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L’Europe contre vents et marées


By JFB - Posted on 17 octobre 2017

C’est un vibrant plaidoyer pour l’Europe que nous livre Enrico Letta dans son ouvrage paru en français sous le titre « Faire l’Europe dans un monde de brutes »(1).  Ancien ministre et Président du Conseil italien, ancien parlementaire européen et aujourd’hui doyen de l’école des affaires internationales de Sciences Po Paris et Président de l’Institut Jacques Delors

Enrico Letta expose sa vision de ce que devrait être l’Europe de demain, celle que nous devons laisser à nos enfants. Une Europe des valeurs.

Nombreux sont ceux, de par le monde, qui voudraient voir leurs enfants grandir dans un espace où nos valeurs seraient aussi les leurs : démocratie, droit à l’éducation, protection des travailleurs, parité homme / femme, respect de l’environnement, abolition de la peine de mort, laïcité, liberté de culte, d’expression, liberté de la presse, etc. Ces valeurs sont primordiales. Ce sont celle de l’Europe, celles que nous devons promouvoir dans un monde « de brutes » qui souvent les bafouent parfois même à nos frontières dans des pays qui, hier encore, frappaient aux portes de l’Union.

 

Une Europe plus forte, construite sur nos valeurs afin de faire face aux défis que nous devons relever, face aux dérives politiques mais aussi aux géants économiques.

Au sortir de la seconde guerre mondiale, construire l’Europe répondait pour les pères fondateurs à une nécessité : « plus jamais ça » et nous reconstruire. 60 ans plus tard, bien évidemment, cela reste primordial mais le discours que l’on doit tenir, surtout face aux jeunes générations, est tout autre car les raisons qui nous poussent vers plus d’Europe ne sont plus les mêmes.

Le « Take back control » britannique qui a mené au Brexit comme le « make America great again » de Donald Trump sont des regards tournés vers le passé, sur ce que furent la Grande Bretagne et les Etats Unis. Un constat qu’ils étaient plus forts avant. Mais l’on ne revient pas en arrière, jamais. Bien plus encore aujourd’hui dans un monde hyper connecté et avec une montée en puissance de la mobilité (y compris le problème des migrations).

Il nous faut regarder devant et préparer l’avenir dans un monde qui réduira les pays européens à des entités bien trop petites sur l’échiquier des nations (en 2050, 10 milliards d’habitants avec une Europe qui représentera 1/20ème de la population mondiale contre 1/6ème il y a 50 ans). Si le G7 devait être recomposé en 2017 selon les règles établies au milieu des années 70, aucun pays européen n’y aurait sa place. Nous avons d’ores et déjà perdu sur le plan de la démographie, il nous faut affronter les géants économiques américains, chinois, coréens, indiens… Nous ne pourrons le faire qu’en unissant nos économies, en harmonisant nos politiques fiscales, en permettant à nos entreprises de se regrouper pour pouvoir être concurrentielles tout en préservant un cadre de valeurs qui protègera les citoyens de l’Union. Une Europe unie, avec nos différences qui font notre richesse, mais unie.

Et il faut que cela devienne très concret pour les citoyens de l’Union. Il y a trois priorités :

   - La prospérité des citoyens avec tous le volet économique et social

  - L’aspect sécuritaire avec une Europe qui protège ses citoyens 

  - Le renforcement de la démocratie européenne

Aujourd’hui la démocratie européenne est loin des citoyens. Pour une large majorité d’entre eux, l’Europe se fait à Bruxelles par une poignée de technocrates. Il faut « débruxelliser ». Il n’y a pas une capitale en Europe, il y a des capitales. L’Europe ne doit pas devenir un super Etat avec une super Capitale. Pour plus de démocratie, il faut faire monter en puissance le rôle du Parlement européen, élu au suffrage universel direct et qui dispose donc de la même légitimité que les parlements nationaux. Mais pour cela il faut que les partis et nos hommes politiques jouent le jeu, qu’ils arrêtent de systématiquement stigmatiser les institutions européennes. Enrico Letta affirme que parlement doit rester à Strasbourg (et pas seulement parce qu'il y a grandi) et la création de listes transnationales thématiques proposant les différentes tendances européennes permettraient de savoir réellement ce que les citoyens veulent pour l’Europe.

Emmanuelle Macron est en faveur de ses listes transnationales. Il prône la relance de l’Europe à partir du couple franco-allemand. Il s’est engagé pendant sa campagne à remettre sur la table la directive sur les travailleurs détachés… L’élection du Président Macron fait bouger l’Europe. C’est bien la preuve qu’une élection nationale peut influencer de façon très importante sur la politique européenne. Mais il est impératif d’y associer les autres pays comme l’Italie, l’Espagne ou le Bénélux entre autres. Il ne faut pas donner l’impression aux citoyens européens que la politique européenne se décide entre Paris et Berlin.

Cependant il ne faut pas se faire d’illusion. C’est une Europe à plusieurs vitesses qui se fera avec, comme noyau dur, les pays de la zone euro qui feront avancer les autres. Le Brexit nous en donne la possibilité, le Royaume Uni ne pouvant plus nous empêcher d’avancer sur cette voie.

Les choses doivent se faire sinon nous allons perdre l’Europe, nous allons perdre la bataille des valeurs car il y a une véritable lutte d’influence des valeurs. Il est impératif d’investir dans l’éducation. L’on nous parle toujours d’Erasmus comme la grande réussite de l’Europe. C’est vrai mais Erasmus ne touche qu’une petite partie de la jeunesse européenne, une partie privilégiée qui va à l’université. Enrico Letta milite pour un Erasmus élargi aux jeunes en apprentissage mais aussi aux lycéens. Pour réussir l’Europe il faut réaliser que finalement nous avons les mêmes valeurs.

L’Europe c’est des ponts. Pas des murs…

Natacha Guégo Haas

(1) Enrico Letta, Faire l'Europe dans un monde de brutes, Ed. Fayard, Septembre 2017

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