La rentrée sur les rives du Danube

La rentrée sur les rives du Danube

Matthieu Berton

Rencontre avec Matthieu Berton, directeur de l'Institut français à Budapest

Dès le mois de septembre, les événements s'enchaînent à l'Institut français en Hongrie. Cette rentrée est marquée par les vernissages de plusieurs expositions, dans de nouveaux espaces à l'Institut français comme hors les murs, placées sous le signe du bicentenaire de la photographie. C'est l'occasion de revenir sur les activités culturelles et éducatives de l'Institut, dont le directeur, Matthieu Berton, a bien voulu nous accorder un entretien.

JFB : À la veille de l'inauguration de l'Espace Vasarely, vous avez lancé plusieurs événements emblématiques qui mettent en lumière des liens culturels importants — parfois méconnus ou oubliés — dans le parcours d'artistes d'origine hongroise davantage connus en France, dont la dernière révélation est Nora Dumas.

Matthieu Berton : L’exposition et celle consacrée à Émile Zola à la Mai Manó Ház, marquent le lancement des célébrations du Bicentenaire de la photographie en Hongrie, imaginées et coordonnées par l’Institut français de Hongrie dans le cadre des célébrations du ministère de la Culture français.

Au total, 26 programmes seront proposés pendant un an, à Budapest, mais aussi à Veszprém et à Fehérvárcsurgó, dans plusieurs institutions majeures : la Maison des Photographes, le Musée national, le Centre Robert Capa, le Musée Kiscelli et, bien sûr, l’Institut français. Expositions, conférences, colloques, publications et rencontres mettront à l’honneur la photographie sous toutes ses formes : patrimoine, création contemporaine, édition, recherche, transmission et éducation.

Le Bicentenaire est une occasion exceptionnelle de revenir sur l’histoire de cet art, dont les origines sont liées à la France, avec les premières expériences de Nicéphore Niépce, il y a 200 ans.

Mais cette histoire n’est pas seulement française. Elle est aussi européenne et profondément franco-hongroise, faite de circulations, d’influences et d’échanges entre les artistes et les cultures.

La photographie constitue ainsi un héritage en partage. Cette célébration permet de mettre en lumière les liens anciens entre la France et la Hongrie, notamment au XXe siècle, lorsque Paris accueillit de nombreux artistes qui ont profondément marqué l’histoire de la photographie : André Kertész, Brassaï, Robert Capa, mais aussi Rogi André, Ervin Marton, Lucien Hervé ou Frank Horvat. Et cette histoire continue aujourd’hui à travers de nombreux projets, échanges et mobilités.

JFB : Un quart de siècle après une exposition consacrée aux photographies d'Émile Zola à Budapest, nous redécouvrons aujourd'hui les multiples talents de cet auteur. Le public le connaît à travers ses romans et le courage dont il a fait preuve en prenant la défense du capitaine Dreyfus, mais beaucoup moins à travers sa facette de photographe.

Matthieu Berton

M. B. : L’exposition met en lumière une facette méconnue d’Émile Zola : son activité de photographe.

Elle présente une cinquantaine de photographies réalisées par Zola.

Zola pratiquait la photographie comme un véritable art, et non comme un simple loisir. Autodidacte, il cherchait constamment à perfectionner ses connaissances techniques.

Ses voyages et sa vie familiale ont nourri les thèmes de ses photographies, avec des images parfois très émouvantes. Il photographie aussi bien sa famille que les foules, les animaux ou les paysages. Ses clichés témoignent d’un regard personnel, attentif, et révèlent une véritable signature esthétique ainsi qu’une réflexion sur la photographie comme représentation de la réalité.

JFB : Quels sont les projets que vous attendez accueillir à l’Espace Vasarely ? Vous avez mentionné une programmation distinguée pour votre public français, francophone et non francophone.

M. B. : Cette ouverture constitue une étape importante dans la transformation de l’Institut français de Hongrie. Pensé comme une vitrine ouverte et vivante de l’Institut, l’Espace Vasarely est un lieu hybride et modulable, dédié aux expositions, aux rencontres, aux ateliers, aux activités scolaires et aux rendez-vous professionnels.

L’ambition est simple : dès l’entrée, faire comprendre que l’Institut français est un lieu de culture, d’apprentissage, de découverte et d’échanges. On peut y apprendre le français, emprunter un livre, découvrir une exposition, participer à un atelier, rencontrer un artiste, assister à une conférence ou à une projection, écouter de la musique ou simplement passer un moment.

Espace Vasarely

L’Espace Vasarely s’adresse aussi bien aux francophones qu’aux non-francophones, aux enfants, aux familles, aux étudiants et aux adultes, qu’aux habitants du 1er arrondissement et de Budapest ou aux visiteurs venus de toute la Hongrie.

