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VALAMI MÁST?


By JFB - Posted on 10 décembre 2010

Lumière directe. Soleil d’hiver dans l’air glacial. Glacis sur les façades. Brillance crue qui reflète jusqu’au moindre détail. Luisance. Rien à dire. Silence.

Je me détache aussi, j’ai bien peur d’y passer.

Les ouvriers en face sont collés aux parois. Ils arrachent les vieilles peaux à coups de pieux et de marteaux. Ça tombe comme des croûtes. Les briques dénudées se tiennent serrées.

Un mastodonte à poil privé de sa façade.

Mon oreille droite bourdonne, reliquat du passé.

Le ronron continu de la bétonnière fait vibrer les vitres. Assourdissant.

Je reste pourtant chez moi. Écrasée dans ma bulle. Figée. Sans volonté. Une oreille en activité. Oh, mais ce n’est rien. Ça va passer.

Et ça ne passe pas, c’est pire encore. Le marteau piqueur en plein cœur. Très irrégulier mais toujours de même intensité. Tiens, encore, maintenant.

Je me rétrécis un peu, mon épaule gauche dans une grande habitude dissimulée s’efforce de boucher l’o-reille valide. Protection rapprochée.

Ça y est, j’y suis presque. J’entends plus rien. Je passe de l’autre côté. Parce que avec mes yeux aussi je sais bien comment faire. Je les enfonce très loin au fond du crâne et mon ventre je l’aspire. Je sais ranger tout ça. Pour ne pas que ça déborde. Explosif.

Ma peau. Ma peau dernière barrière me démange affreusement. Surtout ne pas gratter. Ça va être pire encore. Faut pas qu’ça craque la peau. J’ai bien peur d’y passer. Posture mortelle.

Vie en sourdine, recroquevillée dans de l’histoire passée. Tiens, encore, maintenant.

Et je cherche à comprendre: Bon sang, mais foutez -moi la paix. Je suis partie pourtant. J’ai quitté mon pays. Je suis toujours partie. Budapest ou ailleurs. Où est le marteau piqueur?

Pas besoin de bruit extérieur. C’est là à l’intérieur. Du passé pas fini embrouillé de douleur, de rancœur et de cœurs tripotés à l’aveugle, de manques en creux avides. Corps tronqués.

C’est là à l’intérieur, le squelette et la chair.

Lumière directe. Matière. Je sauve ma peau. Vigueur. Ondes de choc. La peur. Je lâche le vieil oripeau. Bouffée de chaleur. Je regarde au carreau. Je vois.

Les travaux en face avancent. Les lettres «palace» qui vantent le futur édifice frisent comme des rubans cadeaux.

Le bruit des travaux en face ne me dérange plus. Quelque chose est en route.

Françoise Morizet

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