Vers un patriotisme culturel ?

Changements dans le milieu culturel

 

Des institutions emblématiques vont disparaître du paysage culturel alternatif de Budapest. Ces disparitions marquent la fin d’une décennie prospère alors qu’une nouvelle étape débute avec la reprise en main du Trafó, du Gödör et du Nouveau Théâtre, institutions culturelles symboliques.

 


 

Le changement de direction inattendu du Trafó, théâtre et centre d’art contemporain, et du Gödör, centre musical et artistique, a surpris les artistes et aussi le public, qui, subitement, se voient privés de leur lieu de travail et de représentation ou de leur centre culturel préféré. Quant au Nouveau Théâtre (cf article JFB n°353), c’est un tandem de choc, proche de l’extrême droite, György Dörner et István Csurka (décédé en début de mois) qui a été nommé pour le diriger.

Ces changements sont contestés par les intellectuels budapestois. Néanmoins la situation reste très préoccupante selon le quotidien français, Le Monde, qui a consacré une double page au mouvement populiste de la culture hongroise. « En Hongrie, la politique et la culture se mêlent, et les coupes de vents nationalistes pèsent tant sur la vie culturelle de la capitale, que sur les artistes, qui veulent survivre et par peur s’adaptent à ce nouveau mouvement, pour ne pas perdre leur travail. », affirme le quotidien français. Quatre-vingt-seize personnes travaillent au Nouveau Théâtre, dont vingt acteurs. Deux ont déjà signalé qu'ils partaient, ainsi que la plus grande partie de la direction technique et artistique.

 

Outre l’affaire du Nouveau Théâtre, d’autres institutions culturelles symboliques ont dû faire face à des changements drastiques. Ainsi des reprises en main contestées ont eu lieu en début d’année, de manière extrêmement rapide. Dans un premier temps, le Ministère de la Culture a commencé à communiquer sur ses perspectives pour le Trafó, sensiblement différentes de celles suivies jusqu’alors. Qui dit changement d’objectifs, dit également changement de direction. C’est un appel à candidatures « quasi – ouvert » qui a donc placé Yvette Bozsik, danseuse et chorégraphe, à la tête de Trafó. Il faut noter qu’uniquement deux candidatures ont été présentées : celle d’Yvette Bozsik et celle de l’ancien directeur, György Szabó, dont tout le monde s’accorde à dire qu’il a géré le Trafó avec succès depuis 13 ans. Mais ce dernier s’est finalement fait doubler par Yvette Bozsik selon des procédures pas forcément limpides.

Pendant toute une décennie, le Trafó a été une sorte de « melting-pot » de productions internationales d’excellente qualité. Des troupes, reconnues sur les plus grandes scènes de New York, de Londres ou d’Amsterdam, se sont produites également à Budapest. Cette tendance à s’ouvrir vers l’art contemporain, se voit ainsi mise au rancart car la nouvelle directrice du Trafó a pour objectif de favoriser les troupes hongroises en premier lieu, plutôt que d’ouvrir son théâtre aux troupes internationales, un choix, qui peut aller au détriment de la qualité et de la variété de l'offre culturelle. De ce fait, nombreux ont tendance à penser ces derniers temps que le vent du nationalisme culturel aurait infiltré la vie artistique de Budapest. Il s’agirait là d’une nouvelle forme de patriotisme. « Aujourd’hui il suffit de prévoir un répertoire purement hongrois dans son dossier de candidature, pour se mettre au volant des institutions culturelles. Car c’est ça, qui rime avec la rhétorique patriotique de Viktor Orbán. », affirme Péter Kárpáti , acteur et metteur en scène hongrois, pour illustrer la dégradation de la vie culturelle de Budapest, touchée par des changements de directions d’importants centres culturels, de nature nationaliste.

D’autre part de sérieux changements sont survenus au Gödör, cette fois-ci sans appel d’offre. Ce sont des personnalités appartenant à l’entreprise organisatrice du Sziget Fesztivál qui ont relayé la direction en cours. Mais là encore la traçabilité des procédures n’est pas au rendez-vous : le contrat des anciens gérants n’a pas été renouvelé par le Ministère de l’Administration Publique, qui a désigné sans procédure d’appel à candidatures les nouveaux directeurs du centre musical et culturel situé au cœur de Budapest. De ce fait une pétition a été lancée pour revendiquer que la procédure de recrutement se fasse avec de vrais candidats, capables de présentés des programmations détaillées.

Le changement de direction des centres culturels de Budapest constitue tout un symbole et le signe que les temps changent. Mais ces changements sont-ils une «avant première» du nationalisme culturel ou uniquement un renouveau de la vie artistique et culturelle hongroise ? L’avenir nous le dira...

Kata Bors

 

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