Cette Europe qu’on dit centrale

Rencontre avec l’historienne Catherine Horel

« Le monde d’hier », avec la stabilité d’antan de la monarchie des Habsbourg, a encore une véritable présence régionale de nos jours. Catherine Horel, directrice de recherche au CNRS, nous parle de l’Europe centrale, région fascinante, multiculturelle, revisitée dans son dernier ouvrage «des Habsbourg à l’intégration européenne (1815-2004)». Ce livre est l’aboutissement de 20 ans de réflexion d’une jeune universitaire revenue sur le sol de ses ancêtres.

Son Histoire de Budapest, ville-passerelle entre l’Orient et l’Occident, a été présentée à l’Institut Français de Budapest.

 


 

Son livre a été présenté à Budapest, puis à Vienne, et bientôt à Belgrade. Il séduit davantage les lecteurs en Europe centrale qu’en France – pense Catherine Horel qui nous rappelle qu’elle a repris la pensée de Milan Kundera dans le titre de son livre. De l’utopisme au fédéralisme, les approches varient que l’on parle de Mittel-Europa ou de l’Europe du Milieu – évoquée par les meilleurs historiens et écrivains de la région. Mais cette Europe n’existe que dans la tête des intellectuels et des gens qui l’habitent. Catherine Horel parcourt toute l’évolution du concept depuis la fin du 18ème siècle – défini essentiellement par rapport à la France des Lumières. C’est formidable de constater à quel point cette Europe centrale qui, sans bouger géographiquement, a réussi à faire bouger les idées en terme de géopolitique, sur la construction historique.

A l’époque de la monarchie des Habsbourg, la circulation des personnes était intense, avec une langue commune, l’allemand . Les citoyens de l’Empire étaient en effet beaucoup plus mobiles que l’on peut se l’imaginer. Ils avaient étudié, faisaient carrière, avaient des postes dans les différents pays de l’Empire. Cette période - où la conception régionale a été la plus marquée - se caractérise par un territoire uni, fédéré, avec une armée et une monnaie uniques.

La situation de l’entre-deux guerres a été plus difficile. Deux camps se sont alors formés. La petite Entente fut une alliance de revers qui arrangea la France, contre l’Allemagne mais aussi contre l’Autriche et la Hongrie, pays vaincus de la Première guerre mondiale. Les intellectuels pourtant ont continué de se parler, de se rencontrer, mais pas les Etats. Ce fut vraiment un moment tragique, il ne faut pas possible de revenir sur le programme de la petite Entente, malgré les tentatives politiques de certains, afin d’y faire entrer toute l’Europe centrale. Du côté des Occidentaux, il y a eu aussi une volonté de ne pas reconstruire l’Union européenne comme ce fut le cas après la deuxième guerre mondiale.

A présent, l’objectif majeur de la transition, qui vise à intégrer l’Union Européenne, s’est réalisé. Mais l’Europe centrale, autour du Danube, survivra par sa communauté d’idées et ses comportements particuliers.

«Cette Europe qu’on dit centrale. Des Hasbourg à l’intégration européenne 1815-2004», Catherine Horel, Paris, Beauchesne, 2009. Prix Guizot (médaille de bronze) de l’Académie française 2010.

Éva Vámos

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