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VALAMI MÁST?


By JFB - Posted on 18 octobre 2010

Ça va être délicat de parler de cette histoire, de l’histoire encore là qui est pourtant finie.

Des impressions fugaces auxquelles je ne laisse pas beaucoup de place: un poids inhabituel, une lourde obéissance, une façon de parler, de peur qu’encore une fois, on vous écoute là-bas.

Et je me dis tout bas, ce bout d’histoire hongroise, le couvercle sur la tête, les communistes en tête, tu peux l’imaginer, tu comprendras jamais.

De quoi vas-tu parler? Tu vas t’apitoyer et excuser aussi ce qui perdure encore?

Non, ça c’est sûr que non, je ne vais pas faire d’histoire.

Je vous emmène en balade un soir d’été, quant il fait presque bon, encore un petit peu chaud.

Qu’il est doux de flâner, de se promener au hasard, de regarder en l’air. Et puis tiens, si on allait prendre un verre? À gauche, à droite? Passons plutôt par là, et je vous montre ce bâtiment que j’aime. Le temps a rongé la façade, une vieille peau trouée d’éclats meurtriers (ça c’est une autre histoire). Les balustrades des balcons massifs sont tout en dentelles. Je me plais à l’imaginer dans toute sa splendeur…

Un homme en civil nous arrête. Vous n’êtes plus là. Je suis avec mon ami. C’est une histoire vraie. Il est 22h (je le sais, je regarde souvent l’heure sur ma nouvelle montre).

Je ne comprends pas encore la langue. Mon ami est hongrois et il sort ses papiers. Je donne aussi les miens. Contrôle d’identité.

L’homme est autoritaire. Je ne comprends rien de rien. Il regarde nos papiers. L’homme est autoritaire. Eh bien, alors, mais qu’est-ce qu’il veut encore?

Je me colle un sourire. Mais non il continue, il tourne lentement les pages du passeport. Il cherche, l’animal. Maintenant ses mots mordent, ses yeux farfouillent du haut de son crâne, éclairs de mépris. Quelque chose se joue ici qui m’échappe à moitié. Mon sourire se décolle d’un coup: Je vois mon ami.

Il a changé de couleur. Sans couleur. Il est tétanisé. Ses lèvres sont blanches, les mots, desséchés. Je ne le connais pas comme ça. Pris au piège.

L’homme nous rend nos papiers dans un sursaut de bonté douteuse qui dit: c’est bon pour cette fois là.

Je regarde mon ami. Il est encore tout gris. On se remet en marche. Un drôle de silence pèse, un silence plein d’histoire. Une histoire indigeste. En un quart d’heure de temps, c’est maintenant que je comprends, il a été plongé quinze ans auparavant.

Où étiez-vous hier? Je n’aime pas vos manières et votre façon de parler. Parlez!

On a tout consigné. Ne faîtes pas le malin. Nous avons les dossiers.

C’est ça qui s’est rejoué ce soir d’été, cette histoire à capuche, le couvercle sur la tête.

Un morceau de peur tenace qui a refait surface.

Françoise Morizet

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