Lady Chatterley de Pascale Ferran

Cinéma

Adapté du roman de l’auteur anglais D.H Lauwrence, le film de Pascale Ferran développe avec finesse et sur des prémisses improbables une histoire d’amour qui acquiert peu à peu la force de l’évidence.

 

Constance Chatterley (Marina Hands) s’est résignée à une vie morne auprès de lord Clifford (Hippolyte Girardot), revenu mutilé et impuissant de la Grande Guerre. Entre broderie et ennui, la jeune femme semble avoir tout sacrifié au devoir. Pourtant, au détour d’une promenade dans les bois, elle rencontre le laconique garde-chasse Perkin (Jean-Louis Coulloc'h) tout occupé à divers travaux autour de sa cabane en bois. Constance décide de venir régulièrement.

Même si l’on n’a pas lu L’amant de Lady Chatterley, on n’ignore pas la réputation sulfureuse associée au classique anglais. Partant un peu avec cet horizon d’attente pour voir le film de Pascal Ferran, le spectateur sera surpris de ne rien trouver de cet «érotisme» à décor chic et corps huilé, ni encore moins de cette pornographie qui voudrait rejoindre le «mainstream» en se donnant pour ce qu’elle ne peut être, de l’art. Les corps sont imparfaits, enfin ! Et Pascale Ferran filme l’amour comme elle filme la nature : comme un phénomène vivant qui sort de son engourdissement dans la lenteur, et reste fragile à toutes les étapes. La première scène d’amour entre Perkin et Constance est un grand moment. Non que Constance ne soit émoustillée, mais Pascale Ferran ne nous sert pas la grande-scène-de-passion. Il y a le corps de Perkin, que l’on imagine déshabitué de l’amour physique, et celui de Constance qu’elle-même ne connaît qu’imparfaitement. Le résultat est donc le plus logiquement et le plus esthétiquement du monde une rencontre imparfaite, intrigante pour Constance et source de petite satisfaction, mais sans plus. «Montre-moi ce que tu filmes un peu trop longuement et je te dirai qui tu es.» disait Truffaut. Ici, Ferran s’attarde sur la gène, la pudeur de l’avant et de l’après et sur son effacement progressif jusqu’au retour à une nudité originelle, culminant dans une très belle scène pluvieuse que je vous laisse découvrir.

Cette proposition de l’amour comme transformation peut prêter à sourire par sa simplicité, mais au vu des traitements cinématographiques dominants de l’amour, il faut admettre l’originalité et la justesse du film de Pascale Ferran. Ici, l’amour n’est pas une rencontre éclair spectaculaire, mais, placée sous le signe d’Aphrodite, déesse de la fécondité universelle, une germination.

A noter, la réalisatrice Pascale Ferran est à l’origine d’un rapport sur l’état du cinéma français, dit «rapport des 13» qui entend critiquer une tendance bipolaire du cinéma français - soit la débrouille, soit la superproduction - entraînant une difficulté croissante de financement et de production des «films du milieu», c'est-à-dire des films à budget moyen se voulant à la fois d’auteur et populaires. 73 personnalités parmi les plus intéressantes du cinéma hexagonal ont rejoint le groupe «des 13». A l’approche de Cannes, il est à souhaiter pour l’avenir du cinéma français que les propositions de ce rapport puissent être discutées.

Alexis Courtial

 

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