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Trianon: le point de vue hongrois


By JFB - Posted on 31 mai 2010

La Hongrie s’apprête à commémorer le 4 juin le 90e anniversaire de la signature du Traité de Trianon, qui a amputé le pays de près de deux tiers de son territoire au lendemain de la Première Guerre Mondiale. A cette occasion, le Parlement se réunira probablement à l'occasion d'une séance commémorative. Un premier pas vers un consensus entre les partis politiques sur cet évènement douloureux du XXe siècle, que la plupart des Hongrois n’a toujours pas réellement accepté.

Puisqu’elle avait perdu la Première Guerre Mondiale aux côtés des Allemands, la Hongrie pouvait s’attendre à de fortes sanctions lors des négociations sur les traités de paix. Or les propositions des États vainqueurs ont dépassé toutes les estimations. En vertu du traité signé dans le palais Grand Trianon, 67% du territoire de la Hongrie et 58% de sa population ont été rattachés aux pays voisins. Plus de la moitié de ces territoires font désormais partie de la Roumanie, et environ 30% ont été cédés à la Tchécoslovaquie (et se trouvent aujourd’hui en Slovaquie). Il faut en même temps souligner que sur les 10,6 millions d’habitants qui vivaient à l’époque sur les territoires annexés, seulement 3,2 millions étaient hongrois. En effet la “Grande Hongrie” (qui n'a en réalité existé qu'entre 1918 et 1920) et la Monarchie Austro-Hongroise ressemblaient à un creuset de nations. Du point de vue des États occidentaux, le Traité de Trianon a donc tracé les frontières de façon plus juste, et a permis aux minorités de rejoindre leur pays. De ce point de vue, ce qui apparaît donc injustifiable aux yeux des Hongrois, c’est d’avoir également amputé la Hongrie de certains territoires habités à 95% par les Hongrois.

Les conséquences du Traité de Trianon pour la Hongrie ont été très lourdes, tant à court qu’à long terme. Le pays a perdu d’importantes zones minières et forestières qui se trouvent aujourd’hui en Roumanie. Sur les dix villes les plus peuplées de Hongrie, cinq ont été annexées, causant des pertes considérables pour l’industrie. Les conséquences sur le transport et le développement régional n’ont pas été moindres. Au cours du XIXe siècle, les lignes ferroviaires du pays avaient été conçues de façon à ce qu’elles soient interconnectées à Budapest mais aussi que certaines lignes assurent la connexion entre les villes de provinces situées en périphérie du territoire. Ces lignes, qui couraient près des frontières de la Monarchie, se trouvent aujourd’hui dans les pays voisins et la Hongrie doit faire face à d’importants problèmes de circulation ferroviaire (pour aller de Szeged à Pécs, il faut d’abord monter à Budapest…). Ce manque d’infrastructure a lourdement contribué au déclin de certaines régions hongroises, qui ont ainsi perdu leur potentiel industriel. Dans le même temps, Budapest, auparavant une capitale de 1,6 millions d’habitants pour une population de près de 18 millions, est devenue la capitale de seulement 7,6 millions de personnes. Dotée de proportions démesurées, Budapest a ainsi acquis un rôle exceptionnel dans le développement du pays, au détriment des autres régions hongroises.

Anna Bajusz

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