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Rencontre avec Ibolya Virág, éditrice à Paris


By JFB - Posted on 13 juillet 2012

Si vous connaissez Sándor Márai, sachez que vous le devez en réalité en grande partie à Ibolya Virág qui œuvre depuis les années 80, contre vents et marées, pour faire connaître les auteurs hongrois en France. Ibolya Virág, native de Eger, romaniste et germaniste de formation au Collège Eötvös de Budapest, ne manque pas d’idées et de courage.

 


 

Celle qu’on surnomme parfois Madame Hongrie, a très vite mis sur pied un plan de travail qu’elle va mener à bien dans un premier temps aux éditions l’Harmattan, puis à Souffles et enfin chez Albin Michel entre 1989 et 1995 avec sa Collection Europe centrale. « Je voulais commencer avec des auteurs classiques comme Gyula Krúdy, Dezső Kosztolányi et Sándor Márai, en guise d’introduction. Pour les contemporains, je me suis intéressée à Péter Esterházy et à Lajos Grendel, qui est slovaque mais d’expression hongroise. J’avais aussi pensé à des livres d’histoire comme Les trois europes de Jenő Szűcs (préfacé par Fernand Braudel) et Misères des petits Etats d’Europe de l’Est d’István Bibó, recueil d’essais que j’ai composé moi-même. Le bouche à oreille, les critiques et les succès de librairies ont très vite attiré l’attention des éditeurs. A ce jour, Gallimard édite beaucoup plus de hongrois qu’il y a 25 ans. En particulier Esterházy. Chacun a donc apporté sa pierre. » Son travail a d'ailleurs été couronné par le titre d'Officier des Arts et des Lettres en 2003! Il y a trente ans, la France n’avait d’yeux que pour la Vienne du début du siècle, et ignorait ou méconnaissait l’histoire de l’Europe centrale. Son image était assombrie par la politique qui y régnait. « Ma collection mettait l’accent non pas sur le cadre politique - qui était réel - mais sur l’histoire et les traditions culturelles. Les écrivains, les journalistes, les critiques m’ont vraiment comprise quand le mur de Berlin est tombé et qu’ils ont rencontré des intellectuels de ces pays. » Le prix Nobel décerné en 2002 à Imre Kertész ne fera que renforcer l’intérêt pour la littérature hongroise. L'attachement de cette femme de caractère à l’Europe centrale s’exprime également à travers l’association Dialogue France-Europe centrale dont elle a créé le site en 2008. « Lorsque j’étais étudiante, je faisais partie d’un groupe de gens qui s’intéressaient aux pays voisins. J’avais des amis tchèques, croates, bulgares… Je parlais couramment le polonais. C’était, entre guillemets, notre militantisme politique pour résister au régime. Ce site est une sorte de pariscope virtuel sur la littérature et les événements concernant cette partie de l'Europe. Il y a une librairie consultable ainsi que les critiques portant sur les livres. »

Après Albin Michel, Ibolya Virág lance son propre label. Elle crée sa petite maison d’édition qui a publié une quinzaine de titres d’auteurs hongrois et tchèques dont elle réédite certains régulièrement. Le dernier en date est La guerre des salamandres, chef-d’œuvre du tchèque Karel Capek, une réédition exceptionnelle élaborée en collaboration avec la maison suisse La Baconnière. « Capek était un grand homme et un grand écrivain. Il était démocrate et se méfiait des dictatures. Dans ce roman, qu’il écrit dans les années 34-35, il exprime son sentiment sur les dangers à venir du social-nationalisme. L’écriture est précise et en même temps très drôle. Il montre combien l’humanité ne voit pas plus loin que le bout de son nez et ne sait pas réagir face aux dangers. Le livre est très actuel. » Mais comment un éditeur choisit-il ses auteurs ? « Les éditeurs doivent savoir lire, sentir l’air du temps et bien connaître le public auquel ils s'adressent. Dans l'œuvre d'un écrivain je recherche les livres qui seront les mieux compris ici. Je vise un public large. Je suis, par exemple, en train de traduire Les étoiles d’Eger de Géza Gárdonyi (1863-1922), le roman sans doute le plus lu de tous les temps en Hongrie. Il raconte l’histoire de deux enfants qui grandissent dans un village à l’époque de l’occupation ottomane, et entre autre une victoire historique des Hongrois sur les ennemis en 1552. » A découvrir donc très prochainement !

Sites : http://europecentrale.assoweb.com/

La page facebook : littérature hongroise 

Milena Le Comte Popovic

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