« L’aventure cosmique »

L’exposition de trois parisiens hongrois à la Galerie Budapest

 

Le sculpteur Istvan Kilár parle de ce monde extraordinaire au-dessus de nos têtes et du jour où le jeune peintre, György Csató, rencontra Albert Einstein. Les oeuvres du dessinateur Ervin Neuhaus font également partie de l’exposition réalisée par les commissaires Júlia Cserba et Tamás Török à la Budapest Galéria Kiállitóháza. Trois artistes bien différents – unis par les liens de l’amitié - se sont retrouvés dans un atelier à la célèbre Villa des Arts à Montmartre, où travailla Cézanne, mais aussi un autre parisien d’origine hongroise, Nicolas Schöffer, qui y créa sa toute première sculpture cybernétique.

Júlia Cserba a trouvé les oeuvres de ces trois artistes dans des collections privées et des galeries connues. Elle a rassemblé leurs toiles et dessins chez Abigél et Makláry de même qu’à la Galerie Nationale. Les sculptures de Kilar arrivent d’une grande exposition de la ville de Szeged, du beau Palais Reöck. La commissaire nous a parlé de l’étonnant parcours des artistes :

le doyen, György Csató, a étudié aux Beaux-arts de Berlin chez Kaethe Kollwitz et Carl Hofer. Il a suivi les cours de Paul Klee et d’Archipenko – cela remonte aux débuts des années 30. Ce bouillonnement culturel a disparu – mais ses gravures témoignent de l’ambiance artistique berlinoise d’antan. Csató a fuit la terreur nazie en direction de Prague où il a continué ses études avec Kokoschka. Après la libération, il a réalisé deux expositions à Budapest, mais en 1948 il s’installe à Paris où Cocteau lui organise sa première exposition en France. Il exposera à la galerie Fürstemberg – lieu de prédilection des surréalistes. Ses portraits de Stravinsky, Picasso et Giacometti sont devenus célèbres. C’est un autre volet de l’oeuvre de l’artiste, connu comme non figuratif, qui vous est ici présenté.

Ervin Neuhaus a commencé des études en géodésie à Beograd en Serbie en 1947, puis a continué son parcours universitaire à l’Académie des beaux-arts de Tel Aviv, sous l’influence de Marcel Janco (proche de Tristan Tzara avec qui il a participé à la naissance du mouvement Dada). Son aventure s’est poursuivie jusqu’à Paris où son maître fut Collamarini. Diplômé en sculpture, il se consacrera pourtant à la peinture . Nous lui devons « carréismes », une série de toiles composées de carrés. Il est connu pour ses dessins, ses litographies et ses penchants pour la philosophie, la cosmologie et ses composition musicales. Les visiteurs de la Budapest Galéria peuvent d’alleurs écouter des extraits de sa musique : bande sonore de sa vidéo présentée à son exposition au Centre Pompidou.

István Kilár s’est déplacé pour le vernissage. C’est en échangeant avec lui que j’ai pu découvrir son art et le regard qu’il porte sur ses amis artistes.

Ses années d’apprentissage ont commencé à Budapest, au lycée des Beaux-Arts et se sont poursuivies à l’Académie des Beaux-Arts. Fort d’une solide formation artistique, il émigra à Paris où il retrouva au bout de quelques mois son maître hongrois, le sculpteur András Beck qui avait également fui son pays. Le maître et l’élève exposèrent plusieurs fois ensemble. István Kilár a pu ainsi exposer quelques une de ses sculptures monumentales dans des espaces publics, dont une de 3 mètres de haut, en acier : « l’aventure cosmique ». Mais la plupart de ses oeuvres sont en bois – il aime le bois, cette matière vivante, facile à scuplter. Il s’agit souvent du chêne – parfois d’arbres exotiques. Il choisit quelque fois de vieilles poutres qu’il sculpta lors de ses vacances en Espagne, le pays natal de sa femme. Sa technique en sculpture débute par le dessin - il fait beaucoup de dessins avant de sculpter. Il veut aller au-delà du figuratif, de la présentation du corps humain vers ce monde extraodinaire au-dessus de nos tête, qui nous dépasse : il croit fermement qu’au 21ème siècle nous avons une ouverture vers le cosmos. L’espace, le mouvement galactique qui tourbillonne l’a inspiré dans la création.

Il y a une sorte de dialogue entre les oeuvres des trois artistes devenus amis en 1956 à Paris. Le sculpteur Csató les reçut d’abord dans son atelier de la Villa des Arts où il était installé depuis des années. Mais plus tard ils purent se livrer à leur art, chacun dans son propre atelier de la Villa des Arts. Ce sont les formes qui dominent dans l’art de Kilár. Il pense qu’Ervin Neuhaus, même s’il a fait des sculptures, est un peintre éminent et que sa palette de couleurs est extraordinaire. Il évoque aussi György Csató – un artiste extrêmement doué qui a réalisé à la fois des toiles non figuratives et des portraits. Il se plaît à raconter une anecdote : Csató, alors étudiant à Berlin, avait fait semblant de s’évanouir au premier rang de l’amphithéâtre où Albert Eintein tenait son cours. Lorsqu’il feint de reprendre ses esprits, Einstein lui accorda une grâce : dessiner son portrait. le jeune Csató put ainsi réaliser son rêve.

 Éva Vámos

Budapest Galéria Kiállitóháza : 1036 Budapest, Lajos utca 158

Tlj de 10 à 18 heures sauf lundi jusqu’au 3 juillet

 

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