Mes flâneries hongroises

La nostalgie des roses

 

Régulièrement, je vous emmènerai découvrir mes impressions itinérantes de la Hongrie. Chaussez vos baskets et suivez mon parti pris nomade.

 

C'est un Budapest entre Orient et Occident que je vais entrevoir aujourd'hui, dans un quartier souvent méconnu mais que j'aime beaucoup. Ma visite commence au croisement d'Apostol utca et Vérhalom utca avec un point de vue magnifique et inhabituel sur la ville, notamment sur les quartiers populaires d'Óbuda.

Je descends un peu Apostol utca et je tourne à gauche dans Turbán utca. J'ai l'impression de ne plus être sur les collines dorées de Rózsadomb, dans ce qui est encore le cœur de Budapest, mais plutôt dans une petite bourgade de province à l'allure tranquille. Au bout de cette rue se trouve le mausolée de Gül Baba, derviche poète du XVIème siècle qui fut respecté et aimé des hongrois. L'une des dernières traces tangibles de l'occupation turque se dessine en céramiques orientalistes et croissant de lune surplombant le Parlement. Comme l'endroit est très peu visité, le calme m'envahit et me rendrait presqu'indolente. Le gardien m'ouvre les portes du tombeau mais je ne m'appesantis pas tant ma présence me paraît incongrue dans ce lieu. En sortant du mausolée, j'emprunte Gül Baba utca et décidément je ne suis plus vraiment à Budapest, ni même en 2011, dans cette petite rue aux pavés irréguliers. Je traîne les pieds pour prolonger cet instant avant de replonger dans la rumeur de la ville.

Je débouche sur Frankel Leo utca et devant moi se dressent les bains Lukács. L'instant oriental semble s'éterniser puisque les bains Lukács étaient des bains turcs à l'origine et ils ont subi une rénovation au cours du XIXème siècle. Même si vous n'allez pas aux bains, il faut entrer dans la cour intérieure. Certes, les bâtiments sont abîmés et l'endroit paraît suranné mais pour moi, c'est tout ce qui fait le charme de Budapest. L'effritement de la pierre jaune me murmure chaque évènement heureux ou douloureux qui a pu se dérouler ici. Un peu comme chaque ride sur un visage dévoile le passé ...

Sans même avoir pris de bain, je ressors sereine et apaisée. C'est à gauche que je décide de suivre Frankel Leó utca. Le passé y a semé quelques cailloux et je passe devant une patika (pharmacie) à l'ancienne avec son joli comptoir de bois et ses carreaux de ciment.

Je traverse Margit körút et reste sur Frankel Leó qui me réserve quelques jolies surprises. Le monde enfantin d'un petit magasin au numéro 13 me permet de découvrir les idoles des petits hongrois, Bogyo es Baboca, déclinés en DVD, livres, coloriages, vêtements, de quoi ravir mes enfants.

Je fais une pause au numéro 11, dans un café charmant (et non fumeur), le Szendzso. Des fauteuils vintage me tendent les bras et les accents jazzy en provenance d'une magnifique radio des années 50 achèvent de me relaxer. L'accueil est adorable, il y a même un coin pour les petits.

Et pour ceux qui rêvent d'authenticité, ils peuvent se poser chez Bambi, au bout de la rue, troquet de 1965 complètement laissé dans son jus. Les habitués y feuillettent leur quotidien en terrasse en sirotant leur petit noir.

Me voilà à la fin de mon parcours que je finis presqu'à regret, à l'idée de retrouver la modernité de mon quotidien.

Juliette Monroche

 

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