Edito
La Hongrie de retour en Europe
L’importance du raz-de-marée du parti Tisza, mené par Péter Magyar, son leader charismatique, et la majorité écrasante obtenue le 12 avril dernier ouvrent une ère nouvelle, autant pour la Hongrie que pour l’Europe et les relations franco-hongroises.
Nous sommes un peu plus d’un mois après l’entrée en fonction du gouvernement pro-européen, qu’on appelle « conservateur » par défaut, mais qui couvre en réalité un large spectre de l’échiquier politique hongrois, du centre-gauche partisan du redressement des services publics (santé, éducation, transports en commun, protection de l’enfance, etc.) à une droite dure anti-immigration, en passant par un centre-droit libéral-conservateur. Populiste, diront certains, tant sa rhétorique anti-corruption, les visites guidées des palais dorés du gouvernement déchu et les mesures telles que la baisse des salaires des ministres et des députés caressent l’électorat dans le sens du poil.
Mais avant tout, c’est un gouvernement pro-européen. Ainsi, en quelques semaines, Péter Magyar a rencontré, outre les dirigeants polonais et allemands, le Premier ministre belge et le président Emmanuel Macron (ainsi que les présidents des deux chambres du Parlement). Il a même pris le temps de visiter l’exposition Ferenczy au Petit Palais, dont nous vous avons rendu compte dans nos colonnes.
Ayant passé près d’une décennie dans la deuxième ville francophone du monde, Bruxelles, en tant que diplomate, Péter Magyar y est retourné le 29 mai dernier en chef du gouvernement hongrois. Il y a signé solennellement, aux côtés d’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, un accord-cadre permettant de débloquer plus de 16 milliards d’euros de fonds européens jusqu’ici gelés. Une décision qui relance des investissements publics majeurs, des transports au logement social, en passant par l’énergie, tout en ouvrant la voie au retour de la Hongrie dans les programmes Erasmus et Horizon Europe, dont étaient privés étudiants et chercheurs.
En contrepartie, la Hongrie s’engage à renforcer sa lutte contre la fraude aux fonds européens, en mettant en place — ou en consolidant — un ensemble d’institutions et de mécanismes de contrôle et de lutte contre la corruption. Une logique de réciprocité assumée, souvent résumée par une formule simple : du gagnant-gagnant.
Dans cette séquence, une image s’impose : celle d’une étoile un temps égarée du drapeau européen, qui retrouve sa place dans le ciel commun du continent.
Éva VÁMOS,
Rédactrice en chef