Barry Levinson illumine Uránia

C’est un grand coup qu’a frappé le « Fast Forward Program », organisé par le Magyar Nemzeti Filmalap ! Le Théâtre cinématographique national Uránia accueillait ce mercredi 1er Mai le mythique réalisateur américain Barry Levinson, à l’origine de chefs-d’œuvre comme Rain man et Good Morning, Vietnam ! Tout en décontraction, il a évoqué sa carrière, ainsi que le tournage de son 24e film à Budapest, devant les yeux rayonnants d’un public fasciné.

Enfant du cinéma, Levinson l’a chéri toute sa vie, depuis sa rencontre, enfant, avec Citizen Kane, jusqu’à ses 77 bougies soufflées le mois dernier. Drame (Bugsy), comédie (Rain Man), thriller (Sleepers), série TV (Oz, Borgia), ses 50 ans de carrière l’ont vu expérimenter tout ce qui pouvait l’être. Animé par le sentiment d’avoir encore tant à offrir au 7e art, le génie de Baltimore ne s’est jamais reposé sur ses triomphes, et revient à présent avec Harry Haft, dont plusieurs scènes ont été tournées à Budapest. L’histoire de ce boxeur d’Auschwitz, à l’existence tiraillée entre horreur et accablement, mettra notamment en scène la vedette américaine Ben Foster. 
Des acteurs star, Barry Levinson en a dirigé de très nombreux dans sa longue carrière : Tom Cruise, Dustin Hoffman, Kevin Bacon, Brad Pitt, Al Pacino, De Niro etc… C’est entouré des plus grands noms qu’il en est devenu l’un des plus retentissants d’Hollywood. Paradoxalement, ce qui marque l’esprit, au sortir d’une rencontre avec un tel monument, c’est bien sa simplicité. Lunettes au nez, sneakers aux pieds, débordant d’énergie et le sourire aux lèvres, il n’a jamais cessé de contempler son auditoire, semblant accorder à chacun une bienveillance et une attention sincère.

Fidèle à son art

Se disant inspiré par la splendeur architecturale de Budapest, bien illustrée par ce magnifique Théâtre Uránia, Barry Levinson a parcouru sa propre histoire et celle de son œuvre. Dans une atmosphère de transparence et d’honnêteté plus que bienvenue, il a délivré, au vol, quelques folles anecdotes. Passé de l’autre côté de la caméra à plusieurs reprises dans sa jeunesse, il n’en garde pas un souvenir impérissable. Cependant, cette expérience est bien représentative de sa manière de contribuer au cinéma, qui résonne comme une maxime : toujours faire ce qu’il veut au moment où l’envie l’anime. Lui-même l’avoue sans sourciller : « je ne me suis jamais fixé d’objectif à atteindre ». Son succès, il le doit, en partie, à sa liberté.
C’est dans cette logique qu’il a propulsé Robin Williams au sommet, dans Good Morning, Vietnam ! à une époque où beaucoup le considéraient comme un « Box-Office Poison ». Ce film, l’un des fers de lance de l’imposante filmographie de Levinson est également un modèle de son art, dans lequel l’improvisation occupe une place majeure. Aucune de ses œuvres n’est entièrement construite à l’avance, mais se nourrit de chaque journée de tournage. Son apogée, atteinte en 1988 avec Rain man, son Ours d’or, ses 2 Golden Globes et ses 4 Oscars n’a rien bouleversé pour autant. Il a continué et continuera de pratiquer le cinéma qu’il aime, malgré les désaccords et les quelques remontrances des studios ; pour le plus grand plaisir d’une assemblée qui, égayée, aura parfois même ri aux éclats face à l’humour aiguisé de l’immense Barry Levinson.

Hugo Cellarier

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