’une pratique de l’écoute et du dialogue. Dans la musique, vous écoutez en même temps que vous communiquez et je ne manque pas de m’inspirer de cet apprentissage. Je suis toujours très heureux de découvrir de nouvelles œuvres et d’autres approches de la musique, en particulier l’extraordinaire méthode Kodály. A ce propos, je suis passionné par la façon dont la musique est enseignée en Hongrie, comment elle est vécue, en lien avec la danse, et par la précocité de la formation. On le voit dans les salles de concerts à Budapest et partout ailleurs en Hongrie : la qualité musicale comme l’écoute sont fantastiques. Le terme de transmission n’est pas ici un vain mot.

JFB : L’avenir des instituts français dans le monde est une question qui revient régulièrement dans les débats, certains prévoyant la disparition des instituts culturels nationaux au profit d’instituts européens. Qu’en pensez-vous ?

J.B. : L’activité même de l’Institut, sa programmation, son histoire, son équipe très engagée et de haut niveau, démontrent de fait la raison d’être de cette maison et sa pérennité. Je n’ai pas de message particulier sur la politique culturelle à délivrer. Je contribue à appliquer, avec le conseiller culturel, celle du ministère des affaires étrangères. Je suis convaincu que les instituts nationaux ont un bel avenir et resteront, pour longtemps, la fenêtre indispensable d’un pays à l’étranger. Nous avons aussi le devoir de faire vivre une langue. L’Institut est une école de langue. La francophonie sera d’ailleurs l’un des grands thèmes de la programmation en mars. Toute une série d’événements sont prévus avec une fête de la francophonie dans toutes les villes de Hongrie où nous avons des alliances françaises. Ce sera également un véritable festival avec le traditionnel concours de la chanson et de nombreux concerts, mais aussi la nuit du cinéma francophone.

JFB : Par ailleurs, vous ne manquez pas de vous associer avec des partenaires locaux qui ont, sans doute, une plus grande visibilité auprès du public hongrois. A qui finalement l’Institut français s’adresse-t-il ?

J.B. : A tous. Le partenariat hor les murs représente plus de la moitié de la programmation, l’essentiel de notre coopération. Nous renforçons notre partenariat avec les institutions de Budapest et de Hongrie, les festivals et les salles, les galeries et les musées, les associations, les universités… Il est important d’organiser également des événements au sein même de l’Institut, d’autant qu’il est doté de tous les moyens techniques d’aujourd’hui : l’auditorium par exemple est d’une qualité acoustique exceptionnelle. Il dispose de tous les outils nécessaires à des enregistrements, à des traductions simultanées, à la projection de films en plusieurs formats, à l’organisation de colloques et séminaires de haut niveau. La galerie d’exposition est un lieu qui vit pleinement au sein de la maison, grâce à des rendez-vous réguliers avec la création. La politique des résidences fait aussi partie des priorités pour le futur. La médiathèque, sur trois niveaux, avec un panorama extraordinaire sur le Danube, est probablement l’une des mieux dotées du réseau. Ce département du livre et de l’écrit a aussi pour mission d’aider à traduire en hongrois les livres français récents qui comptent et d’inviter des auteurs liés à une actualité en France ou en Hongrie. Plus globalement, nous avons une obligation de qualité pour fidéliser le public. Cela passe par une amélioration de l’accueil, la rénovation de l’Institut ou encore la modernisation de l’école de langue. L’anniversaire de l’Institut a été l’occasion d’un tel rajeunissement. Nous faisons en sorte chaque jour que ce lieu soit un espace de convivialité, d’évasion ou de travail dans les meilleures conditions. Nous sommes en charge d’une mission de service public et il ne faut pas la perdre de vue.

Propos recueillis par

Judit Zeisler et Frédérique Lemerre.

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