L’affaire Sukoró

Les nombreuses affaires de corruption révélées ces dernières années ont largement contribué à accentuer la victoire de la coalition FIDESZ-KDNP aux dernières élections législatives. Pour se montrer crédible en matière de lutte contre la corruption, le nouveau gouvernement entend créer une commission d’enquête au Parlement à chaque fois que toute la lumière n’aura pas été faite sur une affaire. L’affaire Sukoró en est un parfait exemple.

Les faits

En novembre 2008, M. Gyula Budai, avocat dans la région de Fejér, où se trouve la ville de Sukoró au bord du Velencei-tó, ouvre la boîte de Pandore. L’avocat dénonce un contrat d’échange inégal entre M.Blum Joav et l'État hongrois. Le premier a cédé au deuxième sa propriété de Monor-Pilis en échange d’un terrain de 70 hectares situé à Sukoró dans le but d’y construire un casino. Il apparaît aujourd’hui que la valeur des deux biens ait été mal estimée, dans de telles proportions que l’on ne peut croire à l’étourderie. L’écart entre les deux biens a en effet été chiffré, après coup, à 1,328 milliards de HUF. Ce sont les gestionnaires de la fortune de l'État hongrois qui ont signé le contrat, M. Miklós Tátrai , Directeur de la Magyar Nemzeti Vagyonkezelô, et son directeur juridique, M.Zsolt Császy.

Les enquêtes

L’ancien chef de gouvernement, M.Bajnai, avait demandé, sous la pression de l’opinion publique, que soit ouverte une enquête pour que de nouveaux éléments puissent être apportés au dossier. L’initiative fut vaine. Plus récemment et conformément à sa proposition électorale "une affaire=une commission", la nouvelle majorité a crée une commission d’enquête sur l’affaire Sukoró à la tête de laquelle a été placé M.Budai. Celui-ci s’est empressé de s’attaquer au cœur du problème: les raisons de la mauvaise estimation des biens. La commission a élaboré un rapport dans lequel elle soutient que cette erreur volontaire n’a pu se faire sans contrepartie et que c’est le Premier Ministre de l’époque, M.Gyurcsány, qui en aurait décidé ainsi. Ce dernier et son successeur, M.Bajnai, ont été entendu mais ont évidemment tout nié en bloc. Quant aux deux autres protagonistes, ils sont, depuis le 2 septembre 2010, arrêtés pour une période de 30 jours (renouvelable) et soumis à des interrogatoires avec perquisitions à leur domicile.

Une aubaine pour M.Orbán?

A priori tous les éléments sont réunis pour que la forte popularité de l’actuel Premier Ministre soit confortée ou renforcée par cette affaire. Courageux et blanc comme neige, il lutte sans relâche contre les dignitaires corrompus d’un régime qu’il dit révolu. Néanmoins, un élément lui empêche d’être sûr de lui. M. Orbán a dîné, alors qu’il n’était pas encore en fonction, avec MM.Lauder et Blum. Le contenu de la discussion est à ce jour inconnu et cette rencontre est longtemps restée secrète. Si la culpabilité de M.Gyurcsány est avérée, M. Orbán en sortira grandi. Sinon, son dîner au Gundel risque de lui jouer quelques tours. En Hongrie, bien plus qu’ailleurs, la corruption est un thème central du débat politique, ce qui a pour conséquence d’abaisser considérablement ce débat et d’occulter ainsi des thèmes bien plus importants.

Yann Caspar

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