Des structures harmonieuses

Des structures harmonieuses

Laszlo Horvath

Rencontre avec Laszlo Horvath à Budapest

Après une rencontre récente à Paris, c’est à Budapest que je retrouve Laszlo Horvath, parisien Hongrois, photographe et cinéaste et auteur de beaux livres d’artiste. En regardant ses photos, on a envie de citer la préface de Károly Kincses pour son dernier livre, Le Corbusier vu par Laszlo Horvath, "...des structures harmonieuses, de la force, de la beauté, parfois de simples jeux de lignes qui s’entrecroisent, mais ce qui est commun à tout cela, c’est la simplicité des structures, l’ordonnancement, le désir que cela devienne une image. "

Laszlo Horvath : Le titre de cette préface, Quand le détail est le Tout, exprime bien l'essentiel de ma démarche photographique : je ne suis pas amateur des grandes espaces, des grands ensembles, au contraire. J'aime chercher les structures dans les détails, "rentrer" dans les images en éliminant, étape par étape, les éléments qui ne sont pas nécessaires à l'image nouvelle qui se forme. Cette action est très liée à ce qu'on appelle le cadrage ou recadrage de l'image. J'ai des grands maîtres dans ce domaines : André Kertész et surtout Lucien Hervé (Elkán László) dont les cadrages sont d'une sensibilité incroyable. Parfois, j'ai l'impression que ces coupes ne sont pas simplement les limites de ses images mais qu'elles sont vivantes, je "sens" qu'il se passe quelque chose derrière les lignes... En son temps, Hervé travaillait ses cadrages en découpant physiquement les tirages.  Un jour, quand un journaliste lui a demandé : Maître, la photographie c'est quoi pour vous ? Il répondait : une paire de ciseaux... Aujourd'hui, avec la technique numérique c'est une action extrêmement simple que l'on peut multiplier pratiquement sans limites.

Horvath Laszlo

J’ai assisté tout récemment à l’hommage rendu à Lucien Hervé par une plaque commémorative au 31 rue Vineuse à Paris - où il a vécu et travaillé pendant 50 ans - en présence de Madame Judit Hervé qui a fêté son centième anniversaire le 15 mars dernier.

JFB : Votre livre : L’au-delà du regard, édité par la Galerie Berthet-Aittouarès, entre deuil et pierres tombales est, paradoxalement, une sorte d'éloge à la vie. Vos photographies sont accompagnées de citations de Confucius, de Platon, de De Vinci, de Nietzsche, de Salomon et de bien d'autres jusqu’à nos jours.

L. H. : Ce livre est une histoire du hasard. Toutes ces photographies ont été prises au Père-Lachaise, à Paris. C'est un très ancien cimetière sur des collines, où une grande partie des tombes séculaires sont en ruine. Mon intention était d’explorer les formes, les lignes, les courbes, les ombres, la lumière et surtout, la matière.  J'ai voulu aussi, systématiquement, éliminer tout ce qui évoquait la mort. J'ai fait ce travail avec une amie qui se trouvait dans une mauvaise passe à l'époque avec des problèmes de confiance en elle et j'ai imaginé qu'en l'associant à ce travaille ce serait encourageant pour elle. C'est dans ce but que j'ai eu l'idée d'ajouter des textes. Au départ, nous avions plus de 500 citations de toute origine. Nous avons procédé par simple élimination, sans aucune consigne, sinon qu'il ne fallait pas que ces textes soient des "explications" d'images et il fallait que nous soyons d'accord tous les deux avant chaque décision. À l'arrivée, ils restaient ces trentaines de textes à peu près dans le même ordre que dans le livre et qui formaient une unité avec du sens et comme disait dans sa préface l'historienne d'art Domitille D'Orgeval : "contre toute attente, cet ouvrage est un véritable éloge à la vie et une exhortation à cultiver un état d'esprit optimiste" exactement ce que j'ai espérais pour mon amie...

JFB : Vous exposez régulièrement en France et en Hongrie.

L. H. : C'est en France essentiellement que j'ai mes expositions mais j'ai exposé plusieurs fois en Hongrie notamment à Institut Français et à FUGA de Budapest, et nous avions une exposition commune avec Vera Molnar à Eger à l'Institut Kepes.

JFB : Lors de votre dernier passage en Hongrie vous avez vu quelques expositions qui font un peu le pont entre Paris et Budapest ?

L. H. : J'ai vu la magnifique expo de Vasarely au musée des Beaux-Arts à Budapest. Au même moment, Vera Molnar avait une très belle exposition à la galerie Vintage. Un collage de 18 pièces d'une très belle tonalité bleu au départ puis, au fur et à mesure, la couleur et la lumière diminuant tout est devenu presque noir. C'était une sorte de clin d’œil de Vera, qui adorait s’amuser dans son travail. J'ai souvent été présent dans son atelier où j'avais - de temps en temps - un petit rôle d'assistant. Elle avait toujours le sourire en travaillant et quand elle se trouvait devant l'inattendu, elle a éclaté de rire. Elle adorait les erreurs, recherchait les "défauts" d'où les séries "1% de désordre". Elle disait que l'ordre n'est qu'une des versions de désordre que l'on a désigné comme référence...

Elle a participé deux fois à des concours internationaux organisés par Sotheby's. La condition était, de laisser quelques œuvres à des ingénieurs, experts en IA, d'analyser son travail et en faire des versions IA. Elle a gagné les deux concours. Sa seule réaction a été : elles sont meilleures que ce que j'ai faites...

Laszlo Horvath

Il y a quelques semaines on a inauguré à Paris, à l’INHA (Institut National d’Histoire de l’Art) une installation inédite de Vera Molnar : une Ligne vagabonde où l'ami pianiste et compositeur Melaine Dalibert a donné un concert en résonnance aux recherches expérimentales de Vera Molnar. Il a interprété des œuvres de Philipp Glass, György Kurtág, György Ligeti ainsi que ses propres compositions.

Il y avait aussi à la galerie B 32 une très belle expo de la photographe Sára Sebestyén. D'ailleurs nous travaillons en ce moment même, avec les Éditions Vince, sur un livre d'artiste de Sára avec une très importante étude d'Andràs Rényi. Dans sa préface il écrit : "ce qui m'intéresse plus profondément, c’est ce que cet artiste fait réellement lorsqu’il crée des images qui s’apparentent à des peintures — alors même qu’il ne travaille ni sur papier, ni sur toile, ni sur des murs, et que ses mains ne sont jamais souillées par le fusain ou la peinture. À quel moment - à quel tournant décisif - l’acte de photographier se transforme-t-il en création d’images ? "

J'ai assisté également à une rencontre à La Maison de la Presse à Budapest avec la photographe Katalin London. Elle a présenté quatre de ses livres et j'étais très impressionné, notamment, par une série de portraits. Chaque personne, chaque visage est présenté à la fois de face et de profile sur fond noir. Je n'ai peut-être jamais vu une si belle série de portrait en photographie.

J'ai pu aussi visiter la très belle collection Szöllösi-Nagy - Nemes au MÜPA à Balatonfüred où se tenait l'exposition temporaire d'un artiste Français, Gaël Bourmeau. Et par le plus grand hasard j'y ai rencontré une universitaire Espagnole, historienne d'art, qui enseigne à Vienne, et qui est venu à Balatonfüred pour proposer aux Szöllösi des jeunes artistes Autrichiens et Espagnols. Vive l’Europe !!

Propos recueillis par Éva Vámos

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