L’ESPACE ENTRE NOUS à la galerie LE BAL à Paris
A l’occasion du bicentenaire de la photographie, LE BAL consacre pour la première fois une exposition à la plus grande collection privée du monde : celle du Wilson Center for Photography, constituée par Michael et Jane Wilson. A travers cet ensemble rare de 120 tirages pour la plupart d’époque, cette exposition explore le lien parfois trouble, souvent lumineux, toujours instable, qui unit celui qui photographie à celui qui est photographié.
L’exposition met en valeur des œuvres iconiques d’artistes des années 1920 à 2000, dans un parcours qui privilégient les affinités entre les images. La distance entre le photographe et le sujet se décline de la connivence la plus intime jusqu’à l’image dérobée à son insu.

Entre autres parmi les 45 photographes exposés, quelques grands maitres qui ont influencés des générations d’artistes : André Kertész, Alexander Rodchenko, Dorothea Lange, Imogen Cunningham, Manuel Alvarez Bravo, Bill Brandt, Walker Evans, August Sander, Louis Stettner et Tina Modotti.
Louis Stettner (1922-2016) ouvre le bal avec six photographies intimistes des compartiments d’un train dans la gare de Penn (New-York).
On arrive sur la fameuse Dorothea Lange (1895-1965) avec sept clichés légendaires illustrant la Grande Dépression des années trente qu’elle avait documentée longuement en Californie, pour le compte de la Farm Security Administration (manifestation des dockers de San Francisco, homme dormant dans un parking, dispute dans une roulotte, main et chapeau d’un travailleur).

Aux cotés de Dorothea, son amie et collègue, Imogen Cunningham (1883-1976), nous propose un nu dépouillé accroupi de dos. Il est passé par l’épreuve de l’abstraction chez Man Ray et Brassai, et demeure le plus sensuel de tous les nus de cette famille.
Enfin, le grand André Kertesz (1894-1985), avec quatre clichés magnifiques des années parisiennes (demander Paris 5 francs, une mémoire hongroise, portrait d’une jeune femme, distorsion n°6). Kertesz a vécu à Paris de 1925 à 1937, devint le mentor de son compatriote Robert Capa, et émigra aux Etats-Unis.
L’allemand August Sender (1876-1964), avec deux belles images (mains gelées au dessus du poêle, bohémienne). Les mains gelées est un cliché pris lors du krach de 1929 qui allait précipiter les populations dans la misère. August Sander documente les effets du réel social et économique sur les corps. Tout dans cette composition désigne la difficulté, la pauvreté, et la souffrance.
Plus loin, Manuel Alvarez Bravo (1902-2002), nous propose trois admirables compositions des années trente (une grande échelle, fille observant les oiseaux, ceux qui sont courbés).
Walker Evans (1903-1975) avec une seule épreuve (les mains de son père, Hart Crane), promoteur d’une photographie vernaculaire, et figure majeure de la scène américaine, il influencera toute une génération.

Alexander Rodchenko (1891-1956), fondateur du Constructivisme Russe, il collabore avec Maiakovsky qui écrit les slogans pour des images publicitaires. Il nous propose trois icones avec ses cadrages célèbres (rassemblement pour une manifestation, à la bibliothèque Lénine, portrait du poète Vladimir Maiakovsky). Ce portrait resserré qui nous fixe de face, concentre toute l’intensité du poète, ce regard insoutenable, cette tête rasée qui se suffit à elle-même.
Bill Brandt (1904 -1983), d’origine allemande, arrivé à Paris en 1929, il devient l’assistant de Man Ray et connait l’âge d’or du Surréalisme. Il se lie d’amitié avec Brassai et s’installe à Londres en 1937 avec sa femme, et se consacre aux portraits d’artistes britanniques, et par la suite aux nus. Une seule photo (nu).
Tina Modotti (1896-1942), italienne émigrée aux Etats Unis. D’abord mannequin, puis comédienne au théâtre, ensuite actrice à Hollywood. Elle rencontre Edward Weston, devient son assistante et apprend la photographie auprès de lui. Elle maitrise rapidement la technique, et devient un reporter engagé politiquement à gauche. Elle adhère au parti communiste mexicain en 1927, est amie de Frida Khalo et Diego Rivera et collabore au journal El Machete.
Elle abandonne la photographie pour devenir une militante révolutionnaire en travaillant pour le secours rouge international pendant la guerre d’Espagne.
Une photo autoportrait.
Si on aime et apprécie la photographie, on se doit d’aller voir cette magnifique exposition qui présente des photos de 45 artistes majeurs qui ont marqué le XXe siècle de leur empreinte.
Jack Moyal
Ouverte au 3 janvier 2027
Photos : www.le-bal.fr