Il est également conçu comme un espace de coopération avec les institutions culturelles, les associations, les universités, les établissements scolaires, les artistes et les entreprises. Sa modularité lui permet de changer de configuration et de fonction au fil des jours.

L’Espace Vasarely est ce que nous allons en faire ensemble. J’encourage donc nos partenaires à investir ce nouveau lieu et à y proposer leurs propres projets.

Espace VasarelyDès l’entrée, un coin bibliothèque, dont la sélection sera régulièrement renouvelée, invite les visiteurs à découvrir les ressources de l’Institut et à poursuivre leur visite vers la médiathèque. L’espace accueillera également des ateliers créatifs pour les enfants, des activités pour les groupes scolaires et de nouvelles propositions développées avec nos partenaires. Un atelier consacré à la réalisation de documentaires est notamment envisagé à partir d’octobre.

L’Espace Vasarely permet aussi à l’Institut français de Hongrie de retrouver une véritable vocation d’exposition, avec une programmation qui croise art contemporain, histoire, patrimoine et enjeux de société.

Les premiers rendez-vous seront :

  • 22 septembre 2026 — PoipoiFolyo, exposition franco-hongroise d’art contemporain autour de la thématique des rivières, dans le cadre du Mois de l’Environnement ;
  • 22 octobre 2026 — La Révolution de 1956 vue de France, exposition à travers des unes de presse françaises, des archives et des ouvrages ;
  • Début 2027 — Au fil du Danube, exposition photographique de Thomas Goisque, à partir des images réunies dans l’ouvrage de Béatrice Vaïda.

Une programmation spéciale sera également proposée au printemps 2027 pour célébrer les 80 ans de l’Institut français de Hongrie.

JFB : Après la trêve estivale, nous retrouvons de nombreux événements culturels, ainsi que des projets ambitieux liés à l'apprentissage du français à l'Institut français. Lors des États généraux de la langue française, vous avez élaboré, avec vos partenaires, un plan d'action. Après avoir dressé un état des lieux de l’enseignement du français en Hongrie, quelles réflexions en tirez-vous ? Quelles nouvelles approches envisagez-vous de mettre en oeuvre ?

M. B. : Les États généraux de la langue française en Hongrie ont permis de faire émerger une vision partagée des enjeux et des perspectives de développement du français dans le système éducatif hongrois. Les recommandations qui en sont issues contribuent au dialogue engagé entre les autorités françaises et hongroises dans le cadre des travaux préparatoires au nouveau partenariat stratégique entre nos deux pays.

Si les autorités hongroises souhaitent donner suite à ces recommandations, elles pourront compter sur l’engagement de la France, mais aussi sur celui de l’ensemble des partenaires francophones de la Hongrie, prêts à mettre leur expertise, leurs réseaux et leurs dispositifs de coopération au service des projets qui pourraient être développés conjointement.

Le développement du plurilinguisme repose sur un principe de réciprocité. La France poursuit ainsi son engagement en faveur de l’enseignement de la langue et de la culture hongroises, notamment à travers le Centre interuniversitaire d’études hongroises. C’est une manière de promouvoir la connaissance mutuelle de nos langues, de nos cultures et de nos sociétés.

Les États généraux traduisent finalement une ambition commune : renforcer durablement la coopération éducative entre la Hongrie et l’ensemble de l’espace francophone, au service des jeunes générations.

JFB : Le public hongrois se réjouit des événements culturels organisés à l'Institut français. Ces derniers mois, les séances de cinéma et les débats qui les ont accompagnées ont attiré de nombreux spectateurs, dont le JFB s'est fait l'écho. Le directeur de la Cinémathèque française a par ailleurs rencontré son homologue hongrois autour d'un projet de cinémathèque hongroise. Que peut-on retenir de ces activités, et comment envisagez-vous leur poursuite après la rentrée ?

M. B. : La France et la Hongrie sont deux grands pays de cinéma et entretiennent dans ce domaine des liens étroits depuis toujours !

Matthieu Berton

Dès 1896, quelques mois seulement après les premières projections parisiennes des frères Lumière, leurs films étaient montrés à Budapest. Puis, tout au long du XXe siècle, de nombreux cinéastes et professionnels hongrois ont poursuivi leur carrière à Paris et en France.

L’Institut français soutient plusieurs grands festivals de cinéma en Hongrie, notamment le Marathon du film classique de Budapest. Il accueille également le Budapest Classics Lab, le Marché des archives et plusieurs ciné-concerts dans ses différents espaces, dont le nouvel Espace Vasarely.

