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L’Art Belge mis à l’honneur


By JFB - Posted on 24 novembre 2017

Le 13 novembre dernier, l’Institut Français de Budapest organisait une conférence intitulée “ Le surréalisme belge, entre peinture et littérature”. Le professeur de l’Université libre de Bruxelles, Monsieur Paul Aron, spécialiste du sujet était le conférencier chargé de nous en apprendre un peu plus sur ce point.

Si bien sûr le surréalisme à ses maîtres français, avec André Breton(1) comme figure principale, ce mouvement artistique du début du 20ème siècle ne peut être restreint à un mouvement exclusivement hexagonal. Une mise au point s’impose. Qu’est-ce que le surréalisme ? Quelle est sa caractéristique en France ? Ce n’est qu’après avoir abordé ces différents aspects que nous pourrons distinguer clairement la nature du surréalisme de Paul Nougé et René Magritte.


Ainsi, il est important pour comprendre l’émergence de ce style artistique si novateur, qui vise selon Breton à “exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale de le situer dans le contexte post 1ère guerre mondiale. Cette immense boucherie a marqué profondément les surréalistes. C’est contre tout ce qui a permis ce carnage que se dressent ces jeunes avant-gardistes. Contre le nationalisme, contre le capitalisme. La particularité propre à ce mouvement littéraire tient dans son discours: “ Changer la vie”. Non pas changer la littérature. Celle-ci n’est qu’un moyen. L’objectif est de réactualiser le rêve, de faire retranscrire dans la littérature l'inconscient humain. À bas la raison et la technicité, synonymes de bombardements et de morts. Oui mais comment faire ? Comment parvenir à exprimer “le fonctionnement réel de la raison” ? Il faut recourir à l’écriture automatique, c’est à dire laisser la main agir plutôt que la tête. En d’autres termes, il faut se lancer et laisser sa main noter avant que la raison n’intervienne.  

Nougé et Fantômas

Le surréalisme belge naît la même année que le surréalisme français, en 1924, suite à la parution d’une série de tracts intitulée “Correspondance” de Paul Nougé, Marcel Lecomte et Camille Goemand. Correspondance, il y en a bien entendu avec Paris. Simplement cela ne se limite qu’à cela et le groupe surréaliste bruxellois marque et marquera sans discontinuité une identité propre.  

Celle-ci s’inscrit dans un rapport politique différent de celui de Breton. Pour Nougé, la politique ne peut pas venir s’inscrire dans la littérature. Dans la pratique, l’écriture automatique est grandement contestée. Pour les surréalistes belges, le langage est lui-même nourri par une tradition, par une syntaxe qui est reprise automatiquement. Ce n’est pas l’inconscient humain qui doit être travaillé mais bien l’inconscient de la langue.  L’ “Introductions aux équations et formules poétiques” en est un exemple frappant. La littérature, la langue sont réduites à des formules mathématiques. La poésie n’est plus le fruit d’un génie mais d’une simple machine. C’est une révolution.

Un autre point abordé par le conférencier, l’un des plus importants, est le refus par les surréalistes belges d’être étiquetés comme tel. Car l’étiquetage à un effet désastreux, celui d’être récupéré par une institution. Quoi de plus terrible pour un révolutionnaire littéraire que d’être porté au Panthéon des lettres et d’être édité dans la Pléiade. Nougé souhaitera  devenir “un écrivain sans œuvre”.  Il ne signera pas ses travaux. Discret et insaisissable comme Fantômas…

Enfin quid des liens entre la peinture et la littérature ?  Contrairement au groupe de la capitale française, exclusivement littéraire (les peintres surréalistes de Paris sont étrangers avec Picasso ou encore Dali), les peintres et les poètes bruxellois entretiennent de nombreuses relations dans le cadre de ce mouvement avant-gardiste. Nougé et Magritte en sont les exemples les plus évidents. Leurs travaux se font échos (Nougé écrira notamment un texte en prose illustrant le célèbre tableau de Magritte “Jeune fille mangeant un oiseau"). Le surréalisme belge, lui, a su faire coexister la peinture et la littérature.  Une coexistence fructueuse sans aucun doute.

François Lalande

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