Approche contextuelle de l’architecture

Rencontre avec Melinda Benkő

 

Architecte et Directrice adjointe du Département d’urbanisme à la Faculté d’Architecture de Budapest, Melinda Benkő nous fait partager sa vision de l’architecture et de l’urbanisme, à travers notamment l’exemple de Budapest.

 


 

C’est dans ce splendide bâtiment situé près des bains Gellért et qui abrite l’Université des sciences techniques et économiques (BME) que Melinda Benkő me reçoit, un lieu propice pour la réflexion sur l’architecture et l’aménagement urbain car situé sur les bords du Danube, au coeur de Budapest.

JFB : Pouvez-vous nous parler de votre parcours, qui explique certainement votre approche de l’architecture ?

Melinda Benkő: Je suis diplômée de l’Université où j’enseigne. J’ai passé toutefois ma 4ème année d’étude à l’Ecole d’Architecture de Marseille-Luminy grâce à une bourse octroyée par l’Etat francais, puis plusieurs mois à l’école Polytechnique de Milan. J’enseigne à la Faculté d’architecture depuis l’obtention de mon diplôme, et je suis actuellement professeur associé au Département d’urbanisme. En paralèlle je travaille avec mon mari pour notre atelier Archimago (www.archimago.hu).

JFB : Pouvez-vous nous expliquer le fonctionnement de la Faculté d’Architecture en Hongrie et le cursus requis pour devenir architecte ?

M.B. : La Faculté d’architecture de Budapest existe depuis 1871 et elle a été transférée dans ce bâtiment en 1909. Elle fait partie des 8 facultés de la BME. Elle regroupe aujourd’hui environ 150 enseignants et 1600 étudiants. La formation des élèves en architecture est double, selon une tradition prussienne : la moitié des enseignements est orientée vers la partie artistique, l’autre vers la partie technique de l’architecture. Le contenu des enseignements est donc très complets mais représente un travail lourd pour les étudiants pour qu’ils puissent devenir architecte-ingénieur. En ce moment la majorité des étudiants sont sur une formation continue de 5 ans et seulement un tiers suit les cycles de Bologna (système 4+1,5) mais à partir de la rentrée 2012, les 5 ans continus seront notre seule modèle éducatif. Après les premières années d’enseignement introductif, les étudiants de 4ème année doivent réaliser un projet complexe, abordé dans ses dimensions architecturales et techniques et ils finissent leurs études avec un projet de diplôme également complexe. Certains étudiants et professseurs de notre Faculté sont recompensés au niveau international pour leurs projets et recherches. Un des objets de recherche les plus connus est le Gömböc, une invention géometrique, avec un seul point stable et un seul point instable.

JFB : Comment définiriez-vous votre approche de l’architecture ?

M.B. : Comme je suis au Département d’urbanisme, j’essaie de mettre l’accent sur le rôle du renouvellement urbain dans l’enseignement que je dispense aux étudiants en architecture, mais aussi beaucoup sur l’ouverture d’esprit. L’enseignement hongrois en matière d’architecture est plus technique et moins artistique que d’autres pays, tels que la France où l’école d’Architecture dépend des Beaux-Arts. Pour moi, la réflexion sur le projet doit découler d’un processus global, transversal, contextuel et ne doit pas se focaliser uniquement sur l’objet, c’est-à-dire le bâtiment lui-même.

C’est dans cette perspective que j’ai participé cette année au concours organisé par l’Union Internationale des Architectes (www.uia-researchcompetition1.org), afin d’afficher cette volonté de renouveler l’enseignement en architecture. J’ai obtenu grâce à ma présentation le 3ème prix de ce concours qui sera remis à Tokyo à la fin septembre. J’ai présenté dans cet ouvrage mon approche de l’enseignement en première année d’architecture, qui doit passer par une introduction globale de la matière. L’architecture doit en effet être abordée à travers toutes ses composantes: ville, nature, contexte sociologique, espace, temps, art, construction, structure, matériaux, etc... Les analyses comparatives (en Hongrie et en Europe) sont là pour aider les étudiants à comprendre que les solutions architecturales adoptées à une même époque peuvent diverger en fonction des critères culturels, sociaux, économiques, ... Repenser l’enseignement de première année devient fondamental à la lumière des changements intervenus dans la profession d’architecte, dans un contexte de globalisation dans les échanges culturels et socio-économiques. J’ai la chance de pouvoir réaliser mes idées à travers mes cours introductifs à la faculté et les ateliers de première année que je dirige depuis 2006.

JFB : Comment imaginez-vous le renouvellement de la métropole budapestoise ?

M.B. : Tout d’abord, j’aime Budapest, y déambuler librement. C’est une ville avec un tissu historique homogène au centre, mais aussi tres hétérogène, pleine de secret. Nous enseignons le projet urbain aux étudiants de 3ème année. La ville de Budapest est toujours un sujet d’étude approprié. Nous changeons tous les ans la thématique et le site du projet, mais la question du renouvellement urbain et aussi durable reste un éléments constant et important dans ce travail. Ainsi nous travaillons avec les étudiants sur les sujets très variés, par exemple: le renouvellement des grands ensembles ou le tiers des budapestois habite, le renouvellement du centre historique, la question problématique de l’habitat et des logements insalubres, les friches industrielles dans la zone de transition de la ville ou au bord du Danube, (www.urb.bme.hu : cf les projets d’étudiants en format pdf), le reaménagement des espaces publics, etc...

Le Danube donne une identité unique à la ville de Budapest, aussi les bords du Danube méritent de retrouver une autre vie et d’être valorisés. Les ponts manquent également. Les liaisons doivent se multiplier entre les deux rives du Danube mais aussi entre la ville et le Danube. Budapest a besoin de développer ses infrastructures (voiries, ponts, quais, transports en commun, gares, etc.). Peut être pourrions-nous commencer par de petits pas : fermer les quais le week-end comme à Paris pour que les citadins et touristes se réapproprient ces lieux de qualité, d’une beauté exceptionnelle, ou en développant les pistes cyclables. Depuis quelques années, je vois le nombre de cycliste augmenter régulièrement. Investir dans les infrastructures est une priorité pour que les Budapestois puissent circuler plus librement dans la ville.

JFB : Comment peut-on faire pour que les budapestois se réapproprient justement leur ville?

M.B. : Pour moi, la réappropriation d’une ville doit passer aussi par l’éducation car la plupart des jeunes budapestois ne connaissent pas leur ville. L’école est un lieu idéal de découverte et de sensibilisation au milieu urbain dans toutes ses composantes. On pourrait envisager un programme d’éducation national qui s’adresserait aux petits comme aux grands, et qui serait diffusé à travers les différents médias. Ce programme donnerait une nouvelle approche de la ville et serait porteur d’une nouvelle urbanité. Il faut que les Budapestois réapprennent à flâner dans leur ville, avec un regard neuf et fier.

 

Gwenaëlle Thomas

 

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