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By JFB - Posted on 06 novembre 2007

Les vrais protagonistes du néocapitalisme hongrois sont devenus les banques de commerce. Dans leur stratégie de communication, elles soulignent le plaisir qu’elles ont à accorder des crédits à toute la population et saluent les épargnes de leurs clients qui, quant à eux, apprécient la diversification des services proposés, les crédits « de moins en moins chers » mais, surtout, le fait qu'elles ne s’adressent plus uniquement à la couche moyenne de la population et sont plus tolérantes en cas de non respect des délais. Comment inciter les gens à la consommation ? Avec des crédits faciles à ouvrir bien sûr ! La consommation ostentatoire ou « de statut » a cessé d’être une simple illusion pour une grande partie de la population.

Le public ne perçoit qu'aujourd'hui ces nouvelles tendances qui se développent actuellement à toute vapeur grâce notamment à la concurrence acharnée et la volonté de s’adresser à de plus larges couches sociales. Dans la région d’Europe centrale et orientale, c’est la Pologne et la Hongrie qui ont entamé les premières la libéralisation de leur secteur bancaire et ont permis aux étrangers de s’emparer de parts de propriété. Les autres pays émettaient des réserves quant à une telle ouverture. Ici et en Pologne, les conditions de participation au système bancaire et d’entrée des banques sur le marché ont été réglementées par des lois libérales, ce qui a également eu pour conséquence que ces deux pays ont connu la crise bancaire plus tôt que les autres, crise que la Hongrie a réussi à maîtriser et traverser.

Prenons l’exemple de l’affaire Postabank dans laquelle les clients ont pratiquement envahi l’institution financière (à l’époque) nationale pour en retirer leurs dépôts. Il est aussi à noter qu’après la consolidation de cette banque qui a coûté des centaines de milliards de HUF aux contribuables, elle a été vendue à une grande institution financière étrangère pour une somme atteignant à peine les 100 milliards de HUF. On peut également citer l’affaire Baumag dans laquelle les fonds épargnés par de petits investisseurs ont été engloutis.
Ce qui est beaucoup plus grave c’est qu’à cause de sa culture financière lacunaire, la population subit des pertes annuelles de plusieurs centaines de milliards de HUF. En effet, au lieu d’investir leur épargne dans des valeurs beaucoup plus rentables (quoique plus risquées), les Hongrois les gardent dans de simples dépôts bancaires ou en liquide. La situation n’était pas si différente dans les années 90 où il eût été difficile d’expliquer à une retraitée qu’il n’était pas très raisonnable de cacher le peu d’argent thésaurisé sous son oreiller tandis que les taux d’inflation dépassaient les 20% et que les banques offraient des taux d’intérêt avoisinant les 30%. La déclaration du ministre de l’économie János Kóka selon laquelle la grande partie de la population hongroise grossirait les rangs des «handicapés bancaires » n’était donc pas si éloignée de la réalité. Selon lui, la solution à ce problème est de faire comprendre aux gens l’importance de l’autarcie personnelle. Il n’a cependant pas précisé quel rôle les importantes mesures d’ajustement actuellement en cours auraient sur l’«éducation» de la population. Bien évidemment, à cause de ces mesures, le penchant à faire des économies, relativement faible depuis les années 2000, a encore baissé, et l’on peut avancer qu’avec la baisse des salaires réels, attendue pour cette année, nombreux seront ceux qui se trouveront, lors de l’amortissement de leurs crédits, dans une situation difficile à cause de leur endettement antérieur.

Par ailleurs, seul 1,2% de l'épargne des ménages est réinvesti dans des actions cotées en bourse, ce qui reflète bien le retard de la culture financière des Hongrois. Le rôle des actions parmi les formes d’épargne choisies par les particuliers reste en effet négligeable en Hongrie par rapport à l'ouest de l'Europe par exemple. L’utilisation des cartes bancaires est également peu fréquente, contrairement aux retraits en liquide que les banques peuvent majorer de commissions.

L'extraordinaire rentabilité du secteur a récemment attiré l’attention du gouvernement. L'année dernière, celui-ci a introduit l’impôt de solidarité également à l'attention des banques. Il a en outre mis fin au système de crédit immobilier, jusqu'alors subventionné par l’Etat, favorable aux clients les plus aisés et dont les banques ont largement profité.

Au fond, la rentabilité du secteur ne s’est affaibli ni avec la récession économique, ni avec la diminution des salaires réels, ni avec l’augmentation des charges des banques. La raison première de cette rentabilité est la faible concurrence entre les diverses institutions financières. De plus, « les bénéfices prodigieux des banques n’auraient pas pu être réalisés sans la politique monétaire rigoureuse de la Banque Nationale de Hongrie », comme l’a dit en 2004 Júlia Király, actuellement membre du conseil monétaire. Depuis lors, les taux d’intérêt n’ont pas significativement baissé.

Ainsi, les banques avec leur credo «savoir et faire (et savoir-faire !)», sont parmi les chefs de file de la propagation de «l’esprit du capitalisme». C’est dans ce secteur que l’on peut réaliser des bénéfices records et trouver des postes importants et bien payés.

De plus, les banques hongroises profiteraient tout autant des périodes de décroissance que des périodes plus fastes. Ce qui ne signifie pas pour autant que les Hongrois aient appris à gérer leurs fonds raisonnablement: il y a encore de nombreuses liasses de billets cachées dans les foyers.

Les banques ont de plus en plus la mainmise sur leurs clients car outre l’endettement de ces derniers, la diminution du rôle de l’Etat dans de nombreux domaines (santé, retraite, services de bien-être) renforce peu à peu la mercantilisation des services.

Le secteur bancaire a su exploiter les possibilités offertes par la consommation, considérée comme un objectif important de l’individu, et par l’impatience manifeste à atteindre cet objectif.

Pál Planicka

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