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Conférence de Thomas Piketty retransmise à Budapest : où en est l’idéal européen de l’inégalité ?


By JFB - Posted on 26 avril 2018

Un jour après la réception de l’économiste-vedette à la Central European University, c’est l’institut français qui a rendu honneur au prix Nobel d’économie mercredi dernier. Grâce à la retranmission en direct dans plus de 15 pays autour du monde dont la Hongrie de sa conférence donnée depuis de l’École Normale Supérieure, les auditeurs ont pu suivre une présentation intéressante sur les inégalités qui s’inscrit dans une série de débats intellectuels, baptisée « Une certaine idée de l’Europe ». Comme son nom l’indique, le groupe d’étude géopolitique organisant l’évènement a voulu propager la vision sur l’Europe de chacun de ses intervenants dans le but de relancer la réflexion sur les idéaux européens.


Course aux entreprise

L’Europe est souvent représentée comme berceau de l’égalité, des droits de l’homme et de l’état social. Cependant, c’est un processus historique dramatique qui a permis une société européenne durablement égalitaire. La notion de distribution s’est implantée après des phases de destructions matérielles dûes aux guerres mais également monétaires à la suite des coûts de l’inflation. En effet, les reformes sociales en France, pays qui se voit comme égalitaire par excellence, se sont réalisées en réponses d’évènements historiques et non sur des valeurs de redistribution partagées par la société. Thomas Piketty rappelle que le dernier pays européen à avoir mis en place l’impôt sur le revenu fut la France en 1914, lorsqu’il a été question de trouver des ressources pour combattre le voisin allemand. Contrairement à beaucoup de convictions, les matrices d’égalités sont très souvent apparues suites aux guerres, après lesquelles la contribution des plus aisés devenait évidente.

Dans son livre « Le Capital au 21ème siècle », la Hongrie n’est pas souvent citée, faute d’avoir à disposition des registres sur les taxes de revenus que l’économiste a utilisé pour son étude. Cependant, le travail de Thomas Piketty est très pertinent pour comprendre la situation hongroise et la remise en question de l’intégration du pays au sein de l’EU. Si les fonds européens ont permis une croissance économique du pays, la Hongrie livre une course acharnée avec les autres les pays d’Europe Centrale en minimisant au maximum les taxes sur les entreprises pour continuer d’attirer de nombreuses multinationales. Au final, les entreprises étrangères ne contribuent quasiment pas au développement des infrastructures et à la sécurité sociale. C’est plutôt la population locale, qui en recevant des salaires en dessous de la moyenne (avantage principal qui attire les investissements étrangers) contribuent relativement plus que les classes aisées du pays sous forme de ponctions sur la consommation. Piketty relève ainsi l’intérêt de l’état hongrois de lever les impôts sur les revenus afin d’homogénéiser la population et d’égaliser la contribution à l’État.

 

Faible mobilité sociale

 

Avant la diffusion, l’économiste hongrois Zoltán Pogátsa exposa les aspects de l’inégalité hongroise trop souvent dissimulées sous l’indice de GINI, relativement faible en Hongrie. La mobilité sociale magyare est la moins élevée d’Europe. Ce phénomène se reflète dans une étude comparant les résultats des test PISA en fonction de l’origines des élèves. En Hongrie, 72% des résultats dépendent de la région d’où l’enfant est originaire alors que ce chiffre n’est que de 8% en Finlande. Même au sein de la capitale, des inégalités se font ressentir dans les chiffres. Entre le 2ème et le 8ème arrondissement, l’espérance de vie varie de 10 ans alors que les deux quartiers ne sont séparés que de quelques kilomètres à peine.

Non seulement le niveau national mais également le niveau du continent n’atteint toujours pas l’idéal européen de l’égalité. La démocratisation de l’Europe est un sujet récurrent chez Thomas Piketty. Et pour cause : les institutions n’ont pas été créé pour faire de la redistribution mais pour la régulation de marché. L’économiste rappela à la fin de son intervention l’importance de mener ce débat, bien trop souvent reste restreint à la pensée fausse selon laquelle il serait trop difficile de changer les institutions européennes.

Lisa Coiffard

 

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