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VALAMI MÁST?


By JFB - Posted on 30 novembre 2010

Ritournelle, un retour, un départ. Une histoire de territoire. Je suis là sous ma douche, je chantonne. Je m’éloigne dans la nuit, c’est encore elle qui m’accompagne. Je m’en vais, adieu et je chante. Ritournelle. Territoire. Terre. Vibration de l’air. Particules en vadrouille. Son. Musique.

Méra. Méra en Transylvanie. Un hommage à offrir en partage.

Une chaude odeur d’étable, écœurante et bestiale. Les buffles plus noirs que la nuit, puissance au repos. Alerte. L’homme qui s’occupe d’eux, un brin d’herbe, une ficelle. Il les connaît ses bêtes, gestes francs guidés par le cœur et l’ardeur. Sa femme forte, somptueuse, écrasante s’occupe des fleurs. Le lait blanc et fort, chaud encore.

Accueillis à Méra par des amis d’amis. Une reconnaissance. Une offrande. Le jour, on visite, on rend visite. Pálinka.

Colline. Colline des tsiganes, on y va. Accueillis. Árus Béla sur son lit. Une pièce. Rien. Un poêle. Tentures usées sur les murs. Images pieuses et colorées. Ornement. Mur en terre. Árus Béla sur son lit avec son accordéon, sans jambes. Maladie. Son frère, Féri, est mort peu de temps avant. Danseur, violoniste. Sur des enregistrements, je l’ai vu voler, en jambes. Un ange. Une audace aérienne. Ritournelle cosmique.

Árus Béla joue, pour nous, pour rien, à Méra, sur son lit. Sa femme, une brindille en fichu nous offre. Offre encore. Quand il n’y a rien. Mókus. Mókus, c'est «écureuil» en hongrois. Dans le verre, c’est un sucre chauffé, caramélisé, brun comme un écureuil sur lequel on verse de l’alcool à 60. Une horreur. Une offrande. Je ne bois pas.

Le soir, on s’en va. Avec nos amis, sur l’autre colline, en face. C’est le printemps. Paniers, pain, szalonna, oignons, paprika et feu de bois. Qu’il est doux l’air du soir. La nuit bleue, quand le bleu est noir. Les couleurs vibrent encore. Les femmes de Méra, rouge en haut, jupes plissées blanches semées de fleurs. Comme des bijoux, leurs visages en sourire. L’herbe chatouille. Le feu s’envole. On taille et on découpe. Des bouts de bois pour piquer le szalonna, des tranches de pain pour le recevoir et des oignons avec un couteau plus tranchant. Le szalonna fond au bout de nos bâtons. Il devient transparent. On le fait goutter sur le pain. La mie s’amollit. Scritch. Pfchit. Oignons. On mange dans la nuit.

On distingue tous les bruits. L’air est clair, incroyablement léger. Il accompagne à merveille chaque mouvement: le feu, nos respirations, nos paroles. Il se déplace sans contrainte embrassant ciel et terre. Espace.

En face, sur la colline des tsiganes, des feux s’allument aussi. Bouts d’étoile qui se dandinent dans les jaunes sur les flancs de la terre. Vibration de l’air. Des sons lointains, cristallins nous parviennent. Un air de vie à fleur de peau. Et de plus loin encore, c’est l’archet sur les cordes, violon, gardon, voix. L’air s’anime du haut de nos collines. Ensemble vivant. Musique. La vie comme une offrande.

Françoise Szélévényi

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