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La chronique du palais
de Natacha Guego
Cela fait à peine un mois que le Mák bistro a ouvert ses portes dans les anciens locaux du restaurant Loulou. J’en ai beaucoup entendu parler et, à plusieurs reprises, j’ai essayé d’aller y déjeuner. Mais c’est comme si un génie malfaisant m’en empêchait: premier rendez-vous annulé à cause du fameux volcan islandais (mon fils coincé à Londres devait rentrer le vendredi soir mais est finalement arrivé le mardi midi) puis, autre tentative, mais le restaurant affichait complet et enfin une troisième annulation à cause d’une petite puce de 3 ans qui avait une otite. Bref, la quatrième fois fut la bonne en ce vendredi ensoleillé de début mai avec Coline qui organise les «déjeuners découverte» pour Budapest Accueil.
En arrivant j’ai tout de suite été séduite par le cadre: adieu le décor rococo de chez Loulou pour un endroit assez dépouillé, plafond vouté et pierres apparentes, bar en métal brut et petites tables en bois naturel. Autre surprise, le concept du pinxo débarque à Budapest. Qu’est-ce que les pinxo? Tout simplement la version basque des tapas espagnoles. Le truc c’est que, les pinxo, cela sent le Sud Ouest et que ici rien à voir… Le moins que l’on puisse dire c’est que la cuisine est originale. Les plats proposés changent tous les jours et l’idée est de choisir 3 ou 4 pinxo par personne, de tout mettre au centre de la table et de partager. C’est donc ce que nous avons fait (si vous n’aimez pas ce concept, certains plats sont aussi proposés en version normale) mais même là ils ne sont pas extrêmement copieux). Voilà le menu que nous avons choisi: une petite soupe d’asperges (900 HUF), légère et mousseuse, plutôt bonne; une compote de tomate, qui n’avait rien à voir avec une compote mais un morceau de cœur de tomate avec ses pépins nageant dans un liquide transparent (soi disant une eau de tomate) tout à fait insipide et une demi fraise flottant sur le tout, aucun intérêt, aucun goût et 1000 HUF que l’on a vraiment l’impression d’avoir jeté par les fenêtres; un petit coq cuit au vin croustillant (rien à voir avec le coq au vin rouge) sur une polenta moelleuse (1300 HUF), le tout très bon; un confit de haricots à la tomate et à l’aubergine version cassoulet sans la viande (1100 HUF) et enfin le plus original: de petites langues de canard servies avec une quenelle version gomboc hongrois et nageant dans une sauce crémeuse mais légèrement acidulée (1300 HUF). Je dois avouer que c’est la première fois que je mangeais des langues de canard: je m’attendais à quelque chose de légèrement spongieux mais en fait c’est plutôt (un peu) gélatineux. Elles n’ont sûrement pas beaucoup de goût et c’est la sauce qui fait tout mais cela reste anecdotique et au moins j’ai testé quelque chose de nouveau! Il faut bien avouer qu’après tous ces plats, nous avions encore un peu faim donc nous nous sommes laissées tenter par un dessert (ou plutôt deux d’ailleurs): un dessert au chocolat pas mauvais mais fait avec un chocolat pas assez noir à mon goût et une mousse de fruits qui avait bon goût mais présentait l’inconvénient d’être gelée au cœur et de façon assez déplaisante car il y a avait des cristaux de glace comme si ce n’était vraiment pas fait exprès (800 HUF le dessert).
Difficile de vous dire cependant ce que vous mangerez car cela change tous les jours. Ce vendredi, sur la grande ardoise au mur, il y avait aussi une oreille de Mangalica (un autre jour vous aurez une queue), un pied de veau servi avec un morceau de boudin, un petit foie gras avec une vinaigrette de tomate, de la lotte au persil ou un risotto aux asperges et au chorizo. Bref des plats très variés et de quoi tester des choses très différentes.
Alors, au final, que vous dire du Mák bistro? Le concept ne semble pas très abouti. Avec une addition avoisinant les 9000 HUF (sans le vin), ce n’est ni bon marché, ni hors de prix mais encore faudrait-il ne pas sortir du restaurant en ayant un petit creux. En fait, je suis restée sur ma faim (et sur ma «fin» aussi d’ailleurs!). D’autant que même le pain est facturé 300 HUF sous prétexte qu’il est fait maison et joliment présenté dans une petite cagette en bois. Je suppose que, pour vous messieurs, un ou deux plats supplémentaires auraient été nécessaires pour vous rassasier. Donc au final une note un peu salée. La qualité des produits est bonne et certaines recettes sont vraiment originales mais il manque un petit «je ne sais quoi» pour libérer mon enthousiasme. Mon amie Coline est sortie de là en disant qu’elle n’y reviendrait pas. Pour ma part, je suis moins catégorique. En fait j’aimerais bien y retourner, au moins une fois, pour leur laisser une seconde chance, car je pense que le chef a un vrai potentiel (surtout si il ne joue pas les «divas»). On sent une envie de créativité, peut-être même une envie de faire évoluer la cuisine hongroise… Il faut juste qu’il aille à l’essentiel, se concentre sur ses produits, qu’il rajoute une cuillère supplémentaire dans chaque plat et surtout qu’il oublie sa soi disant compote de tomate!
Mák Bistro
Bp 1051, Vigyázó Ferenc utca 4
Ouvert de 12h à 23h
Fermé les dimanche et lundi
Attention, vous ne pouvez pas réserver de table (d’où l’absence de numéro de téléphone ci-dessous).
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