Paris de Cédric Klapisch: attention film humain !

Paris réussi !

 

Le nouveau film de Klapisch est de ceux que l’on aimerait aimer, tant certaines scènes atteignent tactiquement leur but. On pense à Luchini face au psychanalyste (Marcel Benichou) dans un numéro de tentative de maîtrise psychologique assez drôle ; ou encore au même Luchini en prof d’histoire vieillissant qui raconte comment il a envoyé un sms amoureux à une de ses étudiantes; à Albert Dupontel en maraîcher sensible… et à quantité de scènes qui emportent la sympathie. Mais allons voir de plus près, au-delà des «moments», le film.

Avec son titre ambitieux de Paris, il s’agit d’un film choral, croisant les histoires, avec au centre un danseur qui va peut-être mourir d’une maladie cardiaque (Duris) et qui regarde Paris du haut de son balcon, une assistante sociale (Binoche) qui est sa sœur en mal d’amour, des maraîchers gouailleurs face au terrible drame, il faut bien le dire, de la mort, Luchini en historien de Paris qui tombe amoureux d’une étudiante, le frère de Fabrice en mec normal, trop normal. Et, pour faire bonne mesure, un immigré clandestin qui part vers un Paris illusionné, sans oublier un SDF.

La mise en abyme du projet du film, confiée à Luchini qui accepte de faire le guide historique de Paris pour un show télévisé, nous annonce que Paris est une ville de contradictions, de fragments, sans queue ni tête, de confrontation perpétuelle entre le moderne et l’ancien…Bon vous aurez compris l’autojustification et la théorie du film, non ? Cela ressemble à un slogan politique : Paris, ville de diversité ! Mais un slogan fait-il un film ?

Les dialogues sont feutrés, dans le sens de «soulignés au feutre». Comme lorsque Duris dit à Binoche (pas son meilleur rôle, peut-être le pire) sur le balcon, en substance, que bon sang, elle pourrait en profiter de la vie, elle, parce qu’elle n’est pas malade, elle, et qu’il va mourir, lui… Souvent d’un explicite qui fait disparaître l’idée même de «sous-texte» et donc de jeu d’acteur, on se plaît dans le film à bien prononcer tous les enjeux sous forme de thèse clairement intelligible.

Un film «populaire plein d’huma-nité»? Si «populaire» signifie absence de construction dramatique alors Paris est un film populaire. La construction chorale du film nous impose en effet quantité d’histoires non développées, les protagonistes apparaissant alors comme de simples figurants so-ciologiques (le SDF). Si humanité si-gnifie juxtaposer beaucoup de thèmes, il est vrai humains, comme la maladie, la mort, la vieillesse, la normalité, l’amour sans exprimer dramatiquement - ni cinématographiquement - quoi que ce soit d’intéressant sur rien ; si l’humanité c’est encore faire changer les personnages grâce à la baguette ma-gique scénaristique et à la gentillesse de l’intention (qu’on ne conteste pas à Klapisch) sans aucune motivation, alors oui ce film est humain. Trop humain.

 Alexis Courtial

 

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