Le parti d’en rire

Rencontre avec Zsolt Victora

“Vie éternelle+20 ans”, “circulation fluviale dans les rues de Budapest” ou encore “bière gratuite” pour tous. Le programme du Parti du Chien à Deux Queues (Magyar Kétfarkú Kutyapárt) était pourtant séduisant… Toutefois, faute d’avoir recueilli suffisamment de bulletins de recommandations, Zsolt Victora ne peut plus prétendre briguer le titre de maire de Budapest. Sans regrets puisqu’il a déjà tourné la page et se concentre de nouveau sur les multiples activités de la galerie Boulevard & Brezsnyev, au cœur du VIIe arrondissement.

Le calme est revenu au 39 rue Király, dans le VIIe arrt. de Budapest, où la galerie Boulevard & Brezsnyev hébergeait le bureau du désormais célèbre Parti du Chien à Deux Queues (Kétfarkú Magyar Kutyapárt), fondé en 2004. «Nous avons été très sollicités par les médias et sommes même arrivés en tête d’un classement publié par le site d’information Index parmi les partis proposant les idées les plus séduisantes selon les internautes», explique Zsolt Victora, membre actif de ce parti, conçu comme une approche artistique et décalée des sphères politique et médiatique. Celles-ci offrent en effet aux artistes un terrain d’expérimentation particulièrement enthousiasmant. C’est ainsi qu’est née l’idée de ce parti, à la fois satire les luttes de pouvoir et des «promesses ridicules et démagogues des partis traditionnels», mais aussi véritable projet d’art social. «L’art est un miroir de la vie, et la politique, la ville, les médias, etc. font parti de la vie. Les artistes sont obligés de réagir face à cela». Avec quelques 3000 bulletins de recommandations recueillis (au lieu des 28.000 désormais nécessaires depuis la récente réforme du code électoral), l’aventure de la campagne des élections municipales s’arrête donc ici pour ce parti.

L’aventure de Boulevard & Brezsnyev se poursuit quant à elle avec le même d’humour et esprit de dérision qui caractérisaient cette parenthèse politique. Cette fondation, qui cherche à promouvoir et exposer de jeunes artistes hongrois et de trouver de nouvelles voies d’expressions artistiques où l’humour occupe toujours une place importante, n’en n’est pas à son coup d’essai. «Il y a un an et demi, par exemple, nous avons monté une exposition autour de dix artistes inventés de toutes pièces: on pouvait ainsi acheter les artistes en même temps que leurs œuvres. Nous avons aussi exposé un “magasin de corruption” et tout l'attirail nécessaire afin de former les gens à ces pratiques», explique-t-il, un sourire en coin. D’autre événements ont connu un joli succès populaire et médiatique, comme le “No Goulash”, qui proposait aux touristes de passage dans la capitale de rapporter dans leurs bagages l’œuvre d’un artiste hongrois plutôt qu’un petit sachet de paprika ou autres souvenirs standardisés souvent de mauvais goût. «C’est une bonne promotion de la création et de la créativité hongroise, de même lorsque nous avons organisé une exposition en parallèle à la Dokumenta de Kassel, qui a remporté un grand succès».

Si la galerie a plusieurs fois déménagé, toujours dans un périmètre restreint rue Király, elle occupe aujourd’hui l’espace d’un ancien magasin de meubles, vide depuis deux ans et appartenant à la mairie du VIIe arrondissement. «Il ne s’agit pas d’un squat à proprement parlé, la mairie a les clefs, de même que de nombreux artistes. C’est un espace collectif et public depuis lequel nous cherchons à animer le quartier avec des projets artistiques, culturels et sportifs. Et puis, on ne laisse pas un espace vide, ça ne se fait pas!». Tant qu’une solution n’est pas trouvée avec les autorités, ce satu quo permet à Zsolt et ses compagnons de route de poursuivre de nouveaux projets. Allez donc y faire un tour, les portes vous sont grandes ouvertes.

Frédérique Lemerre

 

Boulevard & Brezsnyev

VIIe arrt. 39 rue Király

www.bbgaleria.hu

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