Cette histoire commune est valorisée chaque année par le festival. Je me réjouis que la France soit, cette année encore, très présente dans la programmation, avec 11 films français ou coproductions françaises, de Marcel Carné à Patrice Chéreau, de René Laloux à Costa-Gavras, de Jean-Pierre Jeunet à Mathieu Kassovitz.

La semaine dernière, à Saint-Paul-de-Vence, la France accueillait le premier Sommet Lumière, consacré à l’avenir du cinéma et de l’image animée. Plus de 200 représentants venus de plus de 60 pays s’y sont réunis pour réfléchir aux transformations du secteur. La Hongrie était représentée et a endossé la déclaration Lumière.

La sauvegarde du patrimoine cinématographique a également été au cœur des discussions. À Budapest, nous allons poursuivre avec détermination notre action commune pour préserver cette histoire, avec l’espoir de voir avancer le projet de création d’une cinémathèque hongroise avec l’aide de la Cinémathèque française.

JFB : Les événements de l'Institut français hors les murs occupent une place importante dans la coopération culturelle franco-hongroise, à l'image de l'exposition Ferenczy à Paris, puis de l'exposition Tihanyi, et aujourd'hui de plusieurs expositions consacrées à Vasarely en Hongrie.

M. B. : Nous essayons de contribuer au mieux au dialogue franco-hongrois dans le domaine culturel, à travers une programmation ambitieuse à l’Institut français, notamment avec les expositions, mais aussi en soutenant les projets portés par les institutions hongroises et françaises dans tous les domaines.

L’année 2026 est marquée par plusieurs grandes expositions en Hongrie et en France, portées notamment par l’engagement remarquable et la francophilie affirmée des grands musées hongrois. Les expositions Vasarely 120 au Musée des Beaux-Arts de Budapest et Károly Ferenczy au Petit Palais ont été de grands succès.

À partir du 29 octobre, une exposition exceptionnelle consacrée à Gauguin ouvrira au Musée des Beaux-Arts. Les œuvres proviennent de dizaines de musées et de collections du monde entier, dont une part importante de France. L’Institut proposera autour de cette exposition une programmation en résonance : cinéma, conférences, rencontres littéraires…

JFB : La présentation d'ouvrages en français et en traduction souligne l'importance des traducteurs de grande qualité, que vous distinguez par un prix spécial.

M. B. : Les traducteurs jouent un rôle essentiel dans le dialogue interculturel, qui se nourrit des œuvres rendues accessibles dans les deux langues.

Le français est aujourd’hui la troisième langue la plus traduite en Hongrie, avec plus de 200 titres cédés chaque année.

Ce dynamisme, nous le devons aux traducteurs et aux éditeurs, mais aussi au travail de l’Institut français, à travers son programme d’aide à la publication « Kosztolányi », ainsi qu’aux dispositifs du Centre national du livre et de l’Institut français de Paris.

Je me réjouis également que la littérature hongroise trouve une place grandissante en France. Les œuvres des auteurs hongrois, classiques comme contemporains, enrichissent désormais les rayons de nombreuses librairies françaises.

C’est pour témoigner de notre reconnaissance envers les traducteurs et encourager leur travail que nous avons créé ce nouveau Prix de la traduction. Il distinguera chaque année une traductrice ou un traducteur hongrois en milieu de carrière.

Le premier prix sera remis le 1er octobre, à l’occasion de l’ouverture du Festival du livre de Budapest. Le lauréat bénéficiera d’une résidence d’un mois au Collège international des traducteurs littéraires à Arles, en Provence.

JFB : On observe une programmation musicale toujours plus riche, tant à l'Auditorium de l'Institut français que hors les murs. Quels sont vos principaux partenaires ?

M. B. : L’Institut français a toujours été un lieu connu pour ses concerts. Nous avons la chance de disposer d’un bel auditorium et souhaitons proposer des concerts très régulièrement, au moins une fois par mois, pour les petits et les grands, les mélomanes comme ceux qui souhaitent simplement découvrir la musique.

Depuis 2025, nous avons développé des partenariats avec plusieurs orchestres hongrois, notamment l’orchestre de la MÁV et le Danubia Orchestra, qui proposent régulièrement des concerts mettant à l’honneur le répertoire français.

Nous accueillons également les élèves de l’Académie de musique, pour leur donner l’occasion de jouer devant un public, ainsi que des musiciens français de passage et des festivals hongrois. Ce fut le cas fin août avec le festival Miratone, et ce sera bientôt le cas avec UH Fest, consacré aux musiques électroniques et expérimentales.

Comme pour les arts visuels, nous soutenons également le développement de la programmation française hors les murs, notamment à l’Opus Jazz Club, à la Maison de la Musique ou encore sur la péniche A38. Les amateurs de musique française ont donc l’embarras du choix à Budapest !

Propos recueillis par Éva Vámos et Borbála Csete

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