Budapest, Festival „Beethoven à Buda” : à la découverte d’oeuvres inédites
Arrangements de chants sur des thèmes écossais
Le 7 mai 1800, Beethoven donna un concert à Buda à l’invitation du Palatin József. Le Magyar Kurir rapporta cet événement en ces termes : « …un concert eut lieu au Théâtre de Buda, au cours duquel un musicien renommé du nom de Beethoven captiva l’attention de tous par son jeu virtuose au pianoforte. » Pour célébrer l’événement fut instauré en 2010 un Festival « Beethoven à Buda » à l’initiative de la municipalité. Festival qui propose chaque année au public des œuvres parfois inédites ou rarement interprétées du maître.
Précisément inédits et rarement joués, une série de chants sur des thèmes écossais était inscrite au programme de cette soirée. Publiés par Beethoven dans les années 1814-1818, ces chants, accompagnés par un ensemble piano, violon, violoncelle, s’inscrivent dans une longue série comprenant également des chants irlandais et gallois. Pour les chants écossais (25 Scottish Songs Op. 108), ils furent écrits sur commande de l’éditeur George Thomson, sur des textes de Robert Burns, Walter Scott ou encore James Hogg. Pièces que, visiblement, Beethoven avait à cœur (qu’il fit par la suite publier à Berlin en version allemande) (1). Pour compléter le programme, nous était proposée une série de chants sur des thèmes écossais et gallois par Joseph Haydn (XXXIa). Publiés entre 1791 et 1805, ces arrangements (plus de 200) lui avaient été commandés lors de ses séjours londoniens, constituant une partie lucrative de sa carrière. Sir Roger Norrington, qui plaçait Haydn parmi les plus grands, admirait ces chants „foisonnant d’humour et pleins d’esprit.” Les interprètes : Mária Lökösházi, soprane, Martin Csölley, baryton, Ottilia Revóczky, violon, Bálint Maróth, violoncelle et Petra Somlai, pianoforte.
Alors ?
Outre le plaisir de découvrir ou réentendre des œuvres rarement jouées. Mária Lökösházi, Martin Csölley et leurs amis nous ont fait passer une soirée plaisante, ces pièces, loin de constituer des œuvres majeures, certes, se présentant néanmoins comme de vrais petits joyaux. Une première remarque : la qualité des chanteurs, tous deux – intervenant en alternance ou en duo – offrant une parfaite diction et, surtout, rendant admirablement les variations de ton que présentent ces petites pièces, passant de la mélancolie à la joie. Le tout servi par de belles voix tout en finesse. Sans ostentation. Des „chansons” aux thèmes populaires, introduites à chaque fois par une brève présentation (tournant généralement autour de bluettes pastorales et d’amourettes, l’ensemble étant, bien sûr, chanté en anglais). Des chanteurs accompagnés par un ensemble (trio) aux merveilleuses sonorités. Les instrumentistes jouant sur des instruments anciens. Pour le pianoforte, il s’agissait de la copie d’un piano d’époque (Graf des années 1800, produit par le facteur tchèque McNulty).
Ce fut dans l’ensemble une belle soirée, de plus donnée dans un cadre plaisant préservant une certaine intimité. A noter que les morceaux dus à la plume de Beethoven et de Haydn étaient servis en alternance, sans que l’on eût pu faire un distinguo, tant les styles étaient proches.
Pour clore cette semaine consacrée à Beethoven (et cette journée qui avait débuté par la messe en ut à l’église Mátyás), voilà qui fut un bon choix. En attendant déjà la prochaine version dans un an…
Pierre Waline