Festival Sziget: il y a aussi ceux qui ne l’aiment pas…

Comme dans tout, il y a les bons et les mauvais côtés, comme partout rien n’est jamais totalement ni blanc ni noir. Et oui, malgré le rouleau compresseur marketing du Sziget festival, qui voudrait nous faire croire que Sziget c’est le paradis sur terre, il reste des rabat-joies pour gâcher la fête et dire, comme George Brassens (qui n’y a jamais joué d’ailleurs), qu’il y a parfois «des pierres dans les lentilles».

 Le premier indice, c’est le bras de fer qui oppose les riverains aux organisateurs. 400 000 personnes en plein cœur de Budapest, cela n’apporte pas que des réjouissances. Le premier à s’attaquer au problème en 2002, c’est Tamás Derce, le maire de Újpest (IVe arrondissement), quartier voisin de l’île à l’est, qui porte plainte au tribunal pour tapage nocturne. Dans le collimateur de l’élu, c’est bien sûr le niveau sonore des musiques amplifiées qui empêche ses concitoyens de dormir la nuit. La plainte n’a pas eu de suites en 2002 mais en 2008 une autre plainte a été déposée, avec des demandes concrètes de ne pas jouer de musique entre 18:00 et 10:00 du matin. Cette demande annoncerait bien évidemment la mort pure et simple du festival. L’affaire suit son cours car les organisateurs du Sziget, la société Est media group Kft, a aussi attaqué le maire de Újpest pour faux témoignages et pression sur les témoins. L’île où se déroule le festival n’est pas isolée et si, à l’est, se trouve Újpest et son maire aux oreilles sensibles, à l’ouest, la municipalité de Óbuda (IIIe arrt.) pose aussi quelques problèmes. En 2008, un chantage a eu lieu au sujet du montage des scènes. En effet, pour la mise en place des infrastructures, les organisateurs demandaient de fermer pour une journée plusieurs rues et quais des alentours, ce qui avait eu pour conséquence la formation d’embouteillages monstres à Óbuda les années précédentes. La municipalité menaçait de ne pas signer les autorisations nécessaires au montage des scènes. Comme vous savez, le festival a finalement eu lieu en 2008, avec quelques modifications à la suite des plaintes des deux côtés du Danube. Le festival a ainsi été écourté de deux jours, passant de sept à cinq jours pleins. La formule écourtée est complétée par un jour 0 et -1. De plus, la grande scène n’accueille plus de musiciens après 23:00 et des murs de protections antibruit ont été mis en place.

Depuis 1992, le petit festival étudiant (Diák Sziget) a bien changé. Des premières années et sa programmation exclusivement locale, il est passé aujourd’hui à une programmation très internationale, qui exclue cette année les groupes locaux de la grande scène. Pour Gábor Nagy, festivalier de la première heure, «le Sziget n’est plus la vitrine des groupes hongrois mais bien un grand parc d’attractions musicales à échelle continentale voire mondiale». La publicité en France par exemple, est faite autour des groupes... français et, malgré les efforts du bureau export de la musique hongroise, les groupes locaux ont du mal se faire une place.

Il est aussi parfois regrettable comme le souligne Benjamin Cope du groupe biélorusse Nagual que «Sziget ne défende pas la musique d’Europe Centrale et Orientale», le festival aligne des têtes d’affiches de l’Ouest, que l’on voit d’ailleurs sur tout le circuit des festivals entre le Open’er de Gdynia en Pologne où le festival Exit de Novi Sad en Serbie, mais prend peu de risque avec les innombrables groupes des pays voisins de Slovaquie, de Pologne, d’Ukraine, de Russie ou de Roumanie.

Pour conclure, le son laisse aussi parfois à désirer dans cet enchaînement de groupe sans fin, que l’on peut à peine approcher. Mais bien entendu, personne n’est obligé d’aller au festival, certains médias le boycottent d’ailleurs, comme la très underground radio Tilos depuis plusieurs années déjà, lui reprochant d’être le fast-food de la musique... Bon appétit !

David Sauvignon

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