Coup de force de la droite

Changement à la tête du Nouveau Théâtre

 

6 voix contre 2, c’est le résultat final du vote du comité de pilotage du Nouveau Théâtre (Új Szinház) de Budapest en faveur du renouvellement du mandat du directeur sortant, István Márta, à la tête de l’établissement depuis 13 ans.

 


 

Néanmoins, ce n’est pas son nom qui figurera à la tête de la direction à partir du mois de février 2012. Car István Tarlós, maire de la ville de Budapest, proche du premier ministre Viktor Orbán, et membre du Fidesz, s’est servi de son droit de veto pour imposer, le jeudi 6 octobre, le tandem composé de l'acteur György Dörner et de l'écrivain István Csurka, personnalités proches de l’extrême droite, et ce contre l'avis de la commission compétente. Un coup de force de la droite, qui laisse incrédules tant les milieux nationaux qu’internationaux.

Deux candidats se sont présentés pour reprendre la direction du Nouveau Théâtre. Le premier, le directeur actuel, a remporté la majorité des voix du comité de pilotage chargée de la sélection. C’est finalement la candidature du second qui a été retenue, imposée par une autorité supérieure. « Cela m’a complètement choqué. D’autant plus qu’on ne m’a toujours pas expliqué les motifs de cette décision.» a affirmé le directeur sortant, qui a été informé par un de ses collègues en revenant de l’étranger. A la mairie de Budapest, c’est le silence. M. Márta a affirmé qu’il respecterait la décision du maire, mais il a affiché sa déception, déplorant la négligence portée sur l’avis du comité de pilotage. "Le Nouveau Théâtre de Budapest est l’un des théâtres bénéficiaires, disposant d’une équipe formidable et dont le répertoire, combinant auteurs nationaux et étrangers, attire un large public. Je ne prévoyais pas une telle décision", a-t-il souligné. La Société du théâtre hongrois a aussitôt critiqué le choix de M. Tarlós, qui n’a pas souhaité donner d’explications. Ce silence est interprété par l'opposition de gauche comme un gage donné à l'extrême droite. Des citoyens d’honneur ainsi que des personnalités populaires ont affiché leur désaccord et organisent une manifestation de solidarité pour soutenir le directeur sortant. « On ne peut tolérer l'existence d'un théâtre antisémite en plein coeur de Budapest, à deux pas de l'Opéra » a déclaré au Monde le chef d’orchestre, Ádám Fischer.

A 77 ans, l'écrivain et dramaturge István Csurka, promu administrateur du Nouveau Théâtre (portrait ci-joint) est en effet la figure historique de la droite ultranationaliste hongroise. Son partenaire, futur directeur du théâtre, l’acteur György Dörner, veut "reconquérir" le terrain théâtral en faveur des "Hongrois qui souffrent sous le joug social-libéral" et "déclarer la guerre au commerce libéral du divertissement". Il a milité au Jobbik, la force montante de l'extrême droite (entrée au Parlement avec 17 % des voix en avril 2010, et en nette progression dans les sondages), avant de se rapprocher de M. Orbán.

Jusqu’en février le travail ambitieux, entamé par István Márta, sera poursuivi comme prévu. Faute d’informations sur le programme du duo Dörner-Csurka, il reste à savoir ensuite ce qu’il adviendra du calendrier prévu pour la saison 2011-2012. L’atelier artistique, la galerie, les relations avec des partenariats internationaux et les projets de développement entamés au Nouveau Théâtre sont tout de même remis en question. " Il est important que le public ne ressente pas les changements. La troupe doit continuer à jouer, sans manifester sa préférence en ma faveur, car cela serait un grand risque pour leur carrière " , a déclaré le directeur sortant en soulignant que malgré tout, « the show must go on ».

Kata Bors

 

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