EXPO: Budapest entre deux guerres

On a beau se méfier de tout sentiment nostalgique concernant l'histoire et le passé, certaines expositions de photographies nous font malgré tout regretter de ne pas pouvoir voyager dans le temps. C'est le cas de celle consacrée au Budapest entre deux guerres et présentée au Musée National.

Si certains clichés sont dignes d'une couverture de roman, telle ces vues du Danube depuis le mont Gellért, où l'on découvre des bateaux sur le Danube en contrebas, toutes nous invitent à replonger au cœur de cette ville qui, dès 1910, est déjà une métropole d'un million d’habitants. C’est à cette époque que sa structure définitive est créée et qu’ont été construits les bâtiments publics et ponts qui ne cessent de déterminer son aspect. Le paysage urbain formé au tournant du siècle et d’un style fondamentalement historisant n’a pas significativement changé entre les deux guerres. L’architecture structuraliste internationale a élu domicile dans les nouveaux quartiers, à Újlipótváros, à Lágymányos et dans les quartiers résidentiels des collines de Buda. Néanmoins, l’aspect des rues a été visiblement modifié par l’apparitionen masse des moyens de transport modernes, notamment celle des tramways, des autobus et des voitures, ainsi que par l’éclairage public, les réclames lumineuses, les nouvelles formes du commerce et de la restauration et le développement des magasins, des cafés, des bars et des restaurants rapides. Bref, Budapest est déjà une métropole bouillonnante et élégante, ici photographiée par les services image des agences de presse officielles de l’époque et par des reporteurs photographes célèbres.

 

L'élégance est en effet le trait qui caractérise le mieux les personnages qui défilent sur ces images, prises entre 1930 et 1936, tels ces hommes et femmes attablés dans ou à la terrasse de cafés aux noms venus de loin: Biarritz Kávéház, qui existe encore aujourd'hui, Ostende Kávéház ou encore Dubarry Kávéház. Un couple dans la fleur de l'âge, plein d'une bonhomie réjouissante et coiffés de chapeaux à la mode se promène quant à lui devant le Café Gerbeaud. Malgré quelques clichés où l'on découvre l’extrême misère de tous ceux qui vivent en marge de la société, notamment cette vieille femme qui vend des fleurs dans la rue et d'autres exerçants des métiers quant à eux disparus du paysage urbain, tel ce vieil homme cireur de chaussures ou cette femme vendant des cigarettes aux passagers d'un train, l'exposition semble d'avantage s'attacher à montrer l'effervescence de la capitale hongroise et de son mode de vie bourgeois et moderne. La séance chez le coiffeur ou l'achat de tissu dans une boutique font parti des photos attendues. Celles prises sur le vif ont en revanche un effet plus saisissant sur notre imagination: la foule qui se presse dans les rues, ce gardien portant un brassard sur lequel il est écrit "deutsch" et qui renseigne des touristes dans leur langue, ou encore ces images du pont Erzsébet avant sa destruction ou celle du pont Ferenc József, aujourd'hui Szabadság hid. On en viendrait presqu'à oublier que la guerre est proche, que Budapest sera bombardée, détruite, et qu'elle connaîtra des heures bien sombres de son histoire.

Frédérique Lemerre

Musée National hongrois

VIIIe arrt. Múzeum krt. 14-16.

Jusqu'au 31 août

L’entrée s’effectue avec un billet valable pour l' exposition

permanente.

www.mnm.hu

 

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