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L’AFP à Budapest


By JFB - Posted on 14 juillet 2009

Rencontre avec Géza Molnár, correspondant AFP en Hongrie

L'Agence France-Presse (AFP) est la plus grande agence de presse francophone et la troisième agence de presse au monde. Géza Molnár, correspondant local, évoque pour nous les grandes lignes de son travail et de son parcours.

QUI?

C’est presque par hasard que Géza Molnár est devenu journaliste. Cet ancien homme d’affaire – il a fait faillite lors de la crise de la bourse russe en 1998 – découvre par hasard une petite annonce de l’AFP. Il postule, passe des examens écrits et une série d’entretiens avant d’être finalement choisi, début 2000, pour devenir correspondant francophone de l’AFP à Budapest.

 

A ce jour, le bureau de Budapest compte deux permanents, lui-même et sa collègue anglophone, ainsi qu'un photographe et une trentaine de photographes pigistes à travers tout le pays. Il s’agit d’un bureau local qui dépend de Vienne, tout comme ceux de Bratislava et Sofia, et ne gère donc pas la dimension commerciale de l’Agence et la distribution de ses dépêches et articles à travers le monde. Au niveau national l’AFP a signé un contrat avec MTI (l’Agence de presse hongroise), qui distribue les informations de l’AFP en Hongrie, de même que le groupe de presse allemand Axel Springer qui distribue l’AFP auprès d’une vingtaine d’hebdomadaires hongrois. D'autres médias sont également clients de l'Agence, comme le site index. «En Hongrie, l’aventure de l’AFP a vraiment débuté avec la guerre en Irak. C’est là que le public a réellement commencé à entendre parler de l’agence».

 

QUOI?

 

L’AFP traite tous les domaines de l'information sans exception: politique, économie, culture, elle relaie aussi, par exemple, des informations concernant les accidents survenus dans le pays. C’est ensuite la façon de gérer l’information qui est sensiblement différente : «En ce qui concerne les accidents, c'est assez cynique, mais plus il y a de victimes mieux c’est pour vendre l’info et en particulier si parmi elles se trouvent des enfants occidentaux. Récemment une famille bulgare a été tuée dans un accident de la route: ce n’est pas une information commercialement “intéressante” car il n’y a pas assez de clients pour l’acheter», explique-t-il. Au contraire, des sujets tels que la crise du gaz ou la tentative de rachat de MOL par OMV ont été très largement couverts.

 

Les sujets de politique nationale sont également relayés et nécessitent bien sûr d’être impérativement replacés dans leur contexte. C’est en particulier nécessaire et important dans le cas d’informations relatives aux minorités hongroises dans les pays limitrophes où une même histoire appelle parfois des interprétations différentes car les perceptions et le contexte sont différents. «Ainsi la Slovaquie a-t-elle récemment adopté une nouvelle loi dans l’éducation nationale, loi passée inaperçue dans son ays d'origine alors qu’elle faisait scandale en Hongrie. En effet, les programmes des nouveaux manuels scolaires introduits ne mentionneront plus les noms hongrois des localités slovaques où se trouvent les minorités hongroises».

 

QUAND?

 

Un rapide calcul: en 2008, Géza Molnár avait rédigé 3000 dépêches et articles en 8 ans, soit 375 par an en moyenne depuis ses débuts. «En ce moment c’est une période creuse. Outre la célébration, en fin de semaine, des 20 ans de la chute de l’ancien régime, je ne fais que 2 ou 3 dépêches par jour alors qu’en période de crise c’est plutôt de l’ordre de 6 à 8 dépêches par jour. C’était notamment le cas lors des affaires Ophélie et Elise, deux histoires particulièrement suivies par la presse». Les indicateurs économiques (PIB, inflation, chômage, déficit public, commerce extérieur…) sont quant à eux renseignés 2 à 3 fois par semaine.

 

COMMENT?

 

Outre les dépêches, l’AFP produit aussi des articles plus développés et des analyses pour lesquels les journalistes se voient fixés des règles strictes. La première d'entre elles: les informations doivent être vérifiées auprès d’au moins trois sources différentes, objectives et indépendantes. Outre cette donnée proprement journalistique, le style AFP se doit d’être rigoureux. «Il est même assez sec, souligne-t-il. C’est dû à sa simplicité et au fait que les informations ont condensées». C’est un exercice plus difficile en français qu'en anglais, l’autre langue dominante au sein de l’agence. Alors que la règle dicte qu’un titre, en anglais, doit compter 60 caractères, «en français on est plus souple car la langue ne permet pas d’être aussi concis». Les contraintes existent cependant et une dépêche rédigée en français doit comporter 650 mots. Quant aux articles, ils sont construits sur un système de tiroirs. Le lead répond aux questions «qui, quoi, quand» et précise la source des informations. Ensuite, il convient de donner l’information la plus importante en premier et de construire l’article, paragraphes après paragraphes, de sorte que l’on puisse toujours enlever le dernier, contenant des informations moins essentielles.

 

Quel est l’aspect le plus difficile dans ce métier? «Les histoires humaines: cette anglaise d’origine hongroise retrouvée morte ou l’affaire Ophélie par exemple. A cause de l’AFP, on est obligé de poser des questions douloureuses que, personnellement, on préfèrerait se garder de poser». Il y a aussi des sujets dont il est dangereux de parler. «Par exemple, en Hongrie, l’industrie de la construction est un secteur propice au blanchiment d’argent par la mafia. Des sociétés sont créées pour un projet et dissoutes ensuite. Dans ce cadre, les sources ne veulent pas toujours révéler les noms des sociétés en question», souligne Géza Molnár. Et il y a certaines affaires et sujets plus délicats encore, sur lesquels il se garde d’écrire: «j’ai une famille et je n’aimerais pas retrouver un cocktail Molotov dans mon jardin. Il y a beaucoup de fous dans ce pays vous savez!»

 

Frédérique Lemerre

 

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